Retour sur les stress tests européens

Nicolette de Joncaire

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«La capitalisation des banques ne reflète pas nécessairement les risques réels» estime Diane Pierret de l’Université de Lausanne.

Vendredi dernier, la presse spécialisée criait victoire. De l’avis général, les grandes banques européennes ont traversé avec succès les derniers stress tests de l’Autorité bancaire européenne (ABE): l’ensemble des 48 banques soumises à l’épreuve respectaient l’objectif de ratio de fonds propres durs minimum en cas de scénario économique négatif extrême. Toutefois, Diane Pierret, de l’Université de Lausanne, et Sascha Steffen, de la Frankfurt School of Finance & Management, ne sont pas si optimistes. Réponses brèves et analyse détaillée. 

Votre appréciation du résultat des stress tests européens est plus mitigée que celles exprimées ailleurs. Pour quelles raisons?

Le risque bancaire a diminué en Europe mais, si les banques ont effectivement amélioré leur capitalisation, leur capital additionnel reste fortement lié aux mesures de risque réglementaires (les «risk weights») qui ne reflètent pas toujours les risques réels auxquels les banques devront faire face. 

Comment est-ce possible?

Le ratio de fonds propres CET1 est calculé en fonction d’une pondération réglementaire des risques qui n’est pas nécessairement alignée avec la perception du marché. C’est exactement ce qui s’est déjà passé en 2011. Le poids du risque souverain était alors considéré comme égal à zéro par les normes européennes alors que le sentiment des investisseurs était très négatif sur certains actifs souverains: les obligations d’Etat grecques par exemple. La désynchronisation entre poids réglementaire et jugement des marchés peut fausser la mesure de certains ratios, en particulier ceux généralement retenus pour le calcul des fonds propres qui est fonction du montant des actifs dit «risqués». Pour pallier à ce retard presque inévitable entre perception réglementaire et perception des marchés, Bâle III recommande le respect d’un autre ratio plus général, égal à 3% des actifs totaux (sans pondération). Or nous avons observé que si ce dernier ratio était bien respecté à la fin 2017, il ne le serait pas, pour un certain nombre de banques, quand projeté dans le cadre du scenario de stress extrême tel que défini par l’ABE. 

Quelles sont les banques qui seraient à risque en fonction de votre analyse?

Principalement les banques allemandes, Deutsche Bank et les Landesbanks. Mais également certaines autres grandes banques comme BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale ou Barclays dont les «buffers» de capital sont plus bas que ceux des autres banques en raison de leur «risk weights» plus faibles, alors que ces banques ne sont pas jugées moins risquées par les investisseurs. En d’autres termes, il y a bien excédent de capitalisation bancaire en Europe mais pas nécessairement dans les bonnes banques.