Partenariats stratégiques: la nouvelle frontière du crédit

Stuart Fuller, Muzinich & Co.

3 minutes de lecture

Les partenariats entre banques et gestionnaires d’actifs redessinent le paysage du crédit aux entreprises.

 

Le crédit aux entreprises connaît actuellement des changements importants. Le renforcement des exigences réglementaires en matière de fonds propres a rendu plus coûteux pour les banques le maintien de prêts à risque dans leur bilan. Dans le même temps, la demande des emprunteurs pour des sources de financement flexibles et l’appétit des investisseurs pour le rendement ont augmenté, alimentant la croissance rapide de la dette privée au cours de la dernière décennie.

Plus récemment, un nouveau phénomène est apparu: les partenariats entre banques et gestionnaires d’actifs. Ces collaborations permettent aux banques de maintenir leurs relations avec leurs clients et de générer des commissions tout en réduisant leurs charges en capital. Pour les gestionnaires d’actifs, les partenariats peuvent souvent accélérer leur accès à des flux d’affaires de haute qualité.

Un terrain en pleine mutation

Avec le renforcement des pressions réglementaires sur les banques, le coût lié au maintien de prêts à risque dans leurs bilans est devenu de plus en plus prohibitif, même si la capacité à octroyer ces prêts est importante pour le bon fonctionnement d’une économie saine.

Cela a poussé les banques à adopter des modèles «origination-distribution», réduisant ainsi les prêts à long terme accordés aux emprunteurs moins bien notés. Elles sont également confrontées à une pression croissante de la part des prêteurs orientés technologies et des fonds de dette privés, qui peuvent opérer avec plus de rapidité, de flexibilité et moins de contraintes réglementaires. On observe également un glissement des marchés obligataires publics vers les marchés des prêts privés et syndiqués, ce qui remodèle le mode de financement des entreprises et la répartition des risques au sein du système financier.

Marchés financiers collaboratifs

Face à cette évolution, les banques recherchent de nouvelles façons de rivaliser ou de collaborer.

Certaines banques internationales créent leurs propres fonds de dette privés via des plateformes de gestion de patrimoine, se positionnant ainsi comme des concurrents directs des prêteurs privés1. Parallèlement, on observe une augmentation des partenariats de co-origination et de partage des risques, qui permettent aux banques de continuer à servir leurs clients entreprises tout en optimisant leur capital réglementaire.

Dans ces structures, les banques émettent des prêts et transfèrent des portions hors bilan à l’aide d’outils d’allègement des fonds propres tels que les titrisations synthétiques ou les transferts de risques significatifs (SRT). Cela libère des fonds propres réglementaires tout en préservant les relations avec les clients et les revenus accessoires.

Aux Etats-Unis, ce modèle s’accélère à mesure que les banques passent du statut de prêteurs uniques à celui de facilitateurs, agissant en tant que syndicat, investisseurs de capital initial ou structureurs dans le cadre d’opérations de crédit privé. En Europe, bien que le système financier reste davantage centré sur les banques et fragmenté, les partenariats gagnent également du terrain. De plus en plus, les banques s’engagent dans des accords de «création et partage» ou de «prêt parallèle» sur le marché du crédit aux entreprises de taille moyenne et moyenne-supérieure.

Une évolution largement diffusée

Une collaboration entre les banques et les gestionnaires d’actifs est également en cours sur le marché des BSL. Les opérations de rachat par endettement (LBO) menées par de grands sponsors de capital-investissement nécessitent toujours des prêts aux entreprises accessoires, tels que des facilités de crédit renouvelables (RCF), qui permettent de maintenir des exigences efficaces en matière de bilan. Si les banques commerciales aiment fournir ces facilités, elles souhaitent néanmoins distribuer des prêts à plus longue échéance.

La structure de partenariat permet à un gestionnaire d’actifs d’être impliqué dès le début du processus de création, ce qui lui permet d’évaluer l’appétit des clients et d’ajuster les transactions. La structure diffère également du marché SRT, car le risque lié aux prêts est partagé dès la création, et non après que la banque a décidé de réduire son exposition au bilan.

Le crédit réinventé

La convergence entre les banques et les gestionnaires d’actifs marque un tournant décisif dans l’évolution du crédit aux entreprises. Alors que les pressions réglementaires, les contraintes de capital et la concurrence sur les marchés remodèlent les modèles bancaires traditionnels, les structures collaboratives profitent aux deux parties.

Ces partenariats permettent non seulement aux banques de rester en contact avec leurs clients et de préserver leurs sources de revenus, mais aussi d’ouvrir de précieux canaux d’approvisionnement et d’améliorer les opportunités de rendement pour les investisseurs via les gestionnaires d’actifs.

 

1Deloitte Financial Services, au 13 août 2024. «Les banques face à une nouvelle réalité en matière de crédit».

 

 

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