Au cours des dernières semaines, la balance des risques sur les marchés financiers s’est détériorée. La persistance des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, l’émergence de premiers signaux de fragilité sur le segment du crédit privé, ainsi que les incertitudes entourant l’impact structurel de l’IA sur certains modèles d’affaires ont alimenté un regain de volatilité et une remontée de l’aversion au risque.
Dans ce contexte, et dans une optique de gestion disciplinée du risque, un ajustement tactique de l’allocation s’impose, par la réduction de l’exposition aux actifs risqués. Cet ajustement s’inscrit toutefois dans une perspective toujours constructive à moyen terme. Les fondamentaux macroéconomiques demeurent globalement résilients, avec une croissance mondiale attendue autour de 3% en 2026, soutenue par un policy-mix encore accommodant et la diffusion progressive des mesures de relance budgétaire adoptées l’an dernier.
ACTIONS
Au sein des actions, la diversification demeure un pilier d’allocation central, tant sur le plan géographique que sectoriel et stylistique. Le marché américain, porté par une dynamique bénéficiaire robuste doit néanmoins faire l’objet d’une préférence relative. La dernière saison de résultats a confirmé la solidité des publications, malgré une dispersion accrue entre secteurs et émetteurs. Les flux soutenus de rachats d’actions, ainsi que le retour du cycle de fusions-acquisitions constituent par ailleurs des facteurs techniques de soutien. Notre positionnement privilégie un équilibre entre grandes capitalisations et segments domestiques, notamment les petites et moyennes capitalisations, susceptibles de bénéficier des politiques de soutien et des initiatives de dérégulation.
S’agissant des marchés émergents, après une séquence de surperformance marquée, des facteurs de court terme moins favorables, tels que la hausse des prix du pétrole et l’appréciation récente du dollar, confinent à réduire la surpondération. Néanmoins, notre vue stratégique demeure positive, étayée par des fondamentaux solides, une dynamique bénéficiaire favorable et des politiques économiques proactives. Certaines zones et thématiques conservent un attrait particulier, notamment la technologie en Asie et les marchés d’Amérique Latine exposés aux matières premières. Nous continuons par ailleurs de privilégier l’Asie émergente au Japon, ce dernier étant davantage exposé aux risques liés à un resserrement de la politique monétaire et à une appréciation du yen.
La situation de la zone euro requiert une allocation plus équilibrée. La performance récente des marchés actions y a principalement reposé sur une expansion des multiples de valorisation, plutôt que sur une révision à la hausse des bénéfices. Bien que les mesures de soutien budgétaire soient amenées à profiter aux segments domestiques, en particulier aux petites capitalisations, ce segment doit être mis en vigilance accrue dans un scénario de persistance des tensions énergétiques et de pressions inflationnistes sur les taux.
OBLIGATIONS ET MARCHÉS DE CRÉDIT
Sur les marchés obligataires, il convient de maintenir une sensibilité taux-réduite et de conserver une sous-pondération sur la dette souveraine. Les incertitudes entourant les trajectoires budgétaires, combinées au risque d’un choc énergétique prolongé, sont susceptibles de peser sur les maturités longues. Une poursuite de la normalisation des taux pourrait néanmoins offrir des points d’entrée plus attractifs, notamment en zone euro, où les anticipations de resserrement monétaire paraissent excessives.
Sur le crédit, le profil asymétrique rendement/risque apparaît moins favorable, dans un contexte d’élargissement progressif des spreads à partir de niveaux historiquement resserrés, les incertitudes géopolitiques et les fragilités observées sur le crédit privé commençant à affecter la classe d’actifs. Si une réduction de l’exposition s’impose, cette classe d’actifs conserve des atouts, les bilans des entreprises demeurant globalement solides. En diversification, un intérêt pour la dette émergente en devises locales doit être conservé, car elle offre des rendements réels attractifs.
DEVISES
Sur le marché des changes, le dollar a temporairement retrouvé son statut de valeur refuge. Néanmoins, cette appréciation devrait rester transitoire, sauf dégradation significative du contexte géopolitique. À moyen terme, les dynamiques structurelles de diversification des réserves de change et des allocations internationales devraient continuer d’exercer une pression baissière sur le billet vert.
En synthèse, dans un environnement caractérisé par une remontée de l’incertitude et de la volatilité, un ajustement tactique de l’exposition au risque s’impose. Cette approche permet également de reconstituer des marges de manœuvre en liquidité. Les phases de volatilité à court terme peuvent en effet générer des points d’entrée attractifs, dans un cadre macroéconomique qui demeure résilient.