Depuis onze ans, Stephan Uebersax, responsable du Private Banking à Saint-Moritz et Engadine, organise avec son équipe l’«Investment day», en collaboration avec le Lyceum Alpinum Zuoz. Le principe est simple: le temps d’une journée, des élèves de maturité se glissent dans la peau de gestionnaires de fortune. L’événement prouve qu’avec des approches pédagogiques innovantes, il est tout à fait possible de passionner des jeunes de 18 ans pour l’univers de l’investissement.
Il est 7 h 45, un mardi matin de fin mars. Vingt-huit élèves, encore un peu ensommeillés, franchissent les portes du centre de formation EFG Academy, au cœur de Lugano. Le défi du jour? Comprendre un concept qui, en temps normal, ne fait pas vraiment partie des préoccupations des adolescents: la théorie du portefeuille équilibré.
La classe est arrivée le lundi en car, accompagnée de deux enseignants, de moi-même et de mon équipe de Saint-Moritz. Cette journée est devenue une tradition. Depuis son lancement il y a onze ans, nous n’avons cessé de la faire évoluer. Ainsi, en dehors de quelques interventions d’invités, les cours magistraux ont disparu. Les jeunes veulent apprendre en expérimentant, dans un cadre qui leur parle vraiment. Sénèque, philosophe et précepteur du futur empereur romain Néron, l’avait déjà compris. «Longue est la route par le précepte, courte et facile par l’exemple», disait-il.
Stephan Uebersax, responsable du Private Banking à Saint-Moritz et Engadine, s’investit également en tant qu’expert aux examens bancaires, contribuant ainsi activement à la formation et au perfectionnement de la relève professionnelle.
Après un quiz interactif sur les marchés financiers et une brève présentation d’EFG, mon collègue Andrea Melcher, Senior Client Relationship Officer à Saint-Moritz, pose les bases de l’investissement. Puis, nous divisons la classe en ateliers: actions, obligations, matières premières et investissements alternatifs. Les adolescents peuvent, en plus des documents imprimés, utiliser des applications d’IA, à une condition: ceux qui monteront ensuite sur scène devront être capables de répondre aux questions des encadrants.
À la table consacrée aux obligations, ils découvrent que la baisse des taux d’intérêt fait monter leur valeur, et inversement. La tension monte d’un cran, car ils savent que l’après-midi, un jeu d’investissement les attend, ainsi qu’une visite de la salle des coffres et de la salle des marchés de la banque.
À 9 h 30, un élève monte sur scène pour expliquer la relation inverse entre taux directeurs et obligations. Suivent ensuite les groupes consacrés aux actions, aux matières premières et aux investissements alternatifs. À la question «Qu’est-ce qu’un ETF?», un des adolescents répond: «C’est un contenant rempli de petits morceaux d’actions que l’on peut acheter.»
Les investissements alternatifs demandent un effort de réflexion supplémentaire. Andrea Melcher explique pourquoi les hedge funds, censés offrir une protection, peuvent eux-mêmes devenir une source de risque en période de crise, et en quoi le private equity peut s’avérer attractif pour les investisseurs à long terme. Les questions fusent: «Comment investir dans le private equity chez EFG? Et à partir de quels montants?»
Ensuite, Melanie Beyeler, Head of Sustainable Investing chez EFG, prend la parole sur le thème de l’investissement durable. Il s’agit moins de convictions personnelles que de gestion des risques, par exemple, en réduisant les incertitudes d’approvisionnement liées aux tensions géopolitiques, comme les conflits au Moyen-Orient, grâce à une production d’énergie durable sur le territoire national.
Après la pause déjeuner, direction le Palazzo Botta, le plus grand bâtiment d’EFG à Lugano. Tandis qu’un groupe descend vers la salle des coffres, l’autre monte vers la salle des marchés. Devant six écrans, Paolo Angioletti, Global Head of Securities Sales & Execution, explique combien son métier a changé en 33 ans: aujourd’hui, le même travail nécessite bien moins de personnel. Les erreurs sont inévitables, dit-il, mais savoir les identifier reste essentiel.
De retour à l’EFG Academy commence la partie la plus stimulante de la journée: le jeu d’investissement. Les groupes doivent élaborer un portefeuille pour un client qui vend son entreprise pour 300 millions de dollars et souhaite en réinvestir 100 millions. Le portefeuille doit être investi de la manière la plus durable possible. Pour les guider, ils disposent d’un «Market Outlook» issu d’une année passée réelle, mais sans savoir laquelle. Leur portefeuille doit être cohérent à la fois avec le cas pratique et avec cet environnement de marché inconnu.
Loin de se sentir dépassés, les adolescents font preuve d’un réel engagement. Les discussions s’animent: Quel niveau de risque est acceptable? Quelles classes d’actifs pourraient surperformer cette année? De combien de liquidités l’école d’art a-t-elle besoin?
Au bout de deux heures, les groupes sont invités à présenter leurs propositions. L’évaluation porte sur la performance, le ratio de Sharpe – le rapport entre le rendement et le risque pris – ainsi que sur la présentation. Le groupe «Team 4» l’emporte avec la deuxième meilleure performance, un solide ratio de Sharpe et la présentation la plus convaincante. «Team 5» arrive juste derrière, porté par le meilleur ratio de Sharpe et une présentation très réussie. Pour les élèves, l’enseignement tiré est précieux: le meilleur portefeuille ne vaut rien si la présentation ne parvient pas à convaincre le client.
La journée s’achève sur un sentiment de réussite unanime. Les deux enseignants d’économie du Lyceum Alpinum Zuoz, Harald Oswald et Andrina Brunner, sont eux aussi très fiers de leurs élèves, qui ont su s’approprier des notions complexes en un temps record. L’école comme la banque partagent la même conviction: les jeunes resteront toujours les innovateurs, les visionnaires et les décideurs de demain. Leur transmettre tôt le sens des responsabilités financières et une compréhension du monde de l’investissement, c’est déjà poser les bases d’une génération plus éclairée et plus responsable. Une chose que Sénèque avait déjà comprise.