Autonomie européenne: le défi industriel

Ken Van Weyenberg, Candriam

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Défense, aéronautique, espace: l’autonomie européenne dépend aussi de la capacité des entreprises à produire.

 

Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, l’effort de défense européen s’inscrit dans un engagement industriel sur plusieurs décennies. Face à la réduction progressive du rôle des Etats-Unis dans la défense conventionnelle du continent, l’enjeu est de transformer la hausse des budgets en capacités militaires et industrielles et en autonomie stratégique.

Pour les investisseurs, plusieurs cycles de longue durée émergent, chacun pouvant profiter à des acteurs différents. Pour les identifier, il faut regarder au-delà des objectifs de dépenses et s’intéresser aux entreprises capables de tenir leurs engagements.

Autonomie des financements: des engagements aux approvisionnements

L’Union européenne combine investissements nationaux, emprunts conjoints et subventions afin de soutenir un effort de défense plus important et mieux coordonné à l’échelle du Bloc.

Dans cette perspective, le programme Readiness 2030/ReArm Europe1, présenté en mars 2025, vise à mobiliser jusqu’à 800 milliards d’euros d’investissements supplémentaires dans la défense grâce à une combinaison de mesures de flexibilité budgétaire nationale, de fonds européens et de capitaux privés.

Parmi les instruments mobilisés, le programme SAFE (Security Action for Europe)2 prévoit 150 milliards d’euros de prêts pour les marchés publics conjoints.

Même si l’augmentation des budgets offre un contexte favorable, les financements ne seront pas répartis de manière uniforme. Les opportunités se trouvent probablement parmi les entreprises qui sont déjà en mesure de produire efficacement et à grande échelle.

La contrainte clé (pour l’instant): l’exécution

Les carnets de commandes des principaux maîtres d’œuvre de la défense européenne se sont considérablement étoffés. Le chiffre d’affaires des plus grandes sociétés européennes cotées du secteur de la défense et de l’armement a progressé en moyenne de 57% depuis 20213.

Cependant, l’exécution – qu’il s’agisse des pièces détachées, de la main-d’œuvre ou de la capacité de production – constitue désormais le facteur limitant. Les dirigeants du secteur ont publiquement exhorté les gouvernements à conclure des contrats plus fermes et plus rapides afin de justifier l’investissement dans de nouvelles usines.

Nous pensons que les candidats les plus résilients sont susceptibles de combiner des produits stratégiquement importants avec des plans de production crédibles, une gestion rigoureuse des contrats et des risques liés au programme maîtrisables. Dans ce secteur, l’analyse fondamentale des entreprises reste aussi importante que le thème global.

Aéronautique civile: autonomie européenne déjà établie

Dans l’aérospatiale civile, l’Europe abrite l’une des deux seules entreprises au monde capables de produire de grands avions commerciaux à grande échelle, et la demande mondiale a rarement été plus forte. Le cumul des carnets de commandes de gros avions commerciaux dépasse les 16 000 unités, soit environ 12 années de production. La pénurie de moteurs et les goulets d’étranglement dans la chaîne d’approvisionnement ont à plusieurs reprises retardé l’augmentation de la production.

L’aéronautique civile offre un cycle différent de celui de la défense; il est porté par le renouvellement des flottes, la demande des passagers ainsi que les revenus récurrents liés à la maintenance et aux pièces détachées. Tout comme dans le domaine de la défense, nous accordons une importance particulière aux fournisseurs qui disposent des capacités financières et logistiques nécessaires pour financer et mettre en œuvre une augmentation de la production.

L’espace: la prochaine infrastructure stratégique

Le défi de l’autonomie de l’Europe s’étend de plus en plus à l’espace. Les communications par satellite, la navigation et l’observation de la Terre soutiennent les infrastructures civiles, les opérations militaires et les interventions d’urgence; pourtant, l’Europe dépend encore, dans plusieurs domaines, de technologies et de constellations non européennes.

Les efforts de consolidation du secteur, associés à des programmes publics tels que Galileo, Copernicus et la constellation de connectivité sécurisée IRIS2, visent à renforcer les capacités européennes.

Selon nous, les entreprises les plus résilientes seront celles qui travaillent à la fois pour le secteur public et pour le secteur privé. Cette double exposition peut réduire la dépendance vis-à-vis d’un programme donné tout en permettant de continuer à participer au programme européen en matière d’autonomie.

L’autonomie se gagnera entreprise par entreprise

Pour les investisseurs, la sélectivité est essentielle: il s’agit d’identifier les entreprises dotées d’une technologie solide, de capacités stratégiquement importantes et capables de transformer la demande à long terme en croissance rentable.

 

 

1Feuille de route 2030 - Commission européenne
2SAFE | Security Action for Europe - Commission européenne
3Industrie européenne de la défense, 2026

 

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