Actions suisses

Marc Hänni, Vontobel Asset Management

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Les valeurs secondaires, des actifs payants.


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Les investisseurs en actions suisses ont tout intérêt à miser sur des entreprises bénéficiant d’une position dominante à l’international, d’un grand pouvoir d’innovation et de bilans robustes. Les valeurs secondaires suisses bien gérées pourraient faire partie des opportunités de rendement les plus prometteuses en 2021.

Si la pandémie de Covid-19 devrait devenir moins menaçante grâce au développement rapide de vaccins, l’année 2021 restera toutefois marquée par de profondes incertitudes et transformations. Pour garder le cap dans un tel contexte, les valeurs secondaires suisses méritent d’être considérées. Celles-ci ont certes été particulièrement pénalisées par la pandémie, mais elles ont également enregistré un rebond nettement plus rapide que le reste du marché.

Des valeurs secondaires sous-estimées

Les valeurs secondaires suisses pourraient dès lors bien faire partie des opportunités de rendement les plus prometteuses de l’année. Sur le marché actions, ces titres, qui évoluent dans l’ombre de géants internationaux comme Nestlé, Roche et Richemont, ont plutôt tendance à passer inaperçus. Bien à tort, cependant, puisque leur performance à long terme n’a rien à envier à celle des poids lourds de l’indice. Au contraire : au cours des 25 dernières années, le segment des petites et moyennes capitalisations a affiché un rendement supérieur à 1.000%, soit plus du double de la performance du marché suisse dans son ensemble.

Un succès qui tient à l’excellente gestion de nombreuses valeurs secondaires suisses, qui évoluent sur des marchés solides et suivent une stratégie de long terme clairement définie. Elles font par ailleurs preuve d’une grande capacité d’innovation et présentent très souvent des bilans robustes avec un faible endettement. Ces caractéristiques leur permettent d’offrir des produits et services de grande qualité, très appréciés dans le monde entier.

Des entreprises de divers secteurs d’activité sont ainsi parvenues à se forger une position dominante sur le marché mondial au cours des 20 dernières années. C’est le cas, par exemple, de Ems-Chemie, Sonova et Schindler. A l’origine, ces groupes d’origine suisse opéraient principalement sur leur marché national, tout au plus dans les pays voisins européens. Avec le temps, ils se sont aventurés plus loin, forts du succès de leur activité. Outre la présence d’équipes de vente locales, une tendance au déplacement des sites de production à proximité des clients est également observée depuis quelques années. Début 2020, en particulier, la présence à l’échelle locale a constitué un facteur de succès clé dans le sillage des perturbations d’approvisionnement causées par la crise du coronavirus. Et la prédilection pour les achats de proximité devrait perdurer au-delà de la pandémie.

Cycliques, mais résistantes

Le segment des valeurs secondaires suisses est largement dépendant des exportations, et donc beaucoup plus cyclique que le marché helvète global, qui se distingue par ses caractéristiques défensives. Il s’agit là d’une arme à double tranchant. Bien que de nombreuses entreprises suisses se soient déployées avec succès dans les pays émergents ces dix dernières années, l’Europe demeure leur plus important partenaire commercial, avec la Chine et les Etats-Unis. A elles seules, les exportations vers le Land allemand voisin du Bade-Wurtemberg ont atteint le même volume que celles à destination de la Chine en 2019. Les perspectives des petites et moyennes capitalisations suisses évoluent donc au gré de la santé de leurs partenaires commerciaux.

Par ailleurs, en raison de leur profil cyclique, les cours des petites et moyennes entreprises sont plus impactés par un ralentissement de la croissance mondiale que ceux des grosses multinationales suisses, plus stables. Le segment des petites et moyennes capitalisations suisses a ainsi sous-performé le marché global du pays de 12% entre septembre et décembre 2018, lorsque le moral du marché a été plombé par les incertitudes entourant le conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine. Une situation similaire a été observée au premier trimestre 2020. Frappées par la crise du COVID-19, les petites et moyennes capitalisations suisses ont cédé plus de 25% au cours des 10 premières semaines de 2020, sous-performant l’indice SPI de près de 8%. En revanche, ce profil cyclique leur permet de se redresser plus rapidement. C’est ainsi que les valeurs secondaires suisses ont bondi de plus de 40% entre fin mars et début décembre 2020, surperformant largement le marché national.

La performance historique ne préjuge pas de la performance présente ou future.

Source: Bloomberg

Si les bénéfices de l’ensemble des valeurs secondaires suisses devraient reculer de -24% en 2020, tous les secteurs pourraient afficher des taux de croissance nettement supérieurs à 10% pour les deux prochaines années : un peu plus de 25% en 2021, puis 15% à 20% en 2022.

Des perspectives favorables dans divers secteurs

Dans la biotechnologie, par exemple, 2021 devrait être une année porteuse pour Indorsia, dans la mesure où la société franchira probablement une étape décisive en commercialisant ses premiers produits. Au 1er trimestre, la FDA devrait par ailleurs approuver le Ponesimod, un traitement de Johnson & Johnson contre la sclérose en plaques, qui pourra par conséquent être mis sur le marché. De plus, le somnifère Daridorexant pourrait également être autorisé à la vente aux Etats-Unis en fin d’année. La comptabilisation de premiers revenus devrait ainsi réduire les risques du modèle économique de l’entreprise.

L’activité de l’aéroport de Zurich a été extrêmement faible ces derniers mois. Après un record de trafic avec 31,5 millions de passagers en 2019, la fréquentation s’est effondrée sous l’effet de la pandémie. La normalisation du nombre de passagers jusqu’au niveau de 2019 est prévue pour 2024. L’entreprise reste toutefois bien positionnée pour se remettre rapidement de la crise. Elle bénéficie en effet d’un bilan solide, d’un système de tarification transparent pour les cinq prochaines années et de sources de revenus diversifiées, dont 25% sont actuellement indépendantes du nombre de passagers.

Le leader mondial des chocolats haut de gamme Lindt & Sprüngli a annoncé une nette amélioration de sa performance pour le second semestre de 2020, les détaillants du monde entier ayant commandé à temps et dans des quantités comparables à celles de l’année précédente en prévision de la période des fêtes. De plus, les indicateurs des ventes mensuelles de l’institut d’analyse de marché Nielsen ressortent en forte hausse par rapport à 2019. Enfin, grâce à son bilan solide et à des flux de trésorerie stables, Lindt & Sprüngli a profité de la crise pour gagner des parts de marché, en s’appuyant sur une stratégie de marketing ciblée. En conséquence, une reprise significative des ventes est attendue en 2021 est la marge devrait passer d'un peu moins de 10% en 2020 à plus de 15% en 2022.