«Un mundo»: lire les ruptures de l’économie mondiale dans un tableau de 1929

Philippe Waechter, Ostrum Asset Management

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L’œuvre d'Ángeles Santos offre une clé de lecture saisissante pour le monde d'aujourd'hui, où l'IA promet des gains de productivité, mais menace des emplois qualifiés et se concentre dans des écosystèmes rivaux.

Comprendre l'économie, c'est lire ses ruptures, et l'art peut y aider: il «rend visible», disait Klee. Peint en 1929 et exposé au Reina Sofia, le tableau «Un Mundo» d'Ángeles Santos offre une clé de lecture saisissante pour le monde d'aujourd'hui.

Le globe y devient un cube. La sphère représentait la mondialisation fluide des années 2010, le «monde plat» de Friedman, le monde des opportunités.

Le cube, lui, juxtapose des faces séparées par des arêtes nettes: des blocs qui imposent chacun leurs règles. L'interdépendance devient un instrument de coercition (technologie, terres rares, dollar, énergie), ce qui relance politiques industrielles et relocalisations.

Un monde sans hégémon. Le cube flotte: l'ordre n'a plus de garant. Il avance par marches successives, de déséquilibre en déséquilibre, ce qui met au défi l'économiste habitué à penser en équilibre.

Ce cube a une face claire et une face sombre, à l'image des deux révolutions en cours.

L'IA promet des gains de productivité, mais elle menace des emplois qualifiés et se concentre dans des écosystèmes rivaux.

La transition énergétique répond au réchauffement, désormais au-delà de 1,5°C, avec des efforts très inégaux selon les régions. Ces deux révolutions divergent: l'une exige la coopération, l'autre fragmente, et la demande électrique de l'IA freine la décarbonation.

L'énergie reste un effort : on allume les étoiles, on tient le soleil au bout d'un fil. Le choc de 2026, avec la fermeture d'Ormuz, rappelle la fragilité énergétique et pousse chaque bloc vers l'autonomie.

En bas, des musiciens aux yeux clos représentent des élites désorientées, ou une Europe restée puissance normative quand le monde a changé de partition.

La conclusion distingue quatre ruptures:

  • Des règles locales. Les règles collectives cèdent la place à des logiques locales et bilatérales, sur fond de rivalité sino-américaine.
  • La volatilité technologique. Les révolutions technologiques s'accompagnent de fortes turbulences.
  • L'énergie. La dépendance à l'énergie persiste et nourrit l'inflation.
  • La rupture intellectuelle. Il devient difficile de penser le nouvel équilibre.

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