Art Basel Paris 2026: la prime à la sélectivité

Cécile Colleville, Matis

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Enchères et galeries confirment l’appétit pour les grands noms du XXe siècle.

©Keystone


Du 20 au 25 octobre, Paris a confirmé son rang sur le marché de l'art, dans un contexte inédit. Autour d'Art Basel Paris, la semaine a réuni les ventes du soir de Christie's, Sotheby's, Phillips et Artcurial, ainsi que des foires parallèles comme Paris Internationale, Asia Now, Design Miami Paris ou Post-Fair. L'offre, très diversifiée, est restée concentrée sur les grands noms de l'art impressionniste, moderne et contemporain.

Art Basel Paris, cinquième édition au Grand Palais avec 211 exposants venus de 41 pays, a fermé ses portes le vendredi 23 octobre à 19 heures, annulant ses deux journées publiques du week-end en raison des manifestations annoncées dans la capitale. L'essentiel des transactions s'étaient toutefois déjà joué. Selon les chiffres compilés par la foire, plus de 300 œuvres ont trouvé preneur pour environ 147 millions de dollars lors des deux premières journées. Hauser & Wirth a notamment cédé la toile Rokokotisch de Gerhard Richter et une autre de Georg Baselitz, Der Hirte, toutes deux datant de 1965, autour de 10 millions de dollars chacune, tandis qu'un nu de Modigliani de 1917 était proposé à plus de 100 millions de dollars. Issus des ventes communiquées par les galeries, ces chiffres donnent une bonne mesure de l'activité.

«Quarante-six pour cent des nouveaux enchérisseurs et acheteurs de 2025 appartenaient à la génération Z ou aux millennials.»

L'enjeu d'une édition écourtée est réel: selon The Art Basel & UBS Art Market Report 2026, les foires ont représenté 35% des ventes des galeries et marchands en 2025, leur plus haut niveau depuis 2022. Elles restent un pilier de la stratégie des professionnels.

Des enchères solides, mais sélectives

Les maisons de ventes ont pris le relais: environ 300 millions d'euros adjugés en quatre jours chez Christie's, Sotheby's, Phillips et Artcurial. Chez Sotheby's, Iris (1924-1925) de Claude Monet a atteint 50 millions d’euros et devient, selon la maison, l'œuvre d'art la plus chère jamais vendue aux enchères en France. Une toile de la période abstraite de František Kupka a été adjugée 8,99 millions d'euros, deuxième résultat le plus élevé de l'artiste aux enchères, et Tête crâne d'Alberto Giacometti 8,6 millions d'euros, soit quatre fois son estimation basse. Chez Christie's, Bord des falaises à Pourville (1882), issu de la collection Durand-Ruel, a été adjugé 12'785’000 euros, et la vente du soir consacrée aux XXe et XXIe siècles a totalisé 66 millions d'euros.

Les acheteurs se sont toutefois montrés sélectifs: ils se positionnent fortement sur les œuvres de qualité incontestée et justement estimées, et délaissent celles dont les estimations paraissent trop ambitieuses ou moins étayées.

Une semaine conforme aux tendances de fond

Ces résultats rejoignent les tendances du rapport Art Basel & UBS. Après deux années de repli, le marché mondial de l'art a renoué avec la croissance en 2025, à 59,6 milliards de dollars (+4%). Les Etats-Unis concentrent 44% des ventes, devant le Royaume-Uni (18%) et la Chine (14%). La France, quatrième marché mondial, atteint 4,5 milliards de dollars (+9%), soit 8% du total. Ce caractère international est structurant: la base d'acheteurs est de plus en plus dispersée géographiquement, et 65% des exportations d'art américaines partent vers le Royaume-Uni, la Suisse, la France, la Chine et l'Allemagne. La demande ne repose ainsi sur aucune place unique.

La reprise a profité au haut du marché. Aux enchères, la valeur des œuvres vendues plus d'un million de dollars a progressé de 21%, celle des lots dépassant 10 millions de 30%. L'impressionnisme et le post-impressionnisme ont progressé de 47%, à 1,8 milliard de dollars, l'art moderne de 9%, à 2,4 milliards. A l'inverse, l'art contemporain est resté stable, à 1,4 milliard de dollars. Il demeure pourtant l'un des segments les plus profonds du marché: 14% de la valeur des ventes aux enchères et 19% des lots vendus, et, associé à l'art d'après-guerre, le premier secteur avec 45% de la valeur et 54% des lots. Les œuvres créées au cours des vingt dernières années ont reculé de 18% en valeur.

En Suisse, les ventes d'art ont progressé de 13% en 2025, et le chiffre d'affaires des marchands suisses de plus de 25%.

Une demande concentrée sur les artistes reconnus

La semaine parisienne confirme que la demande se concentre sur une typologie d'artistes précise: une reconnaissance validée par les institutions, une contribution reconnue à l'évolution de l'art, une présence régulière dans les grandes collections muséales et un marché soutenu par des galeries et des maisons de ventes. Cette demande se renouvelle: chez Christie's, 46% des nouveaux enchérisseurs et acheteurs de 2025 appartenaient à la génération Z ou aux millennials. Sur un marché encore peu transparent, à la fois exigeant et passionnant, ces nouveaux collectionneurs s'appuient sur une recherche approfondie et sur l'accompagnement de spécialistes pour gagner en visibilité: les conseillers en art représentent déjà 7% des ventes des plus grandes galeries.

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