La Banque du Japon (BoJ) a laissé vendredi ses taux inchangés et affirmé pour la première fois que sa cible d’inflation était atteinte, plus de 13 ans après avoir fixé cet objectif visant à sortir le pays de la déflation.
Comme c’était attendu suite aux statu quo de la Réserve fédérale américaine (Fed) et de la Banque centrale européenne (BCE) cette semaine, la BoJ a maintenu son taux directeur à 1,25% – après l’avoir relevé mi-septembre au plus haut niveau depuis 31 ans.
Cette décision a été approuvée par huit des neuf membres de son comité de politique monétaire à l’issue d’une réunion de deux jours, en dépit de la flambée persistante des prix de la consommation au Japon.
La BoJ en a pris acte: elle a affirmé vendredi que sa cible d’inflation sous-jacente à 2% était désormais atteinte.
Cet objectif avait été fixé en 2013, à une époque où l’archipel était enfoncé dans une déflation tenace où la dégringolade des prix déprimait les acteurs économiques.
Cette longue spirale déflationniste avait pris fin au printemps 2022 avec une hausse soutenue des prix à la consommation, dopée par la sortie de la pandémie et les cours de l’énergie sur fond de guerre en Ukraine, tandis que le vif affaiblissement du yen renchérissait les produits importés.
La BoJ avait réagi en entamant en mars 2024 un resserrement de ses taux après 10 ans de politique monétaire ultra-accommodante où ils étaient restés nuls ou négatifs.
Certes, le Japon a connu ces dernières années des niveaux d’inflation très supérieurs au niveau des 2%, jusqu’à atteindre 4% en décembre 2022 en raison de la flambée du pétrole, mais la Banque du Japon s’était alors gardée de déclarer son objectif atteint, attendant de voir les tendances profondes se confirmer hors facteurs passagers.
C’est désormais chose faite: «Alors que l’inflation sous-jacente se situe à un niveau globalement cohérent avec l’objectif de stabilité des prix de 2%, il existe un risque que les anticipations d’inflation à moyen et long terme augmentent et que l’inflation dévie à la hausse, dépassant ainsi cet objectif», a expliqué l’institution.
Hausse en décembre?
Ce constat intervient alors que l’inflation est exacerbée cette année par la flambée des cours du pétrole due à la guerre au Moyen-Orient qui se répercute dans tous les secteurs: les prix à la consommation (hors produits frais et énergie) ont grimpé de 2,4% sur un an en septembre.
Et en suggérant que la fièvre inflationniste devrait rapidement dépasser le niveau souhaité, la BoJ ouvre la voie à un nouveau durcissement monétaire lors de sa prochaine réunion en décembre.
«Le comportement des entreprises tend de plus en plus vers des hausses de salaires et de prix», souligne-t-elle.
Et d’ajouter: «la montée des cours du pétrole brut devrait renchérir les prix, principalement ceux de l’énergie et des biens. Par ailleurs, la hausse des prix des semi-conducteurs - reflétant une demande mondiale accrue - ainsi que la dépréciation du yen, devraient contribuer à l’augmentation des prix».
De son côté, le gouvernement japonais se montre extrêmement prudent quant à déclarer définitivement révolue la période de déflation: «Nous n’en sommes pas là», a déclaré la semaine dernière Minoru Kiuchi, ministre de l’Économie.
La Première ministre Sanae Takaichi privilégie d’ailleurs ouvertement les mesures de relance économique et plans d’investissements au contrôle de l’inflation - au risque d’avoir donné l’impression de faire pression sur la BoJ pour maintenir les taux bas.
Vendredi, la Banque du Japon «n’a réservé aucune surprise en déclarant victoire dans la lutte contre la déflation», constate cependant Marcel Thieliant, du cabinet Capital Economics.
De fait, la BoJ a même légèrement révisé à la hausse ses prévisions d’inflation (hors produits alimentaires frais et énergie) pour l’exercice 2027 (à 2,7%) et pour 2028 (à 2,3%).
«Cela implique que la Banque s’attend à ce que l’inflation demeure supérieure à son objectif de 2% au terme de son horizon de prévision (...) Elle considère que les risques pesant sur l’inflation sont orientés à la hausse. Par conséquent, un nouveau durcissement monétaire semble très probable», souligne M. Thieliant.
Selon lui, un prochain relèvement est à attendre dès décembre, et plusieurs hausses successives pourraient pousser le taux directeur à 2% d’ici la mi-2027.