La démocratie directe, un vecteur de rapprochement

Stephan Mumenthaler, Scienceindustries, Zurich

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Ce qui d’abord ressemble à une incongruité pourrait bien être une force: notre démocratie directe rapproche la science et la société.

©Keystone

 

Nous autres Suisses votons sur de nombreux sujets, par exemple l’approvisionnement énergétique, la recherche médicale ou encore l’utilisation des nouvelles technologies, toutes thématiques dont la bonne compréhension exige le plus souvent des connaissances supérieures. Et pourtant, nous convoquons le peuple aux urnes pour se prononcer sur ces questions.

On peut penser que c’est déraisonnable. Mais ne serait-ce pas plutôt un atout sous-estimé de notre système politique? Car en favorisant un dialogue régulier entre la science, le monde politique et la société, notre démocratie directe est l’une des raisons pour lesquelles la fameuse «tour d’ivoire scientifique» est, en Suisse, moins isolée que nous ne le pensons parfois.

Des logiques différentes ne créent pas nécessairement un fossé

Au sein du groupe parlementaire «Formation, recherche et innovation», nous nous sommes récemment penchés sur ce problème de «tour d’ivoire scientifique». Les intervenants – divers représentants d’un groupe allant des EPF à l’industrie – ont été unanimes à déclarer qu’il n’y a pas de gouffre entre la science et la société.

Cela ne signifie pas que cette relation soit exempte de tensions. La pandémie de coronavirus a montré à quel point l’interaction peut s’avérer complexe. Pendant cette crise, les connaissances scientifiques en la matière évoluaient sans cesse et les responsables politiques devaient prendre leurs décisions sous contrainte de temps. Il y avait de quoi mettre la confiance à rude épreuve.

La science est capable de nous expliquer comment fonctionne le monde, mais elle ne peut pas prendre toutes les décisions à notre place. Le fait d’utiliser ou non de nouvelles technologies ou le choix des risques que nous acceptons dépendent également d’intérêts, de convictions et de valeurs sociétales. Ne pas parvenir aux mêmes conclusions ne signifie pas qu’un abîme nous sépare. L’essentiel est de prendre au sérieux les connaissances scientifiques, même si nous divergeons sur leurs conséquences.

Quand les connaissances se traduisent en décisions

La catastrophe de Blatten survenue l’an dernier a montré que cette interaction peut donner d’excellents résultats. Des experts ont surveillé très tôt l’évolution menaçante de la montagne et mis en garde contre un possible écroulement. Le moment venu, les autorités ont ordonné l’évacuation et la population a dû abandonner ses demeures. Lorsque les masses de roches et de glace ont finalement détruit une grande partie du village, la plupart des habitants se trouvaient en sécurité.

Blatten illustre à merveille ce qu’il est possible de faire lorsque l’expertise scientifique, la responsabilité des autorités et la confiance de la société s’articulent entre elles. La science n’a pas à décider par elle-même, mais elle peut jouer un rôle clé dans les prises de décision éclairées des autres entités.

La démocratie, bâtisseuse de ponts

Notre démocratie directe veille à ce que les connaissances scientifiques des milieux spécialisés nourrissent régulièrement le débat public. Il ne s’agit pas de trouver toujours la solution scientifique parfaite, mais de concilier des intérêts divers et de prendre des décisions sociétales sur la base de connaissances scientifiques. En cela précisément réside la force de notre système: la démocratie directe est un instrument d’échanges continus entre science, politique et population. Elle exige de tous les acteurs qu’ils rendent leurs arguments compréhensibles et s’ouvrent à d’autres perspectives.

L’exercice ne réussit pas toujours. En Suisse aussi, les débats peuvent être polarisés et les savoirs scientifiques instrumentalisés. Il est d’autant plus important d’aborder ouvertement les contingences et de s’écouter mutuellement. Car le dialogue n’est pas qu’une machine à emporter l’adhésion. Il doit aussi accepter la contradiction.

En définitive, la question n’est pas de savoir comment sortir la science de sa supposée tour d’ivoire, mais plutôt comment renforcer les liens existants entre la recherche, les décideurs politiques et la société.

Notre démocratie directe n’offre aucune garantie de succès à cet égard, mais au moins veille-t-elle à ce que nous empruntions sans cesse ces passerelles. C’est peut-être là sa plus grande force.

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