A la fin de l’année 2026, le marché du travail suisse affiche une certaine prudence. Bien qu’elles progressent légèrement pour le quatrième trimestre, les prévisions nettes d’emploi restent, pour le troisième trimestre consécutif, à leur niveau le plus bas depuis 2022. Cette tendance contraste avec l’évolution positive de l’économie et la croissance du marché du travail temporaire.
Les employeurs suisses restent prudents dans leur planification des effectifs. Selon l’enquête ManpowerGroup Employment Outlook Survey pour le quatrième trimestre 2026, les prévisions nettes d’emploi (Net Employment Outlook, NEO) s’établissent à +21%. Cela représente une amélioration d’un point de pourcentage par rapport au trimestre précédent, mais une baisse de quatre points de pourcentage par rapport au même trimestre de l’année précédente. Les prévisions d’emploi se maintiennent ainsi, pour le troisième trimestre consécutif, à leur niveau le plus bas depuis 2022.
La prudence des employeurs suisses se reflète également dans la comparaison internationale: les prévisions nettes d’emploi à l’échelle mondiale s’établissent à +29%. La Suisse se situe ainsi à huit points de pourcentage en dessous de la moyenne mondiale et juste au-dessus de la moyenne européenne, qui s’élève à +20%.
Les perspectives de l’emploi en retrait par rapport à l’évolution économique
La prudence persistante en matière de planification des effectifs surprend au regard de l’évolution économique. Au deuxième trimestre 2026, l’économie suisse a enregistré une croissance du PIB de 1,5% par rapport au trimestre précédent, soit la plus forte croissance trimestrielle depuis 2021. Parallèlement, le marché du travail temporaire, considéré comme un indicateur avancé de la conjoncture, renoue avec la croissance depuis le début de l’année, selon swissstaffing.
«Les signaux économiques sont plus positifs que les intentions d’embauche des entreprises. Cela montre que la demande de personnel n’évolue pas simplement en parallèle de la conjoncture. Aujourd’hui, les entreprises évaluent plus prudemment les compétences dont elles ont besoin et les domaines dans lesquels des recrutements supplémentaires sont rentables à long terme. Après l’engouement initial, elles examinent plus en profondeur les possibilités d’utilisation de l’IA, sans pour autant négliger la dimension humaine», déclare Eric Jeannerod, Country Manager de ManpowerGroup Suisse.
Les compétences spécifiques gagnent en importance
Derrière cette tendance générale à la prudence se cachent des évolutions contrastées. Le secteur de la construction et l’industrie continuent d’afficher des besoins en personnel. Dans d’autres secteurs, les emplois comportant une part importante de tâches potentiellement automatisables subissent une pression croissante. La recherche de collaborateurs devient ainsi plus ciblée et se concentre sur des qualifications et des domaines d’activité spécifiques.
«Le marché du travail suisse n’est pas simplement caractérisé par une pénurie ou un excédent de main-d’œuvre. Nous constatons plutôt un décalage croissant entre l’offre et la demande dans certains domaines. Les personnes chargées du recrutement sont confrontées au défi d’identifier les compétences réelles des candidates et candidats parmi des CV de plus en plus optimisés par l’IA et, par conséquent, très similaires. Il s’agit également de faire évoluer les compétences des collaborateurs déjà en poste et, lors du recrutement, de savoir reconnaître des potentiels au-delà des parcours professionnels classiques», souligne Eric Jeannerod.
La demande de jeunes talents en début de carrière se redresse
Un signal potentiellement plus positif se dessine pour les jeunes en début de carrière. Par rapport à l’année précédente, la dynamique de recrutement des jeunes talents s’est améliorée de 14 points de pourcentage. Parmi les décideurs interrogés, 35% font état d’une légère ou nette augmentation des recrutements, tandis que 21% constatent un recul. L’entrée sur le marché du travail reste difficile, mais cette évolution pourrait indiquer un renversement de la tendance.
«Le redressement du recrutement des profils juniors est un signal important. Il pourrait indiquer que les entreprises adoptent une approche plus nuancée de l’utilisation de l’IA. Si l’IA prend en charge un nombre croissant de tâches, les compétences humaines, le discernement et le potentiel de développement restent toutefois essentiels. Le défi ne réside donc pas uniquement dans l’automatisation des tâches. De plus en plus d’entreprises se demandent comment organiser leur structure à l’ère de l’IA et comment mobiliser et développer de manière ciblée les atouts humains là où ils créent le plus de valeur ajoutée», déclare Eric Jeannerod.
Une entreprise sur trois met plus de temps à trouver les talents adéquats
La sélectivité croissante du marché du travail se reflète également dans le pourvoi des postes vacants. 32% des décideurs interrogés indiquent qu’il leur faut aujourd’hui plus de temps qu’il y a un an pour trouver les talents adéquats. Seuls 20% estiment que le processus de recrutement est devenu plus simple. La raison la plus fréquemment citée par les entreprises concernées est le manque de compétences des candidates et candidats (43%). A cela s’ajoute un décalage croissant entre les attentes des candidates et candidats et les exigences des employeurs (26%).
L’intelligence artificielle pose également de nouveaux défis en matière de recrutement: 16% des personnes interrogées citent les CV générés par l’IA comme un facteur compliquant l’identification des candidates et candidats adéquats.