Malgré la montée des risques et des incertitudes, et les importants chocs d'offre négatifs de ces deux dernières années, les marchés boursiers et l'économie mondiale dans son ensemble ont plutôt bien résisté. Au choc des droits de douane annoncés par le président américain Donald Trump lors du «Liberation Day» (le 2 avril 2025) a succédé, cette année, la guerre avec l'Iran, qui a provoqué le plus important choc énergétique depuis les crises pétrolières des années 1970.
Pourtant, selon les données du Fonds monétaire international, la croissance mondiale a été aussi élevée en 2025 qu'en 2024 (3,5%), et l'inflation mondiale a été plus faible en 2025 qu'en 2024. Si la croissance mondiale est attendue en repli à 3% cette année, elle devrait toutefois se redresser en 2027 (à 3,4%), tandis que l'inflation, après sa hausse de 2026, se rapprocherait en 2027 de son niveau de 2025.
Qu'est-ce qui explique la résilience apparente de l'économie mondiale, et quels sont les principaux risques à la baisse pesant sur ces perspectives relativement favorables pour 2027?
Quatre facteurs majeurs ont permis d'éviter un repli de l'activité. Premièrement, la discipline des marchés a contraint l'administration Trump à remiser ses politiques les plus stagflationnistes. Le taux moyen des droits de douane américains a grimpé en flèche, passant de 2,1% en janvier 2025 à 21,5% le 2 avril 2025, mais la réaction des marchés a obligé Trump à reculer et à négocier des baisses de droits de douane. Le taux moyen s'établit désormais à 9,6%. De même, la décision de Trump d'entrer en guerre contre l'Iran a provoqué un choc pétrolier, une hausse des rendements obligataires et une correction boursière, ce qui l'a conduit à négocier un fragile cessez-le-feu qui a permis d'effacer une partie des dégâts.
Deuxièmement, les chocs tarifaires et pétroliers ont été atténués par des ajustements des flux commerciaux, des chaînes d'approvisionnement mondiales et d'autres facteurs de production. Grâce à l'émergence de nombreux nouveaux producteurs et de nouvelles sources d'énergie, le monde dépend aujourd'hui moins du pétrole que par le passé. Le recours aux réserves stratégiques de pétrole (notamment en Chine) et une certaine destruction de la demande ont considérablement amorti l'effet du choc.
La récente prolongation de la trêve sino-américaine pourrait ne pas tenir si la Chine – et ses alliés de fait, la Russie, l'Iran et la Corée du Nord – se sent enhardie par les faux pas géostratégiques des États-Unis.
Troisièmement, les réponses des pouvoirs publics ont également contribué à absorber une partie du choc. De nombreuses économies avancées ont assoupli leurs politiques budgétaire et monétaire en 2025, quand la croissance semblait menacée, avant de resserrer leur politique monétaire cette année pour maintenir l'ancrage des anticipations d'inflation.
Quatrièmement, et surtout, le monde connaît un choc d'offre agrégée positif, massif et durable, porté par l'essor des investissements dans l'IA. Les États-Unis et la Chine sont clairement en tête, mais de nombreux autres pays d'Asie et d'Europe bénéficient également de ce cycle de dépenses d'investissement (capex), qui englobe de plus en plus la hausse des dépenses de défense.
Il existe toutefois des risques extrêmes à prendre en compte. Pour commencer, les tensions géopolitiques sont vives, le transit maritime par le détroit d'Ormuz reste limité et incertain, et les récentes attaques des Houthis contre des points d'étranglement maritimes et un oléoduc saoudien pourraient restreindre davantage l'approvisionnement en pétrole et en gaz. Les cours du pétrole sont déjà repassés au-dessus de 100 dollars le baril, et plus les prix de l'énergie resteront élevés, plus la pression stagflationniste sera forte.
De plus, la récente prolongation de la trêve sino-américaine pourrait ne pas tenir si la Chine – et ses alliés de fait, la Russie, l'Iran et la Corée du Nord – se sent enhardie par les faux pas géostratégiques des États-Unis. Les tensions autour de Taïwan pourraient s'intensifier après les élections prévues sur l'île en 2028, et le conflit russo-ukrainien s'étend déjà à un théâtre d'opérations plus vaste, l'Ukraine frappant en profondeur le territoire russe et la Russie livrant une guerre hybride contre l'Europe. Compte tenu des frappes ukrainiennes visant les infrastructures énergétiques russes, l'absence de cessez-le-feu exercera une pression supplémentaire à la hausse sur les prix des hydrocarbures.
Dans le même temps, les démocraties libérales montrent de plus en plus de signes de dysfonctionnement politique, et les prochaines élections aux États-Unis, en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne pourraient déboucher sur des politiques économiques plus populistes, qui nuiraient à la croissance et accroîtraient les risques budgétaires. De fait, les importants déficits budgétaires et les ratios dette/PIB élevés de nombreuses économies avancées et de certains marchés émergents font grimper les rendements des obligations souveraines, menaçant d'évincer la production, l'investissement et la consommation du secteur privé, et augmentant le risque de crises du crédit.
L'essor de l'IA constitue une autre source de risque – et montre des signes d'emballement. S'il s'avère qu'il s'agit d'une bulle appelée à éclater ou à se dégonfler, il pourrait en résulter des effets de richesse négatifs (baisse de la consommation), des problèmes de crédit et un reflux des esprits animaux chez les investisseurs et les ménages.
Sur le plan des politiques économiques, les chocs stagflationnistes, qui freinent la croissance et attisent l'inflation, tendent à placer face à un dilemme les banques centrales investies d'un double mandat de stabilité des prix et de plein emploi. Si elles jugent nécessaire de relever encore leurs taux pour combattre l'inflation, elles risquent d'affaiblir la croissance et de susciter des inquiétudes pour la stabilité financière, compte tenu du niveau élevé de l'endettement privé et public et du risque de monétisation de la dette («planche à billets»).
Dans le scénario de référence, ces risques restent contenus, la croissance mondiale s'améliore en 2027 et l'inflation recule, les innovations technologiques favorables à la productivité donnant un puissant élan à l'économie mondiale. Dans ce cas, le niveau élevé des rendements obligataires tiendra davantage à l'essor de l'IA qu'aux inquiétudes liées à l'inflation, aux déficits budgétaires et à la dette. En outre, un apaisement des tensions géopolitiques est tout à fait envisageable et entraînerait une baisse des prix de l'énergie, créant ainsi les conditions propices à la poursuite des rendements boursiers positifs – voire à deux chiffres – observés ces dernières années.
Si, en revanche, les risques majeurs se concrétisent, les prix de l'énergie et des matières premières pourraient rester élevés, voire augmenter encore, et le commerce comme les chaînes d'approvisionnement pourraient subir des perturbations plus graves. Le risque d'une sévère correction des marchés, conjuguant hausse des rendements obligataires et baisse des actions, s'en trouverait nettement accru.
Le scénario le plus favorable reste toutefois le plus probable. L'élan technologique reste vigoureux, la discipline des marchés continuera de contenir les pires politiques, et les États-Unis et la Chine semblent tous deux déterminés à apaiser leur rivalité. Compte tenu de l'ampleur des risques potentiels, il faut garder l'espoir que la résilience actuelle perdure. Beaucoup dépendra de la capacité des dirigeants politiques à éviter les extrêmes et à ne pas faire dérailler l'une des innovations technologiques les plus importantes de l'histoire de l'humanité.
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