Les marchés du crédit ont fait preuve d’une résilience remarquable cet été. Les spreads de crédit européens sont restés relativement stables malgré les tensions géopolitiques, la volatilité des cours du pétrole et les incertitudes entourant l’inflation et la politique monétaire.
Cette résilience s’explique par plusieurs facteurs. Les fondamentaux des entreprises restent globalement solides, notamment dans le segment Investment grade, et les taux de défaut sur le haut rendement demeurent maîtrisés; une situation qui, selon nous, devrait rester stable dans les prochains mois.
Autre point important: les rendements se situent sur des niveaux intéressants par rapport à leur historique récent: autour de 3,7% pour le crédit Investment grade en euro et 5,5% pour le haut rendement en euro1. Aux Etats-Unis, où les risques sont les plus visibles, une obligation Investment grade à cinq ans offre aux investisseurs un rendement d’environ 5,2%.
Cette situation appelle toutefois à la prudence
Une part importante de ces rendements provient désormais de la hausse des rendements des emprunts d’Etat, plutôt que des spreads de crédit. Ainsi, si le portage reste intéressant, la rémunération du risque de crédit supplémentaire est aujourd’hui moins convaincante. Et, compte tenu de la croissance de l’offre que nous anticipons, il conviendra de surveiller ces risques de près.
L’intelligence artificielle fournit un exemple particulièrement révélateur de ce qui peut se produire lorsque l’offre commence à tester la demande.
Depuis le début de l’année 2026, près de 150 milliards de dollars d’obligations2 ont été émis par les cinq grands hyperscalers, Alphabet, Amazon, Meta Platforms, Microsoft et Oracle, afin de financer le développement de leurs centres de données. Certaines émissions ont été bien accueillies, d’autres ont reçu un accueil plus réservé - rappelant que l’appétit des investisseurs n’est pas illimité. L’offre commence à imposer une discipline sur les prix.
L’intelligence artificielle n’est pas le seul point de tension. D’autres secteurs subissent également des perturbations liées aux prix élevés de l’énergie ou à l’essor de l’IA: l’automobile, l’alimentation et les boissons, la chimie, les médias et les logiciels. En parallèle, nous entrons dans une période de l’année traditionnellement volatile, à laquelle les élections américaines de mi-mandat viennent ajouter une source d’incertitude.
Une hausse de l’inflation et une remontée des taux d’intérêt constituent des risques potentiels susceptibles de se répercuter sur les marchés du crédit. Les investisseurs devront rester vigilants. La dispersion est susceptible d’augmenter et la sélectivité sera déterminante dans le contexte actuel.
La qualité des fondamentaux au premier plan
Nous restons positifs sur l’investment grade, mais de manière de plus en plus sélective.
Avec des spreads serrés et une dispersion en hausse, la prochaine phase de performance dépendra probablement moins d’une compression généralisée des spreads que d’une sélection d’opportunités offertes par le portage, d’une gestion active et du fait d’éviter les émetteurs aux fondamentaux plus fragiles.
Nous continuons de privilégier les signatures notées BB, le crédit crossover et les émissions subordonnées d’émetteurs Investment grade.
En termes de secteurs, nous privilégions les entreprises défensives de la santé, des télécommunications et de certains services aux collectivités, tout en distinguant les infrastructures réglementées offrant des rendements plus prévisibles, des projets à forte intensité capitalistique.
Tous secteurs confondus, nous privilégions les entreprises affichant des trajectoires crédibles de désendettement, des sources de revenus diversifiées, des franchises solides, une visibilité sur la génération de free cash-flow et la capacité à répercuter la hausse des coûts sur leurs clients.
1Source: Bloomberg, indices ICE BofA Euro Corporate et ICE BofA Euro High Yield, à fin août 2026.
2Source Bloomberg, août 2026.