Banques centrales: la BNS bénéficie d’un double avantage

Philipp Burckhardt, Lombard Odier Investment Managers (LOIM)

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D’une part, le risque de déflation s’est nettement éloigné. D’autre part, un écart de taux plus important vis-à-vis de la BCE et de la Fed contribue à l’affaiblissement du franc, ce qui a pour effet positif de renchérir légèrement les biens importés.

Les banques centrales sont à nouveau au centre de l’attention. Lors de leurs dernières réunions, la Réserve fédérale américaine (Fed) et la Banque centrale européenne (BCE) ont amorcé un changement de cap de leur politique monétaire. En Suisse également, les marchés anticipent désormais les premières hausses de taux de la Banque nationale suisse (BNS). Celles-ci ne sont certes attendues qu’en 2027, mais elles marquent néanmoins un tournant important. Après un premier semestre mitigé, les indicateurs mondiaux de croissance se sont nettement redressés dans un contexte de pressions inflationnistes plus marquées. Les banques centrales ont ainsi saisi l’occasion pour relever leurs taux directeurs, ouvrant potentiellement la voie à de nouvelles hausses. Même si la hausse des prix, notamment celle de l’énergie, résulte principalement de la situation géopolitique au Moyen-Orient, la solidité de la croissance offre aux banques centrales une marge de manœuvre leur permettant de ralentir légèrement l’activité grâce à des taux plus élevés, sans compromettre significativement la dynamique économique.

La BNS bénéficie d’ailleurs d’un double avantage. D’une part, le risque de déflation s’est nettement éloigné. D’autre part, un écart de taux plus important vis-à-vis de la BCE et de la Fed contribue à l’affaiblissement du franc suisse, ce qui a pour effet positif de renchérir légèrement les biens importés. Depuis le premier trimestre 2026, la tendance est claire: le franc suisse s’est déprécié de 5% à 8% face à l’euro et au dollar depuis ses sommets annuels, tandis que l’inflation a progressé à 0,8% sur un an.

Selon nous, la BNS devrait maintenir ses taux inchangés lors de sa réunion de septembre, tout en révisant à la hausse ses prévisions d’inflation. Elle signalerait ainsi qu’une hausse de taux pourrait intervenir prochainement si l’environnement économique demeure robuste. Lors du précédent cycle d’assouplissement monétaire, le président de la Direction générale de la BNS, Martin Schlegel, avait surpris les marchés en prenant les devants par rapport à leurs attentes. Il n’est donc pas exclu qu’il surprenne à nouveau en procédant dès septembre à une hausse de taux. Nous considérons toutefois ce scénario comme peu probable.

Concernant les hypothèques, les hausses de taux attendues sont déjà largement intégrées dans les prix. Néanmoins, comme évoqué précédemment, la BNS pourrait encore surprendre les marchés. Nous estimons donc qu’un risque de correction haussière des taux hypothécaires subsiste à court terme. Cela n’aurait pas encore d’impact direct sur les loyers, mais un environnement de taux plus élevés pourrait modérer quelque peu la demande, aujourd’hui soutenue par la vigueur de l’économie. Le franc suisse devrait ainsi moins se déprécier et les comptes d’épargne pourraient même bientôt redevenir rémunérés. Dans l’ensemble, cet environnement reste favorable à l’économie suisse: la croissance est solide et l’inflation demeure relativement faible. Même si de nouvelles hausses de taux devaient intervenir prochainement, elles se feraient à partir d’une position de force et resteraient donc largement supportables pour l’économie.

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