Gonet: l'actualité des marchés au 16 septembre

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow -0,63%, S&P 500 -0,45%, Nasdaq -0,78%, Russell -0,76%, SOX +0,40%, Eurostoxx -0,38%, SMI -0,50%.

 

C’est jour de Fed ce mercredi aux Etats-Unis. Pourtant Wall Street a rendu du terrain lors de 5 des 6 dernières séances de trading. La Réserve Fédérale devrait relever son taux directeur d’un quart de point ce soir, le totem d’immunité de l’intelligence artificielle est égaré depuis dimanche et le pétrole refuse mordicus de rendre la moindre parcelle de terrain. Saupoudrez le tout d’un zeste de saisonnalité défavorable et vous obtenez un très joli cocktail automnal, particulièrement prisé des plantigrades.

L’indice S&P500 (SPX) reste en-dessous de sa moyenne mobile à 50 jours, il se bat avec elle depuis 5 séances. Le breadth du jour est clairement faible, c’est toute la cote qui a le blues hier, le secteur de l’énergie mis à part. Les volumes d’échanges sont stables, le dommage technique constaté hier sur le Nasdaq100 (NDX) et les semi-conducteurs (SOX) se confirme un peu plus, le SOX fait pâle figure en ne récupérant que 0,4% après la tatane de près de 6% reçue la veille. En langage boursier on appelle cela un «dead cat bounce». Le marché des actions semble être hypnotisé par la courbe des taux US, avec une attention toute particulière portée au 10 ans, qui passe une bonne partie de la journée d’hier au-dessus de 5%.

Le rendement du 10 ans américain évolue à un plus haut de 19 ans, plaçant le marché obligataire à un tournant: soit ce niveau constitue un plafond, soit il marque le début d’une période durable de taux plus élevés. Ce rendement influence directement les crédits immobiliers, les emprunts des entreprises et la valorisation des actions, déjà pénalisées par sa progression. La prochaine évolution dépendra d’abord de la Fed. Le marché anticipe une hausse des taux ce soir et envisage au moins trois relèvements supplémentaires d’ici juillet prochain. Ces hausses pourraient pousser les rendements à la hausse, mais aussi limiter celle du 10 ans si elles convainquent les investisseurs que la Fed parviendra à freiner l’économie et l’inflation. En l’état la situation reste défavorable aux obligations: la croissance américaine résiste, la demande de crédit demeure solide et l’inflation inquiète. La flambée du Brent (108,10 dollars le baril ce matin), provoquée notamment par la fermeture d’un important oléoduc saoudien, accentue ces craintes. Les investisseurs surveillent surtout la durée de cette hausse du pétrole, car une augmentation persistante finirait par se diffuser aux prix à la consommation.

Rappelons aussi que le programme de rachats de dette du Trésor américain semble seulement contenir partiellement la hausse des rendements. Les montants annoncés ont déçu les investisseurs: le Trésor prévoyait de racheter jusqu’à 6 milliards de dollars de titres à long terme, mais n’en a finalement acheté que 5,2 milliards. Six autres opérations sont prévues d’ici début novembre, sans garantie qu’elles suffisent à ramener durablement le rendement du 10 ans sous 5%.

Le discours de Kevin Warsh qui suivra l’annonce sur les taux de ce soir sera suivi de très près. Le patron de la banque centrale américaine fait déjà face à une pression croissante de la Maison-Blanche pour qu’il baisse les taux, ce qui ne se produira très certainement pas, l’inflation reste bien présente et le marché de l’emploi semble se porter comme un charme. En revanche le consommateur commence à grogner, on l’a constaté vendredi après la publication de l’indice de confiance des consommateurs publié par l’Université du Michigan, qui a montré une détérioration soudaine, aussi du côté Républicain ce qui a constitué une nouveauté.

Le prix moyen du diesel atteint désormais 6,27 dollars le gallon aux États-Unis (3,69 dollars il y a un an), un record depuis le début des données d’OPIS en 2000, après une septième séance consécutive de hausse. La Californie affiche le prix le plus élevé du pays, à 8,21 dollars le gallon, après avoir franchi pour la première fois le seuil de 8 dollars vendredi. L’État de Washington et Hawaï suivent, avec des prix moyens supérieurs à 7 dollars. Les marges des distributeurs n’ont apparemment pas encore totalement répercuté les précédentes hausses des prix de gros, ce qui laisse entrevoir de nouvelles augmentations à la pompe. Face à cette flambée, le chef de la majorité républicaine au Sénat, John Thune, se dit disposé à envisager une interdiction des exportations américaines de diesel.

En parallèle les taux hypothécaires américains à 30 ans remontent rapidement autour de 7%. Selon Bankrate, ils ont augmenté de 0,32 point en un mois, leur plus forte progression depuis avril, tandis que Mortgage News Daily les situe à 7,17%. Cette hausse reflète principalement celle du rendement du Treasury à 10 ans. Le déficit budgétaire absorbe également des capitaux qui pourraient financer le marché immobilier. Le rendement du 10 ans US reste l’indicateur à surveiller après la décision de la Fed: un repli de son rendement de 5% vers 4,75% pourrait entraîner une légère détente des taux hypothécaires, mais probablement pas une baisse durable ou importante.

Mark Zuckerberg estime que les modèles d’intelligence artificielle devraient être évalués par des experts indépendants, mais rejette l’idée d’un ralentissement coordonné ou de nouvelles contraintes réglementaires. Selon lui, la concurrence, la responsabilité juridique et la réputation incitent déjà suffisamment les laboratoires à agir prudemment. Meta affirme avoir elle-même retardé son outil Muse pour des raisons de sécurité et privilégier les applications pratiques plutôt que les systèmes capables de s’améliorer seuls. Cette position s’oppose à celle du patron d’Anthropic, Dario Amodei, qui demande des normes communes et un ralentissement des modèles les plus avancés.

Parallèlement, de hauts responsables de l’administration Trump ont rencontré Anthropic pour discuter des risques liés à l’IA. Tom Brown, responsable des capacités de calcul d’Anthropic et principal représentant du groupe à Washington, s’est entretenu avec le directeur technologique du Pentagone Emil Michael et le secrétaire au Commerce Howard Lutnick. Cette reprise du dialogue est notable après le conflit opposant Anthropic au gouvernement sur l’utilisation militaire de Claude et les sanctions fédérales récemment jugées illégales. L’administration reste cependant hostile à une réglementation susceptible de ralentir les États-Unis face à la Chine et refuse d’accorder aux développeurs une exonération de responsabilité.

Enfin, OpenAI a discuté avec de grands investisseurs d’une nouvelle levée de fonds qui porterait sa valorisation à environ 1200 milliards de dollars, contre 852 milliards après son financement de mars. Les discussions, encore préliminaires, auraient été initiées par les investisseurs et le montant peut évoluer. OpenAI compte désormais plus d’un milliard d’utilisateurs actifs et son chiffre d’affaires trimestriel aurait atteint 6,7 milliards de dollars, mais ses marges restent sous pression. Cette opération préparerait une future introduction en Bourse, même si Sam Altman exclut une IPO en 2026 en invoquant les incertitudes entourant la sécurité de l’IA.

La séance macro-économique du jour sera marquée par la publication de la production industrielle en zone euro à 11h00, puis par plusieurs indicateurs américains : le taux hypothécaire moyen à 30 ans à 13h00, les ventes au détail et les prix à l’importation et à l’exportation à 14h30, les stocks des entreprises et l’indice immobilier NAHB à 16h00, ainsi que les stocks de pétrole brut à 16h30. Christine Lagarde prendra la parole à 19h00, avant le principal rendez-vous de la journée: la décision de la Fed et les nouvelles projections économiques du FOMC à 20h00, suivies de la conférence de presse à 20h30.

L’Oréal dépasse LVMH et devient la première capitalisation boursière française, tandis que Kering nomme Sophie Maddaloni secrétaire générale et que Renault et Geely investissent 319 millions d’euros au Brésil pour renforcer leur partenariat. En Europe, Rio Tinto suscite l’intérêt de fonds de capital investissement pour une éventuelle cession d’infrastructures, UniCredit cherche à remplacer la direction de Commerzbank, Santander obtient l’annulation d’un jugement britannique de 677 millions de livres lié aux assurances PPI, Glencore accuse Radiant World d’avoir utilisé de faux documents et Universal Music poursuit DistroKid pour violation de droits dans la distribution de musique générée par l’intelligence artificielle. En Amérique du Nord, Salesforce et Nvidia développent Koa, un modèle d’IA destiné à la gestion de la relation client, Meta préparerait des lunettes connectées sans caméra pour l’automne, Micron confie la direction de ses laboratoires de recherche à Deirdre Hanford, Boeing et Korean Air finalisent une commande de 103 avions, Blackstone cherche à lever au moins 8 milliards de dollars pour un fonds consacré à la dette d’infrastructures vertes et OpenAI discute d’un nouveau financement sur la base d’une valorisation de 1200 milliards de dollars. En Asie, le syndicat de SK Hynix approuve l’accord salarial préliminaire conclu avec la direction.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse. Tokyo gagne 0,51%, Hong Kong grappille 0,09%, Shanghai avance de 0,68%, Séoul prend 1,37% et le Nifty50 monte de 0,48%. Les futures SPX et NDX progressent de 0,2% respectivement 0,4% et l’Europe est indiquée en hausse de 0,3% à l’ouverture de 9 heures.

Tout le monde sur le pont à 20h pour l’annonce de la Fed sur ses taux!

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