Nouveau cycle de resserrement

Chris Iggo, AXA IM Core, BNP Paribas Asset Management

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Depuis le début du conflit en Iran en février, les marchés craignent une hausse des taux d’intérêt. La BCE a relevé ses taux la semaine passée, et les USA et le Royaume-Uni ne devraient pas tarder à faire de même.

Certains segments du marché obligataire restent ainsi à la peine. Les investisseurs continuent pour l’heure de privilégier la dette à taux flottant, les titres à haut rendement et les obligations indexées sur l’inflation à moindre échéance, délaissant la dette à plus long terme. Pourtant, les obligations nouvellement émises assorties de coupons largement supérieurs à 5% recèlent un intérêt non négligeable. Leur revenu peut en effet être d’une grande utilité.

  • Principaux thèmes macro – les tendances de croissance sous-tendent la hausse des taux d’intérêt réels
  • Principaux thèmes de marché – la crédibilité des mesures et la politique brouillent les perspectives à court terme

Nouveau cycle de resserrement

Les marchés anticipent une hausse des taux officiels. Cette semaine, la Banque centrale européenne a relevé son taux directeur de 25 points de base, portant ainsi le taux de dépôt principal à 2,5%. À l’heure actuelle, les marchés tablent sur une hausse au moins de la part de la Réserve fédérale, une hausse de plus par la Banque centrale européenne et près de deux relèvements par la Banque d’Angleterre.

Le temps nous dira si ces prévisions se concrétiseront, voire si les banques centrales procéderont à davantage de hausses. Mais les marchés sont anxieux. Les prix de l’or noir ont une nouvelle fois dépassé 100 USD le baril cette semaine, tandis que la situation au Moyen-Orient reste dans une impasse.

C’est l’une des principales raisons pour lesquelles les marchés sont sceptiques quant à un retour prochain de l’inflation aux niveaux cibles des banques centrales. Les taux des swaps d’inflation augmentent en effet depuis le mois d’août. Non pas que les anticipations d’inflation à long terme soient sensiblement bousculées, mais les marchés semblent penser que les banques centrales devront relever leurs taux pour faire face au risque d’une nouvelle poussée inflationniste.

Ce sont les taux qui portent le coup fatal

Autant de facteurs qui ont à nouveau affecté la performance totale des obligations. Les chiffres publiés jusqu’ici en septembre sont décevants. Entre le 1er et le 10 septembre, l’indice ICE Global Aggregate Bond affiche une performance totale de -0,9%. La performance pour le troisième trimestre ressort jusqu’ici à -1,3%, tandis que celle depuis le début de l’année pointe à -0,6%.

Les lecteurs ne sont pas sans savoir que je privilégie depuis longtemps le haut rendement, des convictions que viennent sous-tendre les chiffres. Les performances totales des indices du haut rendement aux États-Unis et en Europe depuis début 2026 avoisinent 2,0%.

La classe d’actifs plus spécialisée des obligations convertibles s’en sort largement mieux grâce à des rendements séduisants et à la hausse des marchés boursiers. Un indice mondial indicatif fait état de rendements de 14% en 2026.

Les bénéfices réels à l’origine de surperformances exceptionnelles

Cela met en lumière la thématique clé de cette année. La surperformance des marchés actions s’est révélée extraordinaire. Depuis fin 2023, l’indice MSCI World signe une performance totale de quelque 62%. L’indice obligataire global mondial a quant à lui progressé d’environ 4%. Ceci alors que l’inflation est supérieure à l’objectif des banques centrales.

Mais si vos bénéfices en actions bondissent de 20% par an, voire plus pour certaines entreprises actives dans l’intelligence artificielle, pourquoi vous en soucier? L’inflation n’est pas galopante et est d’ailleurs due pour une large part aux chocs géopolitiques.

Elle est suffisamment élevée pour que les banques centrales restent sur leurs gardes, tandis qu’elle implique des inquiétudes budgétaires pour les longues échéances obligataires. Ce qui explique la réinitialisation en cours des rendements obligataires à long terme.

Hausse des rendements réels au gré des investissements dans l’IA

Le monde a tourné la page de la période de plus de dix ans durant laquelle le défi consistait à éviter une inflation trop faible (exacerbant ainsi la catastrophe au niveau des bilans ayant découlé de la crise financière mondiale à la fin des années 2000).

Depuis la pandémie au contraire, tous les efforts sont déployés pour lutter contre une inflation galopante. À l’avenir, les gains de productivité liés à l’IA devraient apporter une aide précieuse, mais chaque baisse infime de la prime d’inflation au niveau des rendements obligataires est susceptible de s’accompagner d’une légère hausse du rendement réel.

Un scénario qui est à l’oeuvre actuellement. Les rendements obligataires réels augmentent régulièrement depuis un an. Aux États-Unis, ceux des échéances à 10 ans sont supérieurs à 2,5%. Ils ont donc également renoué avec leurs niveaux antérieurs à la crise financière mondiale.

Le passage à des rendements plus élevés est douloureux pour les détenteurs d’obligations à longue échéance, et le sera également pour les ministres des Finances qui seront contraints de refinancer leur dette moyennant des coupons qui n’avaient plus été aussi élevés depuis longtemps.

Toutefois, pour qui travaille sur les marchés financiers depuis 40 ans, ces niveaux ne sont en réalité pas si élevés.

Trop de craintes

L’avenir proche semble pénible pour les marchés. La croissance mondiale paraît correcte, et l’on assiste même à une accélération de l’activité et à une embellie du marché du travail au Royaume-Uni. La situation géopolitique est toutefois tendue et pose des risques clairs en matière d’inflation, susceptibles de peser sur le moral des consommateurs et des entreprises.

Aux États-Unis, les élections au Congrès se tiendront prochainement et mettront à l’épreuve la confiance vis-à-vis du système politique du pays.

J’ai souvent utilisé la croissance tendancielle du PIB nominal comme un indicateur permettant d’évaluer le niveau auquel devraient se situer les rendements des obligations souveraines à long terme. Des années durant, les rendements étaient inférieurs à la croissance «normale» du PIB.

Aujourd’hui, la corrélation a été rétablie. Les rendements réels sont plus élevés en raison de l’évolution de l’équilibre entre épargne et investissements, motivée par les belles perspectives de rendements découlant de la hausse de la productivité. À cela vient s’ajouter l’inflation, qui semble devoir rester obstinément supérieure aux objectifs des banques centrales. Il en résulte des rendements obligataires à 10 ans qui devraient atteindre 5% aux États-Unis, comme c’est déjà le cas au Royaume-Uni.

Les mesures politiques mises en place doivent être crédibles pour pouvoir empêcher ces rendements d’aller trop loin. Il convient donc de se préparer à un nouveau cycle de relèvement des taux de la part des banques centrales (je doute que l’on dépasse le sommet atteint en 2023 qui, je tiens à le préciser, n’a pas mené à une récession mondiale).

La crédibilité sur le plan budgétaire est tout aussi importante pour les marchés des obligations et des actions. Je suis moins convaincu à cet égard. C’est pourquoi le scrutin de mi-mandat aux États-Unis et l’annonce du budget au Royaume-Uni le mois prochain restent deux dates à surveiller de près dans le calendrier des marchés.

J’ai affirmé plus tôt que les obligations semblaient attrayantes en raison de leurs rendements actuels.

Les rendements sont aujourd’hui plus élevés qu’il y a deux semaines, date de ma précédente publication. Mon opinion reste inchangée. Les obligations nouvellement émises assorties d’un coupon élevé sont un pari bien plus intéressant que les obligations qui ont été émises il y a quelques années avec un coupon extrêmement faible (du point de vue de la volatilité attendue des cours).

Mais l’actualité entourant les obligations demeurera négative aussi longtemps que le rêve d’un monde amélioré par l’IA continuera de donner l’élan nécessaire aux actions pour surperformer.

D’autres scénarios existent, mais il semble pour l’heure peu judicieux de miser sur ceux-ci.

 

Sources des données (de performance) : LSEG Workspace DataStream, ICE Data Services, Bloomberg, BNP Paribas AM, au 10 septembre 2026, sauf mention contraire. Les performances passées ne préjugent pas des rendements futurs.

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