La montée des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, conjuguée à des prix de l’énergie élevés et à la flambée des rendements obligataires, alimente l’aversion au risque sur les marchés mondiaux en ce début de septembre.
Les prix du brut refluent légèrement mercredi, mais restent toujours perchés à des niveaux élevés. Vers 12H00 GMT, le Brent de la mer du Nord, la référence mondiale, cédait 0,48% à 94,20 dollars le baril et son équivalent américain, le WTI, reculait de 0,69% à 89,60 dollars.
L’Iran a mené mercredi une riposte d’envergure au Moyen-Orient après une nouvelle salve de frappes sur son sol.
Le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) avait lancé quelques heures plus tôt une série de frappes, pour le deuxième jour consécutif, dans un scénario qui se répète face à une guerre déclenchée fin février et toujours sans issue diplomatique.
«A ce stade, il est difficile de voir comment le prix du pétrole pourrait fortement baisser», souligne Kathleen Brooks, directrice de la recherche chez XTB.
Elle constate que l’abondance actuelle de l’offre et la production américaine proche de niveaux records ne suffisent pas à compenser l’intensification du conflit, alors que le transit pétrolier via le détroit d’Ormuz reste très inférieur à son niveau d’avant-guerre.
Côté gaz naturel, les prix restent également élevés, le TTF néerlandais, référence européenne, ayant dépassé les 75 euros le mégawattheure mercredi pour la première fois depuis janvier 2023. Vers 12H00 GMT, il évoluait à 72,55 euros le mégawattheure (+0,46%) selon le contrat à terme.
Fièvre sur les taux
«Les ventes sur le marché obligataire se poursuivent mercredi, et le Royaume-Uni est une nouvelle fois en première ligne», souligne Kathleen Brooks.
Le coût de la dette britannique à 10 ans a touché mercredi un plus haut depuis 2007, à près de 5,29%. Le taux d’emprunt à 30 ans est lui monté mercredi à un sommet depuis 1998 à plus de 5,91%.
La hausse des prix de l’énergie alimente en effet «les anticipations d’inflation mondiales et tire les rendements obligataires mondiaux vers le haut», explique Ipek Ozkardeskaya, analyste pour Swissquote.
Le phénomène concerne toutes les économies développées. Le taux du 10 ans allemand, appelé Bund, qui fait référence en Europe, évoluait à 3,37% peu après avoir touché un nouveau plus haut niveau depuis 2011, contre 3,34% mardi à la clôture.
Son équivalent français s’établissait à 4,24% après avoir grimpé jusqu’à un nouveau sommet depuis 2008, contre 4,20% mardi.
Aux Etats-Unis, le rendement des bons du Trésor américain à 30 ans s’approche de son niveau de 2007.
En fin de matinée au Japon, le rendement des obligations japonaises à 10 ans a atteint un sommet depuis 30 ans.
Face à des perspectives économiques moins rassurantes et à la crainte de voir l’inflation rogner leurs marges, les investisseurs réclament des rendements plus élevés pour détenir ces morceaux de dette souveraine. Résultat: les taux obligataires montent.
Dans le cas du Royaume-Uni, «le déficit budgétaire est l’un des plus élevés du G7» et les investisseurs restent prudents à l’approche de l’adoption d’un «budget controversé», note Mme Brooks.
Face à des «députés travaillistes (...) de plus en plus divisés, le contexte politique ajoute une prime de risque politique à la dette britannique», ajoute-t-elle.
Les Bourses moroses
La hausse des prix du brut met particulièrement à l’épreuve les places des régions importatrices d’énergie, notamment l’Europe et l’Asie. Et s’y s’ajoute la fièvre sur les rendements obligataires, provoquant une certaine aversion au risque.
«En général, les marchés digèrent assez bien une adaptation progressive du niveau des taux d’intérêt», relève Jochen Stanzl pour Consorsbank. «Mais lorsque ces ajustements se produisent aussi brutalement que ces derniers jours, la nervosité se propage rapidement».
A New York, les trois principaux indices sont annoncés en légère baisse à l’ouverture, d’après les contrats à terme: Dow Jones (-0,44%), S&P 500 (-0,15%) et Nasdaq 100 (-0,03%).
En Europe, vers 12H00 GMT, la Bourse de Paris perdait 0,10%, Francfort 0,39%, Londres 0,24%, Zurich 0,06% et Milan reculait de 0,11%.
«Les actions sont globalement en baisse en Europe, les valeurs technologiques et industrielles subissant l’essentiel des ventes», relève Kathleen Brooks.
En Asie également, les entreprises technologiques - qui dépendent de taux d’emprunt bas pour financer leurs investissements - ont fait plonger les indices de Tokyo (-2,85%) et de Séoul (-3,99%).
En Chine, Shanghai a cédé 0,97%, Shenzhen 1,88% et l’indice Hang Seng de Hong Kong est resté quasi stable (-0,07%).