L’intelligence artificielle (IA) est au centre de l’attention. Afin de s’assurer une position dominante sur les marchés, les grands groupes technologiques souhaitent investir des milliards pour construire des centres de données de grande envergure. Ces centres proposent déjà, à l’échelle mondiale, une puissance de calcul et des espaces de stockage hautement évolutifs. Pour garantir les fonds nécessaires au financement de leurs investissements dans l’IA, les entreprises technologiques diversifient leurs sources de financement. Elles investissent une partie de leur patrimoine et de leurs revenus et profitent également de l’engouement autour de l’IA pour lever des capitaux. En témoignent la grande vague d’introductions en bourse et la forte activité d’émission d’obligations des entreprises technologiques depuis le début de l’année. Penchons-nous de plus près sur cette dynamique majeure, son impact et ce que cela signifie pour les investisseuses et les investisseurs.
L’activité d’émission d’obligation s’envole
Depuis le début de l’année, les hyperscalers que sont Amazon, Alphabet et Meta ont procédé à la levée massive de fonds via l’émission d’obligations. Au total, plus de 130 milliards de francs ont été levés par ces trois groupes technologiques ►illustration 1. Alors que les investisseuses et investisseurs en actions se laissent souvent gagner par l’euphorie autour des nouvelles technologies, ils sont nettement plus rationnels lorsqu’ils achètent des obligations. Il s’agit avant tout de savoir si le capital emprunté pourra être remboursé et quelle prime de risque doit être exigée à ce titre. L’évolution des primes des assurances contre les risques de défaillance est très claire: il est devenu plus coûteux de se couvrir contre un défaut de paiement. En raison des montants élevés, de l’ordre de plusieurs milliards, qui seront encore levés dans les mois et les années à venir, cette tendance haussière devraient continuer à se profiler.

La grande vague d’introductions en bourse des géants de l’IA
L’engouement qui règne autour de l’IA est également mis à profit pour les introductions en bourse des géants de ce secteur. Avec les Initial Public Offering (IPO) du fabricant de semi-conducteurs Cerebras et SpaceX, le groupe spécialisé dans l’aérospatiale et les technologies, l’activité d’émission a nettement gagné en dynamisme. Ainsi, l’introduction en bourse mi-juin de SpaceX a constitué la plus grande introduction en bourse de l’histoire de la bourse. Au prix d’émission de 135 dollars US par action, l’entreprise a levé plus de 75 milliards de dollars de capitaux frais et a été évaluée à 1’770 milliards de dollars US à l’ouverture de la bourse. Bien que SpaceX ne réalise pas encore de bénéfices à l’heure actuelle, l’introduction en bourse a été également plusieurs fois sursouscrite. Toutefois, bon nombre d’investisseuses et d’investisseurs sont repartis les mains vides ou n’ont reçu qu’une faible part. En conséquence, la demande d’actions SpaceX a été très élevée lors des premiers jours de négoce et le cours a grimpé à plus de 225 dollars US, valorisant l’entreprise à près de 3’000 milliards de dollars. Les dernières semaines ont montré que les arbres ne poussent pas jusqu’au ciel, et encore moins jusqu’à Mars. Après le décollage fulgurant de sa fusée, l’action SpaceX est de retour sur terre et cotait le 14 août à près de 140 dollars US l’action, soit légèrement au-dessus du prix d’émission.
Dans le secteur de l’IA, les entreprises OpenAI et Anthropic planifient également leur ouverture au public cette année et souhaitent lever des capitaux frais sur le marché. Il est à noter que ces fortes fluctuations des cours constituent un défi pour les introductions en bourse à venir.
Dans un environnement incertain, limiter les risques
La combinaison entre des valorisations record, la forte dynamique des émissions obligataires et l’intérêt majeur pour l’IA indique que le cycle du secteur technologique se trouve déjà à un stade avancé. Cela ne signifie toutefois pas pour autant qu’une correction boursière majeure soit imminente. L’euphorie autour des entreprises technologiques, qui se traduit par de fortes variations de cours et par des primes de risque en hausse constitue en revanche un signal. C’est précisément dans de telles phases de marché qu’il est important d’examiner les risques du portefeuille de manière critique et de ne pas miser uniquement sur les favoris actuels de la bourse. Lorsque la bulle internet a éclaté au début des années 2000, les actions technologiques se sont retrouvées sous pression. Dans le même temps, les secteurs plus défensifs comme la santé, l’alimentation et l’énergie ont connu une évolution nettement plus solide. Des rendements attractifs avaient ainsi pu être réalisés, même en période baissière ►illustration 2. La dynamique actuelle n’est donc pas une raison de paniquer, mais plutôt un rappel que les meilleures opportunités d’investissements des prochaines années ne se trouvent peut-être pas là où règne la plus grande euphorie.
