Fonds de continuation: ne pas pavoiser trop tôt

Roman Eggler, Coller Capital

2 minutes de lecture

Les fonds de continuation s’imposent comme un pilier des marchés privés. Mais qualité, alignement et sélectivité restent les filtres déterminants.


 

Le marché GP-led poursuit sa progression: 2025 a signé une nouvelle année record en volumes, devenant le segment le plus dynamique du secondaire. Lors de notre AGM d’avril 2026, nous avons réuni des intervenants de premier plan — conseil, exécution côté GP, secondaire equity et crédit — autour des fonds de continuation GP-led.

Un volume record, désormais structurel

Les volumes GP-led ont atteint un record de 108 milliards de dollars en 2025, contre 77 milliards en 2024 et plus de 13 fois les 8 milliards d’il y a dix ans1. Les fonds de continuation mono-actif sont le format le plus répandu, 29% des opérations dépassant 1 milliard1. Le marché secondaire reste structurellement sous-doté face au primaire — un an de dry powder seulement —, d’où une forte sélectivité. Les fonds de continuation sont devenus ce que Nigel Dawn (Evercore) appelle la «troisième porte de liquidité» des GP, aux côtés du M&A et des IPO2. Plutôt que de céder ses actifs performants à des concurrents sous la contrainte du calendrier, le GP les transfère dans un nouveau véhicule, en garde le contrôle et poursuit la création de valeur, offrant aux LP un vrai choix: sortir à la juste valeur ou se reconduire pour capter le potentiel restant3.

La qualité reste le filtre déterminant

Une idée reçue tenace veut que les fonds de continuation servent à écouler des actifs invendables. Les données ne le confirment pas: à peine la moitié des opérations mono-actif présentées au marché aboutissent2, signe de la sélectivité des investisseurs secondaires. Les actifs retenus affichent déjà de solides performances — de l’ordre de 3x — et une trajectoire crédible de 2 à 3x supplémentaires. Les meilleurs candidats partagent des traits constants: flux résilients, forte croissance organique et plusieurs leviers de valeur (expansion, M&A, marges). Les transactions les plus solides sont celles où le GP a repéré un futur compounder dès la deuxième ou troisième année, non celles dictées par la seule pression sur le DPI4.

Une due diligence à grande échelle

La taille des tickets de lead est passée de 100-200 millions de dollars il y a cinq ans à 500 millions-1 milliard aujourd’hui2. Les investisseurs secondaires mènent une due diligence plus rigoureuse, empruntant aux outils des gérants de buyout primaires; sièges au conseil ou d’observateur se généralisent sur les grandes opérations concentrées. Le processus, plus exigeant qu’anticipé, témoigne du sérieux accordé aux meilleurs actifs5.

L’alignement, non négociable

L’alignement du GP est le signal central de toute opération. La référence est claire: reconduire l’intégralité de son intérêt, idéalement renforcer sa position, et renoncer à toute liquidité disponible. Quand un GP choisit d’investir davantage, cette conviction parle plus fort qu’aucun modèle financier. Pour une première opération, l’alignement a aussi une dimension interne: réengager du carry et investir de sa poche suppose de convaincre les associés avec la même rigueur qu’en externe — un signal en soi. En private credit, l’alignement s’exprime autrement mais reste aussi fort: détenant les mêmes prêts dans plusieurs fonds, les gérants conservent un engagement permanent, les actifs s’inscrivant dans un portefeuille géré au quotidien6.

L’optionalité pour les LP: un atout, pas un détail

Les fonds de continuation offrent aux LP une flexibilité absente des sorties traditionnelles: sortir pour une liquidité immédiate, se reconduire pour conserver l’exposition, ou renforcer leur position — précieux dans un environnement contraint en DPI. L’hygiène du processus reste essentielle à la confiance des LP: mise en concurrence sur le prix, divulgation des conflits et supervision d’un LPAC indépendant en sont le minimum requis. Garantir des conditions de reconduction réellement inchangées, pas moins favorables que le fonds d’origine, reste un point où les standards progressent encore7.

Le private credit, prochaine frontière

Les fonds de continuation GP-led en private credit comptent parmi les plus fortes opportunités de croissance du secondaire. Le marché est à un point d’inflexion précoce: levée de capitaux, sensibilisation des GP et intermédiation se développent de concert. Le modèle diffère de l’equity: plutôt que des véhicules mono-actif, le crédit se prête à une structure de portefeuille, exécutée vers la quatrième ou cinquième année, en fin de période d’investissement, quand le portefeuille reste diversifié et performant. Les parallèles avec les refinancements et resets de CLO et l’essor des BDC suggèrent que des solutions de liquidité périodiques pourraient devenir le modèle de référence du crédit. La dynamique concurrentielle pourrait accélérer l’adoption: dès qu’un GP exécute un fonds de continuation crédit, l’écart de DPI avec ses pairs devient flagrant. Les opérations se chiffrent en milliards et la levée de capitaux reste la principale contrainte; mais, vu les forces structurelles à l’œuvre, la direction est claire8.

 

 

1Paul Lanna, Coller Capital, panel «GP-Led Continuation Funds», réunion des LP de Coller Capital, avril 2026.
2Nigel Dawn, Evercore, panel «GP-Led Continuation Funds», réunion des LP de Coller Capital, avril 2026.
3https://youtu.be/CtwEMkh2d-4?si=AdNbI9wug8e3w8s7
4https://youtu.be/InCmIORf3Kg?si=Eo0cFn7URGK2-kgM
5https://youtu.be/YmyRdfoFoJ4?si=ylA3SvyKpXB01E9G
6https://youtu.be/MMbzfYxyFZQ?si=zE2BpcYqM61zwLzc
7https://youtu.be/Fy1Nl2I_oNw?si=oC24BZgWWXiC6Ppy
8https://youtu.be/EhENK4E_Lag?si=K67PXHIWOrMfuaUV