- En 2025, les banques privées gèrent un volume d’actifs record de 3,5 billion de francs.
- Un afflux net de nouveaux capitaux de 96 milliards de francs et la performance des actifs sous gestion de 81 milliards de francs y ont largement contribué.
- Le bénéfice des banques de taille moyenne diminue de près de moitié.
- La consolidation s’accélère: le nombre de banques passe pour la première fois sous 80.
- L’IA est utilisée de manière ciblé pour améliorer la productivité, mais sans effet financier mesurables à ce stade.
En 2025, les banques privées suisse ont géré, avec environ 3,5 billions de francs, un volume d’actifs jamais atteint. Dans le même temps, la hausse des coûts et la baisse des revenus d’intérêts ont pesé sur la rentabilité, en particulier pour les banques de taille moyenne. La consolidation du marché s’accroît, tandis que l’utilisation de l’intelligence artificielle montre jusqu’à présent des effets financiers difficilement quantifiables.
Un record d’actifs sous gestion grâce aux afflux de nouveaux capitaux
Le niveau record des actifs sous gestion s’explique principalement par les solides afflux nets de nouveaux capitaux, de près de 96 milliards de francs, soit une hausse de plus d’un tiers en comparaison annuelle. «Dans un contexte d’incertitudes géopolitiques, les banques privées suisses bénéficient de la réputation de la Suisse en tant que valeur refuge. En autres, les tensions au Proche-Orient pourraient avoir participé à l’afflux supplémentaire d’argent frais», commente Pascal Sprenger, associé et responsable Financial Services chez KPMG Suisse.
La performance des actifs sous gestion a également contribué positivement à la croissance, à hauteur de 81 milliards de francs, mais moins fortement que l’année précédente (332 milliards de francs). Sans la dépréciation du dollar américain face au franc suisse, cet impact aurait été supérieur de 150 milliards. La croissance inorganique, issue d’acquisitions et de fusion, s’est élevée à 35 milliards de francs.
La hausse des coûts réduit la rentabilité
Les banques privées en Suisse ont augmenté leur chiffre d’affaires de 321 millions de francs à 21,6 milliards de francs (+1,5%) par rapport à l’année précédente. La base de coûts ayant progressé plus fortement (+3%), le bénéfice a reculé en moyenne pour les banques de toutes tailles.
Un certain glissement au sein du secteur peut par ailleurs être observé. Tandis que les grands acteurs et une partie des institutions de plus petite taille ont profité de la situation, ce sont avant tout les banques privées de taille moyenne qui se sont retrouvées sous pression. Dans ce segment, le ratio coûts/revenus s’est nettement détérioré, accompagné d’une forte baisse du résultat brut et net. Ce dernier a chuté d’environ 46%, sous l’effet combiné de revenus en baisse et de coûts en hausse. À titre de comparaison, le bénéfice des grandes banques privées a reculé d’environ 6%, contre 5% pour les petites structures.
«La croissance des actifs sous gestion ne suffit pas. L’enjeu est de savoir si elle se traduit par des revenus durables et des gains d’efficacité», indique Christian Hintermann, responsable de l’étude et Partner chez KPMG Suisse. L’augmentation de la médiane du ratio coût-revenu, passant de 75,6% à 78,2% montre cependant que les banques privées opèrent avec moins d’efficience que l’année précédente.
Accélération de la consolidation
La consolidation du marché se poursuit et s’accélère. Le nombre de banques privées suisses a baissé de 85 à 80 instituts en 2025 et jusqu’à fin mai 2026, il a même reculé à 79. Pour C. Hintermann, il devrait passer nettement sous la barre des 70 d’ici 2030. «La consolidation va se poursuivre, en particulier parmi les petits établissements. Ceux-ci sont également attrayants pour des acteurs internationaux souhaitant développer ou établir leur présence en Suisse.»
L’utilisation de l’IA n’a pas d’effet observable sur les résultats
Pour la première fois, l’étude se penche également sur l’utilisation de l‘intelligence artificielle dans les banques privées suisses. Les résultats de l’enquête présentent un tableau ambivalent: près de quatre cinquièmes des instituts interrogés utilisent l’IA ponctuellement pour augmenter leur productivité. L’intégration systématique de cette technologie dans des processus globaux ou les cas d’application clairement différenciés font encore figure d’exception. En témoignent également les investissements timides dans l’IA: seuls 18% des banques interrogées ont investi plus de 500'000 francs dans l’IA en 2025. L’étude révèle que ce chiffre devrait s’élever à 30% en 2026.
D’un point de vue économique, l’effet de l’IA est encore limité. La plupart des banques ne rapportent pas de baisses de coûts quantifiables ni d’augmentations notables des chiffres d’affaires jusqu’à présent. 76% des instituts interrogés ont ainsi indiqué qu’ils réaliseront des économies de 2% environ ou moins avec l’IA au cours des 12 prochains mois.
Côté revenus, les attentes restent également prudentes: près de la moitié des banques privées ne prévoient pas d’augmentation de chiffre d’affaires liée à l’IA à court terme. «Pour ce secteur, l’IA est avant tout un thème stratégique. Elle joue encore un rôle mineur en tant que levier de croissance», commente C. Hintermann. L’enquête indique toutefois un potentiel d’évolution à moyen terme, à condition d’une intégration plus poussée dans les processus, adaptée sur le plan technologique et d’un ancrage organisationnel clair.
Méthodologie
Dans leur étude annuelle «Clarity on Swiss Private Banks», KPMG et l’Université de Saint-Gall (HSG) se sont intéressés à 68 banques privées opérant en Suisse et ont évalué leur performance ainsi que les principales tendances du secteur. Les grandes banques privées («Big 8») se composent de Edmond de Rothschild, EFG, J. Safra Sarasin, Julius Baer, Lombard Odier, Pictet, UBP et Vontobel.