Investir dans le supercycle de l’IA

Laura Cooper, Nuveen

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L’IA étend les opportunités d’investissement bien au-delà des valeurs technologiques.

 

Le débat autour de l’intelligence artificielle comme thème d’investissement reste largement centré sur les groupes technologiques américains. Cette approche est toutefois réductrice. L’IA ne représente plus seulement une avancée technologique ; elle s’impose progressivement comme un cycle d’investissement de long terme, avec des implications majeures pour les marchés financiers, les infrastructures, les systèmes énergétiques et les politiques industrielles. Pour les investisseurs, l’enjeu est moins d’identifier les entreprises qui développent l’IA que celles qui financent et rendent possible son déploiement.

L’IA relève davantage d’un supercycle que d’une bulle technologique

Les supercycles sont rares: ils transforment durablement l’économie et génèrent des vagues d’investissement sur plusieurs années. L’essor actuel de l’IA présente plusieurs caractéristiques propres aux supercycles d’investissement. Contrairement aux précédentes bulles technologiques, cette dynamique repose davantage sur l’autofinancement des grandes entreprises, le soutien des pouvoirs publics et une demande réelle en infrastructures.

À cela s’ajoutent des contraintes structurelles: puissance de calcul, semi-conducteurs, réseaux électriques ou systèmes de refroidissement deviennent des facteurs limitants. Ces contraintes plaident en faveur d’un cycle d’investissement durable plutôt que d’un phénomène spéculatif.

Les dépenses des grands hyperscalers devraient continuer à augmenter, tandis que les besoins de financement progressent sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Les investissements attendus des grands groupes technologiques devraient presque quintupler entre 2023 et 2027. 

Alors que les États-Unis dominent le développement de l’IA, l’Europe pourrait davantage profiter de son adoption.

La véritable rareté concerne les infrastructures et l’énergie

À mesure que l’IA se diffuse, l’attention des marchés se déplace des entreprises logicielles vers les infrastructures physiques nécessaires à son développement. L’expansion des centres de données, des réseaux électriques et des capacités de stockage nécessitera des investissements massifs. J.P. Morgan estime les besoins de financement des infrastructures IA à environ 5’300 milliards de dollars. Une part importante devrait provenir des marchés du crédit, du financement d’infrastructures ou de capitaux alternatifs. 

Des opportunités émergent ainsi dans des segments encore peu associés à l’IA. Dette d’infrastructure, financement de projets ou Private Credit offrent une exposition à la croissance liée à l’IA avec des flux de revenus souvent sécurisés et une volatilité plus faible que les actions traditionnelles. Dans le crédit privé, les financements senior de centres de données affichent aujourd’hui des rendements élevés. 

Les valeurs industrielles européennes pourraient bénéficier indirectement de l’IA

Alors que les États-Unis dominent le développement de l’IA, l’Europe pourrait davantage profiter de son adoption. Les entreprises européennes actives dans l’industrie, l’automatisation ou la logistique disposent d’un potentiel significatif pour capter les gains de productivité liés à l’IA, souvent avec des valorisations plus attractives que leurs homologues américaines.

L’Europe occupe aussi une place particulière comme acteur réglementaire et industriel. Si l’impact à long terme de ce positionnement reste incertain, il pourrait favoriser les investissements dans des applications productives de l’IA. 

Le principal risque réside dans la concentration

Malgré les perspectives de croissance, des risques persistent. Le principal concerne moins l’adoption de l’IA que la concentration des flux de capitaux sur un nombre limité d’entreprises. Les anticipations de croissance restent largement concentrées sur quelques grands groupes technologiques et fabricants de semi-conducteurs. 

À cela s’ajoutent les risques liés aux infrastructures, aux tensions géopolitiques et aux incertitudes réglementaires. La hausse des besoins énergétiques pourrait devenir un frein majeur: la consommation d’électricité aux États-Unis pourrait augmenter d’environ 38% d’ici 2040, portée notamment par la numérisation et l’IA. 

Des opportunités plus diversifiées – et plus complexes

L’IA évolue vers un cycle de capital de grande ampleur, dont les rendements ne se limiteront pas aux plateformes technologiques. Des opportunités apparaissent à travers l’ensemble de la structure de financement – des actions aux infrastructures, en passant par les marchés du crédit et les actifs réels. Pour les investisseurs de long terme, la question essentielle sera moins d’identifier la prochaine innovation que les structures capables de financer cette nouvelle phase industrielle.

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