Crise énergétique: qui en profite vraiment?

Yvan Pittet, Invesco

2 minutes de lecture

La hausse des prix de l’énergie liée au conflit au Moyen-Orient crée des opportunités de positionnement à court et à long terme.

© Keystone

 

Depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, fin février 2026, l’énergie est l’une des rares classes d’actifs à avoir enregistré des gains, tant au niveau des matières premières directement exposées que des actions liées à ce secteur. Les deux principaux indices de référence mondiaux des cours du pétrole brut, le Brent et le WTI, ont franchi la barre des 100 dollars américains le baril. La hausse la plus importante a toutefois concerné le gaz naturel européen. Le marché des matières premières au sens large a été plus mitigé, les métaux sensibles à la conjoncture, comme le cuivre et le nickel, reculant modestement.

Les actions énergétiques en tête de peloton

Sur les marchés actions, les secteurs ayant le plus bénéficié de la hausse des prix de l’énergie ont affiché les meilleures performances. Les ETF traditionnels du secteur de l’énergie et les MLP (véhicules d’investissement cotés aux États-Unis qui possèdent et exploitent des infrastructures énergétiques telles que des oléoducs, des réseaux de transport et de stockage, et qui perçoivent des frais pour le transport du pétrole et du gaz) ont tous affiché des rendements positifs, tandis que l’indice MSCI World reculait d’environ 3,2% sur la même période. L’énergie solaire a également légèrement surperformé le marché dans son ensemble, ce qui montre que la dynamique à long terme en faveur de la sécurité énergétique reste d’actualité, même en période de crise sévère.

Le comportement des investisseurs en ETF a directement reflété ces dynamiques. Les ETF du secteur de l’énergie ont enregistré des entrées nettes d’environ 700 millions de dollars américains, soit 7% des actifs sous gestion dans ce segment. Les segments plus spécialisés en ont également bénéficié: les ETF sur les sociétés de transport de produits énergétiques (MLP) ont enregistré des entrées représentant 2,6% des actifs sous gestion, tandis que les ETF sur l’énergie solaire ont attiré des entrées représentant 2,2%.

La toile de fond géopolitique

Ces mouvements s’expliquent par la forte dépendance de l’Europe et de l’Asie aux importations d’énergie en provenance du Moyen-Orient. Si l’Europe a réduit cette dépendance depuis 2022, elle reste toutefois vulnérable aux perturbations d’approvisionnement. Chaque jour de fermeture du détroit d’Ormuz accroît le risque d’une perturbation prolongée. La hausse des prix de l’énergie devrait entraîner une augmentation de l’inflation, mais les marchés ne s’attendent pas encore à une pénurie énergétique généralisée qui perturberait gravement l’économie à moyen terme.

Dans une perspective prospective, en cas de désescalade et de reprise des flux de pétrole et de gaz, même à un rythme réduit, la prime de risque que les investisseurs exigent pour détenir du pétrole, compte tenu de l’incertitude, pourrait se résorber rapidement. L’attention pourrait alors se reporter sur les thèmes structurels qui dominaient avant le conflit, à savoir les implications économiques de l’intelligence artificielle et la pression qu’elle exerce sur les valorisations des actions américaines. Dans ce scénario, les marchés hors États-Unis rebondiraient probablement fortement, faisant de la turbulence actuelle une opportunité d’entrée potentiellement attractive.

Transaction à court terme ou changement à long terme?

À plus long terme, la question de la sécurité énergétique est devenue une priorité. Le conflit a en effet rappelé à quel point l’Europe et l’Asie demeurent vulnérables aux perturbations géopolitiques au Moyen-Orient. Cela devrait accélérer les investissements dans les sources d’énergie et les infrastructures nationales. Les énergies renouvelables, l’énergie solaire en particulier, gagnent en pertinence stratégique, car elles offrent une voie vers l’indépendance énergétique qui n’est pas soumise aux mêmes risques géopolitiques que les importations de combustibles fossiles.

A lire aussi...