Après la prime de risque, la prime de confiance

Aïssa Christophe Agostini, Prosper Atlas

2 minutes de lecture

Aujourd’hui, la qualité d’un actif dépend aussi de la juridiction qui le protège, des acteurs impliqués et de sa capacité à générer durablement des revenus.

 

Les investisseurs ont longtemps appris à lire les portefeuilles à travers les catégories classiques du risque: volatilité, liquidité, duration, crédit, devise, concentration sectorielle. Ces dimensions restent essentielles. Elles permettent de comparer des actifs, de construire des scénarios, de tester la robustesse d’une allocation et d’anticiper certains chocs de marché. Mais elles ne suffisent plus à elles seules à mesurer la solidité réelle d’un investissement. Dans un environnement où les chaînes de valeur se recomposent, où les cadres réglementaires évoluent plus vite et où les relations entre blocs économiques deviennent moins prévisibles, une autre variable prend de l’importance: la confiance.

Cette confiance ne doit pas être comprise comme une notion morale ou subjective. Elle devient une variable économique. Elle se mesure dans la qualité d’une juridiction, la stabilité d’un cadre contractuel, la fiabilité d’une contrepartie, la lisibilité d’une chaîne logistique, la capacité d’exécution d’un opérateur ou encore la possibilité de sortir d’un actif dans des conditions acceptables. Deux investissements affichant le même rendement attendu ne présentent donc pas nécessairement la même valeur économique. L’un peut reposer sur un environnement stable, des droits clairement protégés et des flux vérifiables. L’autre peut dépendre d’interfaces opaques, d’un accès incertain au capital, de risques de blocage administratif ou d’une liquidité future plus fragile.

C’est ici que la notion de prime de confiance devient utile. Après la prime de risque, qui rémunère l’incertitude assumée, les investisseurs devront de plus en plus intégrer une prime de confiance, c’est-à-dire la valeur attribuée aux environnements capables de réduire les frictions, d’améliorer l’exécution et de protéger le capital dans la durée. Cette prime ne remplace pas les mesures traditionnelles du risque, elle les complète. Elle permet de comprendre pourquoi certains actifs, certaines places financières ou certaines structures d’investissement conservent une attractivité élevée même lorsque leur rendement apparent semble moins spectaculaire.

La prochaine étape de l’allocation internationale ne sera donc pas seulement la recherche du meilleur rendement ajusté du risque. Ce sera plutôt la recherche du meilleur rendement ajusté de la confiance.

Cette évolution est particulièrement visible dans les actifs réels. Infrastructures, énergie, logistique, immobilier productif, data centers, matières premières ou agriculture industrielle exigent davantage qu’une analyse financière classique. Leur valeur dépend de concessions, de licences, de contreparties publiques ou privées, de chaînes d’approvisionnement, de coûts d’assurance, de financement long terme et de stabilité juridique. Dans ces secteurs, le rendement ne vient pas seulement de l’actif lui-même, il vient de l’architecture qui l’entoure. Un port, une centrale, un entrepôt stratégique ou un centre de données ne sont pas uniquement des actifs physiques. Ce sont aussi des nœuds dans des systèmes de confiance.

Pour les gestionnaires de fortune, les family offices et les investisseurs institutionnels, cette réalité modifie la lecture de la diversification. Diversifier ne consiste plus seulement à répartir une exposition entre actions, obligations, immobilier, private equity ou matières premières. Il faut aussi diversifier les environnements de risque: devises, juridictions, cadres réglementaires, contreparties, accès opérationnels et capacité de structuration. La question n’est plus seulement: quel actif acheter? Elle devient: dans quel environnement cet actif produit-il réellement sa valeur?

Dans cette perspective, la Suisse conserve un avantage particulier. Sa force ne réside pas uniquement dans sa stabilité politique, sa monnaie ou son industrie financière. Elle réside dans sa capacité à offrir un environnement de structuration, d’arbitrage, de conservation et de sécurité juridique. Devant l’incertitude actuelle, cette fonction devient plus que précieuse. La Suisse ne garantit pas l’absence de risque, aucun environnement sérieux ne le peut. Cependant, elle peut contribuer à rendre certains flux plus lisibles, certaines transactions plus crédibles et certaines architectures d’investissement plus acceptables pour des parties qui, autrement, hésiteraient à s’engager.

La prochaine étape de l’allocation internationale ne sera donc pas seulement la recherche du meilleur rendement ajusté du risque. Ce sera plutôt la recherche du meilleur rendement ajusté de la confiance. Cette distinction peut sembler subtile mais elle est pourtant centrale car lorsque les marchés deviennent plus instables, lorsque les règles changent plus vite et lorsque la liquidité peut se refermer brutalement, la confiance cesse d’être un décor institutionnel: elle devient une composante du prix.

A lire aussi...