Les prix du pétrole s’envolaient jeudi, les Etats-Unis laissant ouverte la perspective d’un long blocus des ports iraniens. Celui-ci prolongerait d’autant la pression sur l’économie mondiale deux mois après le début du conflit dans le Golfe, alors même que Washington étudie de possibles options militaires.
Après avoir atteint mercredi des niveaux sans précédent depuis mi-2022 et l’invasion russe de l’Ukraine, le baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, poursuivait son ascension jeudi matin, se négociant vers 07h30 à 123,45 dollars, soit un bond de 4,59%.
Depuis l’attaque lancée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février dernier, dont les répercussions se font chaque jour un peu plus sentir pour l’économie mondiale, le prix des quelque 159 litres de Brent a quasiment doublé et a atteint un niveau jamais vu depuis mi-2022, lorsque l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe avait provoqué une flambée des cours.
Quant au baril de WTI, équivalent américain de la référence mondiale de l’or noir, il valait 109,25 dollars, en hausse de 2,22%, après avoir bondi mercredi soir de plus de 8%. Si les armes se sont tues depuis un cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril, le détroit d’Ormuz, par lequel transitait naguère un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, reste soumis à un double blocus iranien et américain.
Cette nouvelle flambée intervient après qu’un haut responsable américain a indiqué mercredi que la Maison Blanche envisageait de «poursuivre le blocus actuel pendant des mois si nécessaire». «Le blocus est un peu plus efficace que les bombardements», a commenté Donald Trump lui-même dans un entretien avec le site américain Axios. Ce dernier a en outre affirmé que le président américain Donald Trump devait être informé jeudi par l’armée sur de possibles nouvelles actions militaires contre l’Iran.
Epais brouillard
Cette accélération des prix reflète avant tout l’absence totale de visibilité sur une résolution rapide du conflit avec l’Iran, alors même que le détroit d’Ormuz reste largement paralysé, observe John Plassard, associé de la banque Cité Gestion. De plus, au risque géopolitique s’ajoute une désorganisation croissante de l’offre mondiale.
Le départ surprise des Émirats arabes unis de l’OPEP vient fragiliser un peu plus la capacité du cartel à réguler le marché, introduisant une incertitude supplémentaire sur les volumes futurs, ajoute M. Plassard. Dans le même temps, les données américaines montrent une contraction marquée des stocks de brut et de produits raffinés, signe que la demande reste solide malgré les tensions.
Plus impressionnant encore, les exportations américaines atteignent des niveaux record, illustrant un marché global sous tension extrême, poursuit l’expert. «Autrement dit, nous ne sommes plus simplement face à une hausse cyclique du pétrole, mais bien face à un choc d’offre qui s’installe dans la durée. Et dans ce type de configuration, chaque dollar supplémentaire sur le baril devient un facteur direct de volatilité pour l’ensemble des actifs financiers».
La hausse des prix de l’énergie, qui ne cesse de s’accentuer, fait grimper les anticipations d’inflation et met les banques centrales de plus en plus mal à l’aise, écrit pour sa part Ipek Ozkardeskaya, analyste de Swissquote Bank. La Réserve fédérale (Fed) a certes décidé mercredi de maintenir ses taux inchangés, comme prévu, mais a souligné que les événements au Moyen-Orient «contribuent à accroître l’incertitude entourant les perspectives économiques». «Rien de surprenant à cela», commente l’experte.
Plus inhabituel, en revanche, trois membres du comité de politique monétaire de la Fed se sont opposés au communiqué publié après la réunion, qui laissait entendre que la banque centrale finirait par reprendre ses baisses de taux d’intérêt. Ils ont fait valoir qu’il était trop tôt pour signaler un assouplissement alors que les perspectives d’inflation restent incertaines.