Des marchés sous pression, mais des convictions intactes

Nicolas Forest, Candriam

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La résilience des marchés masque la persistance de l’inflation, des risques sur l’offre et un besoin croissant de sélectivité dans l’investissement.

 

Les marchés financiers ont fait preuve de résilience ces dernières semaines. Malgré un environnement géopolitique marqué par l’escalade, les cessez-le-feu, les blocages et les revirements, les actifs risqués sont restés proches de leurs points hauts de l’année. Les marchés actions ont bien tenu et les spreads de crédit restent resserrés.

Cette résilience ne doit toutefois pas être interprétée comme un signe de confort. Les rendements obligataires à long terme restent élevés et les anticipations d’inflation se sont accrues. Il en résulte un contraste marqué: alors que les actifs risqués continuent de bien résister, les taux reflètent toujours un environnement inflationniste plus contraignant. Une inflation plus élevée complique la tâche des banques centrales comme des gouvernements, en réduisant les marges de manœuvre, tant sur le plan monétaire que budgétaire.

Une partie de l’explication réside dans la dynamique des bénéfices. Contrairement à la nette baisse des anticipations de résultats qui avait suivi les annonces tarifaires du président américain Donald Trump lors du «Liberation Day», le conflit n’a pas provoqué le même effondrement des prévisions.

Au-delà des bénéfices, l’environnement macroéconomique s’est lui aussi révélé plus résilient qu’attendu. Les marchés du travail restent solides aux Etats-Unis comme en Europe, et les données récentes suggèrent que la croissance s’est prolongée au premier trimestre. Cette résilience repose toutefois sur une hypothèse essentielle: que toute perturbation dans le détroit d’Ormuz demeure de courte durée.

Le détroit n’est pas seulement une voie de transit pétrolier. Environ 20%1 des flux mondiaux de pétrole et de gaz y transitent, mais les implications vont bien au-delà du seul enjeu énergétique. Les prix de l’énergie se répercutent sur un large éventail d’intrants industriels ainsi que sur les prix alimentaires. Les engrais, le soufre et l’hélium sont également concernés.

La question centrale n’est donc pas de savoir si le trafic se normalisera, mais à quel rythme. Les réserves stratégiques et la réorientation des flux peuvent apporter un soulagement temporaire, sans pouvoir remplacer pleinement un fonctionnement normal. Une perturbation brève pourrait rester gérable. En revanche, une perturbation prolongée alimenterait davantage l’inflation, affaiblirait la confiance et pèserait sensiblement sur la croissance.

Sur les marchés actions, cet environnement appelle une sélectivité accrue. La forte croissance des bénéfices continue de soutenir le secteur technologique, portée en partie par la poursuite des investissements dans les infrastructures liées à l’IA.

Les valorisations sont devenues plus nuancées. Dans certaines parties du secteur, en particulier dans les logiciels, la sous-performance récente a conduit à une normalisation des valorisations et fait émerger des points d’entrée plus intéressants. Certains segments sont réellement exposés à une disruption liée à l’IA, tandis que d’autres sont bien positionnés pour en bénéficier. Des contraintes liées à l’accès à l’électricité, à l’eau et au financement pourraient également influer sur le rythme d’expansion et doivent être suivies de près.

Dans ce contexte, les actions conservent leur attrait, mais une exposition large et indifférenciée n’est plus suffisante. Certains segments, comme la cybersécurité, se distinguent, avec une demande qui reste soutenue et une IA qui agit davantage comme un levier que comme une menace. 

Dans cet environnement, les marchés émergents méritent eux aussi une attention particulière. Si un choc pétrolier majeur est évité, l’une des conséquences à moyen terme du conflit pourrait être un affaiblissement du dollar. Cela constituerait une évolution importante pour les marchés émergents. Les banques centrales diversifient leurs réserves, les échanges commerciaux sont de plus en plus réalisés dans d’autres devises, et la Chine cherche à se positionner comme un partenaire plus fiable.

Les valorisations renforcent encore cet argument. Les actions émergentes restent attractives au regard des marchés développés, tandis que les flux d’investissement suggèrent que les investisseurs commencent à se repositionner. Les investissements dans l’IA réalisés par les grands acteurs américains alimentent déjà la croissance des bénéfices des entreprises technologiques asiatiques, dont beaucoup se négocient encore avec une décote par rapport à leurs homologues américaines.

La Chine, en revanche, appelle une approche plus sélective. La croissance a ralenti et l’environnement d’ensemble reste contrasté, mais des opportunités subsistent. Des secteurs tels que les semi-conducteurs, la robotique et l’industrie manufacturière avancée continuent d’afficher une dynamique solide. Au total, discipline de valorisation, sélectivité et convictions de long terme demeurent essentielles.
 


1Source: U.S. Energy Information Administration (EIA), as of 03/03/2026.

 

 

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