Le Royaume-Uni a enregistré en février une hausse surprise de 0,5% de son produit intérieur brut (PIB), un élan espéré depuis des mois par le gouvernement britannique, mais cette progression devrait être annihilée par les conséquences de la guerre au Moyen-Orient.
Ce chiffre, annoncé jeudi par l’Office national des statistiques (ONS), est bien supérieur aux attentes des analystes, qui tablaient sur une hausse d’à peine 0,1%.
Autre bonne nouvelle: la croissance en janvier est parallèlement revue légèrement en hausse, à 0,1%, alors qu’une stagnation avait initialement été annoncée.
En temps normal, le gouvernement travailliste de Keir Starmer, qui peine à relancer la croissance depuis son retour au pouvoir en juillet 2024, aurait sauté sur l’occasion pour vanter les mérites de sa politique économique, surtout à l’approche d’élections locales le mois prochain, où le parti devrait subir un net recul électoral.
Mais la guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février par des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, devrait couper cet élan, entre l’augmentation des prix des hydrocarbures, le ralentissement du transport aérien et la baisse de la confiance des consommateurs.
«Presque cruel»
Dans ses dernières prévisions cette semaine, le Fonds monétaire international (FMI) estime déjà que le Royaume-Uni sera le pays le plus affecté par la guerre parmi les économies avancées, avec une croissance attendue à 0,8% cette année, en baisse de 0,5 point par rapport à l’estimation de janvier.
«Il est presque cruel de constater que l’économie britannique avait réussi à passer à la vitesse supérieure en février et qu’elle a progressé plus rapidement qu’on ne l’avait estimé dans les premiers jours de 2026», a souligné Danni Hewson, directrice de l’analyse financière chez AJ Bell.
«L’année 2026 devait être celle sur laquelle le gouvernement espérait capitaliser après 18 premiers mois au pouvoir difficiles, mais tous ces efforts pourraient bien avoir été réduits à néant par des événements échappant au contrôle des travaillistes», a renchéri Lindsay James, analyste chez Quilter.
«Malheureusement pour le gouvernement, le pire est encore à venir», a--t-elle averti.
Voilà sans doute pourquoi la ministre britannique des Finances Rachel Reeves, actuellement à Washington pour les réunions de printemps du FMI, confiait dès mardi ressentir «une grande frustration et une grande colère que les Etats-Unis se soient engagés dans cette guerre sans plan de sortie clair».
«Je pense vraiment que c’est une folie, et c’en est une qui touche les familles ici au Royaume-Uni, mais aussi les familles aux Etats-Unis et dans le monde entier», avait-elle insisté dans une interview au Daily Mirror.
Pas de soutien aux ménages
La guerre a d’ores et déjà mis à mal les efforts du gouvernement britannique pour contrer la hausse des prix. Le retour d’une inflation aux alentours de 2%, initialement prévu pour le mois d’avril par la Banque d’Angleterre, devra attendre.
Le gouverneur de la Banque d’Angleterre (BoE), Andrew Bailey, a reconnu cette semaine dans une interview à la BBC que le monde était confronté à un «choc énergétique majeur» qui fera grimper les prix.
«Plus vite on parviendra à une résolution de cette situation - je pense en particulier à l’approvisionnement énergétique en provenance du Golfe -, plus l’issue sera facile et meilleure. Et c’est vraiment crucial en ce moment», a-t-il insisté, avant la prochaine décision de la BoE sur les taux d’intérêts, prévue le 30 avril.
Le Royaume-Uni reste l’un des rares pays occidentaux à n’avoir pas encore mis en place de mesures de soutien direct aux ménages face à la hausse des prix à la pompe (+19% pour l’essence et +34% pour le diesel, selon les statistiques nationales publiées mardi), même si un gel des taxes sur les carburants était déjà en place depuis plusieurs années, régulièrement reconduit.
Rachel Reeves, avec ses homologues de dix autres pays dont le Japon ou l’Australie, a en revanche appelé mercredi à mettre en place une réponse économique «coordonnée, responsable et réactive» à la guerre au Moyen-Orient, face aux risques «sur la croissance, l’inflation et les marchés».