Le dollar à l’épreuve d’Ormuz

DNCA Finance

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Le conflit au Moyen-Orient ravive les incertitudes sur l’inflation, la croissance et le rôle du dollar.

 

Dans un environnement déjà fragilisé, les tensions autour du détroit d’Ormuz réintroduisent un risque énergétique majeur et rendent la lecture des marchés plus incertaine. Si le choc inflationniste pourrait rester temporaire, ses effets sur la croissance et les politiques monétaires dépendront largement de l’évolution du conflit.

Pour François Collet, CIO chez DNCA, affilié à Natixis Investment Managers, le scénario central reste contenu à ce stade, mais les risques extrêmes — notamment autour du pétrole et du statut du dollar — ne peuvent être exclus. Entretien.

Le conflit a-t-il changé vos anticipations d’inflation et de croissance?

Il est encore difficile de se prononcer à ce stade. À mes yeux, il s’agit probablement d’un choc inflationniste temporaire. Avant le conflit, le marché anticipait une inflation autour de 2% en Europe; elle pourrait désormais dépasser 3%. Aux Etats-Unis, l’impact devrait être plus limité, de l’ordre de 50 points de base, avec une inflation qui pourrait atteindre environ 3,25% à horizon d’un an.

S’agissant de la croissance, l’évaluation est plus incertaine. Les estimations de marché tablent généralement sur un ralentissement modéré, mais ce scénario pourrait s’avérer optimiste. L’impact pourrait être plus marqué, notamment aux Etats-Unis. En Europe, il pourrait être partiellement amorti par les politiques budgétaires. Dans ce contexte, certaines dépenses, notamment en matière de défense, pourraient même augmenter.

Quel impact sur les banques centrales?

Avant le conflit, le scénario dominant était celui d’une stabilité des taux de la BCE jusqu’à mi-2027. Aujourd’hui, le biais semble plus restrictif, même si des hausses éventuelles resteraient graduelles. La probabilité d’un retour des taux à 2,5% dans les 12 prochains mois a augmenté, sans que le statu quo puisse être écarté.

Aux Etats-Unis, je n’anticipe pas de hausse des taux à ce stade. Le scénario central reste celui d’une stabilité jusqu’à la fin du mandat de Jerome Powell. Un changement de trajectoire supposerait un contexte politique différent.

Dans l’ensemble, la Fed pourrait adopter une posture plus accommodante, tandis que la BCE pourrait conserver un biais légèrement restrictif. D’ici la fin de l’année, les taux pourraient se situer autour de 3,6% aux Etats-Unis et 2% en zone euro, sous réserve de l’évolution de la situation.

Ce conflit peut-il avoir un impact durable sur les marchés?

Oui, en raison du rôle stratégique du détroit d’Ormuz dans l’approvisionnement mondial en pétrole. Contrairement à d’autres épisodes récents, ce conflit concerne directement un point clé du marché énergétique.

Deux trajectoires peuvent être envisagées. Si les Etats-Unis parviennent à sécuriser le détroit dans les semaines à venir, l’impact sur les prix du pétrole et sur l’économie pourrait rester limité dans le temps. À l’inverse, un retrait sans sécurisation pourrait entraîner une hausse plus durable des prix.

Un scénario plus extrême — comme une fermeture du détroit par l’Iran — constituerait un choc majeur. À ce stade, il est difficile de privilégier un scénario plutôt qu’un autre.

Quelles différences avec la crise énergétique de 2022?

Les impacts pourraient varier sensiblement selon les régions. Aux Etats-Unis, le choc devrait rester limité en raison de l’indépendance énergétique. En Europe, il pourrait être moins marqué que celui de 2022 sur le gaz et l’électricité, mais potentiellement plus significatif sur le pétrole.
En revanche, l’Asie serait probablement plus exposée, compte tenu de sa dépendance aux importations d’hydrocarbures.

Quels actifs refuges ont le mieux résisté?

Le dollar a, dans un premier temps, joué son rôle de valeur refuge, mais en partie pour des raisons techniques liées aux positions de marché. En début d’année, de nombreux investisseurs étaient positionnés à la baisse sur le dollar, ce qui a amplifié son mouvement de hausse.

À plus long terme, son évolution dépendra de l’issue du conflit. Une sécurisation du détroit d’Ormuz pourrait soutenir le dollar. À l’inverse, un affaiblissement de la position américaine pourrait favoriser une diversification vers d’autres monnaies, notamment en Asie.

Historiquement, les grandes crises ont parfois accompagné des transitions monétaires. Le passage de la livre sterling au dollar en est un exemple. Sans être un scénario central, un choc majeur pourrait, à terme, fragiliser le rôle du dollar.

Et le franc suisse?

Le franc suisse reste aujourd’hui l’actif refuge le plus stable. Contrairement au dollar, il a conservé ce rôle de manière constante.

Son potentiel d’appréciation pourrait toutefois rester limité, la Banque nationale suisse étant contrainte par un environnement d’inflation très faible et un risque de déflation.

Quel est le principal risque pour les marchés obligataires en 2026?

Le principal risque serait celui d’un pétrole atteignant des niveaux très élevés, autour de 200 dollars le baril. Un tel scénario pourrait mettre sous pression les entreprises et les consommateurs, élargir les spreads de crédit et peser sur la croissance.

Nous serions alors confrontés à un environnement proche de la stagflation, particulièrement complexe pour les marchés obligataires. Les banques centrales seraient face à un dilemme difficile entre inflation et activité.

Dans ce contexte, la sécurisation du détroit d’Ormuz apparaît comme un élément déterminant pour éviter ce scénario.

Quelles opportunités voyez-vous aujourd’hui?

En zone euro, des taux réels proches de 1% peuvent apparaître attractifs.

Aux Etats-Unis, les anticipations d’inflation pourraient être sous-estimées. Le retour à des méthodes de calcul plus normales pourrait révéler des pressions plus persistantes.

Enfin, certaines zones pourraient offrir un meilleur couple rendement/risque, notamment le Royaume-Uni ou la Nouvelle-Zélande.

 

Achevé de rédiger en Mars 2026.
 

 

 

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