Longtemps perçus comme marginaux, les actifs digitaux se sont progressivement imposés dans le paysage financier. La Suisse figure aujourd’hui parmi les juridictions les plus avancées en matière d’adoption institutionnelle, portée par un cadre réglementaire clair, un écosystème dynamique et une capacité d’innovation propre à sa place financière.
Les banques privées suisses ont largement contribué à cette dynamique. Certaines proposent désormais des offres complètes couvrant l’ensemble du cycle de vie des actifs digitaux. C’est notamment le cas d’Arab Bank Switzerland et Gonet, qui permettent à leurs clients d’accéder à une large gamme de crypto-actifs, incluant le trading, la conservation sécurisée ainsi que des investissements dans des actifs tokenisés et des NFT. Cette approche illustre une volonté d’intégrer pleinement ces nouvelles classes d’actifs dans l’offre de gestion de fortune traditionnelle.
L’adoption ne se limite pas aux banques. L’infrastructure suisse elle-même évolue rapidement.
Du côté des acteurs plus orientés vers le digital, Swissquote constitue un cas emblématique. La banque en ligne a très tôt investi dans les crypto-actifs, qui représentent aujourd’hui une part significative de ses revenus. Selon ses rapports annuels récents, les revenus liés aux actifs digitaux peuvent représenter entre 20% et 30% du chiffre d’affaires lors des périodes de forte activité, confirmant l’importance stratégique de ce segment.
D’autres établissements, comme le groupe Syz, ont également développé des offres dédiées, combinant gestion active, produits structurés et services de conseil autour des actifs digitaux. A titre illustratif, la banque a même distribué à ses collaborateurs des NFT représentant une œuvre d’art détenue par le groupe, démontrant une appropriation concrète de ces technologies au-delà des seuls usages financiers.
L’adoption ne se limite pas aux banques. L’infrastructure suisse elle-même évolue rapidement. La Poste permet désormais l’achat de cartes prépayées en bitcoin dans ses bureaux, facilitant l’accès du grand public à cette classe d’actifs. Par ailleurs, des distributeurs automatiques de cryptomonnaies sont installés dans plusieurs gares CFF, illustrant la normalisation progressive de ces usages.
Cette avance s’explique également par la présence en Suisse de plusieurs organisations pionnières de l’écosystème blockchain, telles qu’Ethereum, Hedera ou encore Tether. La région de Zoug, souvent qualifiée de «Crypto Valley», concentre à elle seule plusieurs centaines d’entreprises actives dans ce domaine.
Il y a encore quelques années, une grande partie des établissements bancaires considéraient ces actifs avec prudence, voire scepticisme. Cette phase est désormais révolue. Aujourd’hui, la quasi-totalité des banques suisses étudie activement ou déploie des offres liées aux actifs digitaux, sous la pression conjointe de la demande client et de la concurrence.
Deux transformations majeures se dessinent. Premièrement, la tokenisation ouvre la voie à une augmentation potentiellement significative des actifs sous gestion. Une part importante de la richesse mondiale — estimée à plusieurs dizaines de milliers de milliards de dollars — reste aujourd’hui constituée d’actifs non bancables ou peu liquides (immobilier fractionné, œuvres d’art, infrastructures privées). Leur tokenisation permettrait leur intégration dans les circuits bancaires traditionnels, offrant aux établissements suisses une opportunité de croissance considérable.
Deuxièmement, la conformité évolue vers un modèle plus traçable grâce aux technologies blockchain, tout en devenant plus complexe. La transparence intrinsèque des registres distribués facilite les contrôles, mais requiert des compétences techniques pointues en matière d’analyse on-chain, de gestion des clés et de compréhension des protocoles. Les établissements devront investir dans ces expertises pour rester compétitifs.
Dans ce contexte, les banques capables d’anticiper ces évolutions et de structurer une offre robuste seront les mieux positionnées pour capter cette nouvelle vague de croissance. La Suisse, forte de son avance, dispose de solides atouts pour rester à l’avant-garde de cette transformation.