Les répercussions indirectes de la crise au Moyen-Orient pèsent sur la Suisse

Serge Nussbaumer, Maverix Securities

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La hausse des prix de l'énergie, la vigueur du franc et l'incertitude qui règne sur les marchés financiers accentuent la pression sur une économie exportatrice jusqu’ici résiliente.

 

Si les conséquences économiques directes de la guerre en Iran pour la Suisse restent certes limitées, les risques indirects ont toutefois considérablement augmenté. Le marché de l'énergie, la vigueur du franc et l'incertitude accrue sur les marchés financiers sont au cœur des préoccupations.

La situation est particulièrement préoccupante dans le détroit d’Ormuz. Les livraisons de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL) y sont fortement perturbées, ce qui maintient les prix de l’énergie sous pression à l’échelle mondiale. Le 24 mars, le prix du Brent s’établissait à nouveau à environ 102 dollars le baril. Les analystes estiment que si le blocage de la route persiste, des prix nettement plus élevés seront envisageables.

La Suisse bénéficie d’une situation de départ relativement solide.

Pour la Suisse, ce n’est donc pas tellement le commerce direct avec l’Iran qui est déterminant, mais plutôt les effets indirects sur l’énergie, l’inflation, le taux de change et le climat des marchés. Le commerce bilatéral de marchandises avec l’Iran reste faible, à environ 212 millions de francs en 2024. Par ailleurs, la Suisse bénéficie d’une situation de départ relativement solide. L'inflation, qui s'établissait récemment à 0,1%, est très faible et la BNS maintient son taux directeur à 0%. Un choc énergétique se ferait sentir, mais ne viendrait pas s'ajouter à un contexte d'inflation déjà en surchauffe.

L'effet de valeur refuge est déjà nettement plus visible. Le franc s'est encore apprécié dans le sillage du conflit et la BNS a indiqué qu’elle était prête à intervenir sur le marché des changes si nécessaire. Pour l'économie suisse, orientée vers l'exportation, cela constitue un facteur de pression supplémentaire, même si des importations bon marché atténuent en partie la pression sur les prix.

A cela s'ajoutent des risques opérationnels tels que la hausse des coûts du carburant, des tensions dans le trafic aérien et des chaînes d'approvisionnement plus fragiles. En Europe, les compagnies aériennes réagissent déjà à la forte hausse des prix du kérosène en annulant des vols. Pour la Suisse, cela accroît la pression sur le trafic aérien, la logistique et les entreprises dépendantes des importations.

Sur le plan politique, la Suisse est également plus impliquée que de nombreux autres pays. D'une part, elle maintient le canal de communication entre les Etats-Unis et l'Iran ouvert, d'autre part, elle a temporairement fermé son ambassade à Téhéran en raison de la situation sécuritaire. La Confédération a par ailleurs durci le ton en matière de politique de neutralité et de sanctions: les nouvelles exportations de matériel de guerre vers les Etats-Unis en lien avec le conflit ne sont actuellement pas autorisées et l’ordonnance sur les sanctions contre l’Iran a été à nouveau révisée le 10 mars 2026.

La Suisse est actuellement touchée par la guerre en Iran principalement par le biais du pétrole, du gaz, du franc et de l’aversion mondiale au risque – moins par le commerce direct. Tant que la situation autour du détroit d’Ormuz restera sous tension, le scénario le plus probable sera celui d’une hausse des prix de l’énergie, de marchés volatils et d’une pression accrue sur les entreprises orientées vers l’exportation.

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