La guerre contre l'Iran a ravivé une vieille crainte: celle que des perturbations dans le golfe Persique – et en particulier dans le détroit d'Ormuz – ne provoquent une nouvelle hausse des coûts énergétiques et, par conséquent, une augmentation du coût de la vie. Sur les marchés, l'attention se porte rapidement sur des scénarios extrêmes. Mais la question de savoir comment ces chocs se répercutent des prix vers les anticipations est tout aussi importante. La guerre en Ukraine offre à cet égard une comparaison éclairante.
Notre graphique de la semaine montre, sur la base des données mensuelles d'enquête de la Banque centrale européenne, comment les anticipations d'inflation des consommateurs pour les douze prochains mois ont évolué en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne.[1] Le tableau est sans équivoque: en 2022, les anticipations d’inflation ont grimpé en flèche dans les quatre pays, particulièrement en Italie. Elles n’ont ensuite reculé que lentement. Le choc lui-même a perdu de sa force. Son empreinte est restée.
Le mécanisme est simple. Les consommateurs perçoivent immédiatement la hausse des prix de l'essence, du chauffage et des denrées alimentaires. Cependant, ces hausses de prix ne s'oublient pas si vite. En d'autres termes: les anticipations d'inflation se comportent moins comme un réflexe que comme un hématome – elles apparaissent vite, mais disparaissent lentement. Des indications en provenance des Etats-Unis suggèrent que le poids de l'inflation sur le climat de consommation ne s'atténue lui aussi que progressivement, et non de manière abrupte.[2]
Cela revêt aujourd’hui une importance particulière, car les restrictions de navigation dans le Golfe ne concernent pas uniquement le pétrole. Les perturbations dans cette région peuvent également faire grimper les coûts de transport et des engrais, ce qui a des répercussions sur les prix des denrées alimentaires et le coût de la vie en général.[3] A cela s’ajoutent des spécificités régionales: en Europe et en Asie, les prix du gaz et de l’électricité jouent désormais un rôle tout aussi important que le prix du pétrole brut lui-même.[4] «Ce qui est déterminant, ce n’est pas seulement de savoir si les prix de l’énergie vont encore augmenter, mais combien de temps cette hausse restera ancrée dans l’esprit des consommateurs. Cela rend la tâche des banques centrales encore plus difficile», explique Ulrike Kastens, économiste senior chez DWS. Les marchés peuvent rapidement passer à autre chose. Ce n’est généralement pas le cas des ménages. Il en résulte un dilemme délicat pour la politique monétaire: elle doit garder à l’œil les effets de second tour sans pour autant se précipiter.
Zone euro anticipations d'inflation des consommateurs pour les 12 prochains mois
1 Banque centrale européenne, 27 février 2026, «Résultats de l'enquête sur les attentes des consommateurs – janvier 2026»
2 Cummings, R. et Mahoney, N., 4 décembre 2023, «Digérer l'inflation», Briefing Book
3 Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), 10 mars 2026, «Perturbations dans le détroit d’Ormuz: implications pour le commerce mondial et le développement»
4 Voir notre commentaire précédent, DWS, Graphique de la semaine, 6 mars 2026, «Les chocs pétroliers n’ont plus le même impact qu’autrefois»