BCE, Fed, BoE, BoJ: il faut attendre de voir, mais être prêt à agir

Xavier Chapard, LBP AM

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La Banque centrale européenne semble plus proche d’une hausse de taux que nous l’anticipions, même s’il n’y a pas d’urgence dans les messages de Christine Lagarde.

A l’approche de la fin de la troisième semaine de guerre en Iran, l’escalade se poursuit sur le terrain avec l’attaque d’infrastructures énergétiques par les Israéliens en Iran et par les Iraniens sur leurs voisins (dont le Qatar qui produit près de 20% du gaz liquéfié mondial). Malgré les appels de Trump et Netanyahu à ne pas s’attaquer aux installations énergétiques, car cela rendrait plus long le retour à la normale des prix, les prix du pétrole et du gaz atteignent un plus haut depuis 2022. Notre scénario de désescalade après quelques semaines et de recul des prix de l’énergie au cours du deuxième trimestre tient toujours, mais les risques d’un scénario plus négatif augmentent.

Face à l’incertitude, les banquiers centraux ont globalement laissé leurs taux inchangés et indiqué qu’ils attendaient de voir (l’ampleur, la durée et l’impact du choc énergétique). Mais globalement les discours sont moins accommodants, pour des raisons différentes. Cela valide la hausse des anticipations de marchés depuis le début de la guerre.

La BCE semble plus proche d’une hausse de taux que nous l’anticipions, même s’il n’y a pas d’urgence dans les messages de Christine Lagarde et que le communiqué reste neutre. En effet, l’inflation sous-jacente resterait au-dessus de la cible de 2% dans les trois scénarios que la BCE a présenté, alors que l’impact sur l’économie serait relativement limité. Et Lagarde a indiqué que la BCE n’attendrait pas de voir les effets de second tour avant de monter les taux si le choc énergétique est important, contrairement à 2022. Nous maintenons notre scénario de taux stable cette année, mais il suffirait que les prix de l’énergie restent élevés au T2 pour pousser la BCE à monter ses taux avant l’été.

Du côté de la Fed, Powell a répété qu’il allait falloir attendre pour connaitre l’impact qu’aura le choc énergétique sur l’économie américaine, sans élaborer sur les scénarios possibles. Mais il a aussi indiqué que la Fed devrait voir des progrès sur l’inflation, notamment sur les prix des biens affectés par les droits de douanes, avant de baisser ses taux. Et si la majorité des membres de la Fed continue d’anticiper une baisse de taux cette année, ils ont aussi révisé à la hausse les perspectives d’inflation, de croissance et leur estimation du taux neutre. Nous pensons encore la Fed pourrait baisser une fois ses taux cette année, mais probablement pas avant l’été et seulement si les prix de l’énergie ont nettement reculé d’ici là.

Le ton de la Banque d’Angleterre est celui qui a le plus évolué, de probable baisse de taux vers de possibles hausses de taux. La décision de maintenir les taux à 3,75% a été unanime alors que 4 membres avaient voté pour une baisse de taux en février. La référence à un assouplissement à venir a été retirée du communiqué et remplacée par l’indication que la BoE «est prête à agir pour s’assurer que l’inflation reste sur la bonne voie pour atteindre l’objectif de 2% à moyen terme». Or les minutes de la réunion montrent que le staff s’attend à une inflation proche de 3% cet été alors qu’elle était sensée revenir à la cible de 2%. Cela dit, le discours du président Bailey est resté assez équilibré. Au total, il devient probable que la BoE ne baisse pas ses taux avant la fin de l’année, mais les trois hausses intégrées par le marché semblent assez agressives.

Enfin, la Banque du Japon (BoJ) a aussi maintenu son taux stable à 0,75% mais un membre a voté pour une hausse et le communiqué continue d’indiquer que la BoJ montera ses taux si l’inflation est en ligne avec les prévisions. Or elle risque d’être supérieure si le choc énergétique perdure. Enfin, Ueda n’a pas donné d’indication sur le timing de la prochaine hausse de taux mais a précisé que des hausses de taux étaient possible même si la croissance souffrait un peu à court terme. Au total, nous continuons d’anticiper deux hausses de taux au Japon cette année. C’est désormais la seule banque centrale pour laquelle nous voyons des taux plus élevés que ne le price le marché.

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