Inflation et volatilité en corollaire du choc pétrolier – sauf dénouement rapide du conflit iranien

Chris Iggo, AXA IM Core, BNP Paribas Asset Management

5 minutes de lecture

Les promesses d'un avenir radieux alimenté par l'intelligence artificielle ne compenseront pas la hausse des primes de risque à court terme.

Le conflit au Moyen-Orient et le choc énergétique qui en découle risquent de propulser l'inflation mondiale à la hausse dans les prochains mois. C'est en tout cas ce que l’on a pu observer lors des périodes de conflit passées.

Dans un second temps, les rendements obligataires et la volatilité des taux d’intérêt tendent à augmenter. Dans l’étape qui suit, la croissance en vient généralement à se tasser. Plus le conflit se prolonge, plus les marchés s'en ressentent: les spreads de crédit se creusent et les valorisations des actions diminuent.

Les promesses d'un avenir radieux alimenté par l'intelligence artificielle ne compenseront pas la hausse des primes de risque à court terme. Des opportunités de valorisation émergeront lorsque le conflit prendra fin. Les actifs à duration faible, le crédit de qualité et les actifs protégés contre l'inflation pourraient offrir une certaine protection d'ici là.

  • Thèmes macroéconomiques clés – l’inflation va augmenter, la croissance diminuer, mais dans quelle mesure?
  • Principaux thèmes de marché – l’aversion au risque entraîne une réévaluation des actifs onéreux

Gérer le choc

Les marchés tentent d’intégrer en temps réel les implications macroéconomiques du conflit iranien. Ce processus se poursuivra jusqu'à ce que traders et investisseurs aient la certitude que le pire est derrière nous. Au moment de la rédaction du présent rapport, aucun signal clair ne permettait de prévoir ce moment.

Le marché mondial du pétrole reste au cœur des préoccupations. Le prix du baril de Brent était de 100 dollars lors de la rédaction de ces lignes, soit une hausse de 90% par rapport au prix le plus bas enregistré l'année passée et de 66% par rapport au 13 mars 2025.

Pour l'indice de référence américain, le West Texas Intermediate, les chiffres s’élèvent respectivement à 85% et 60%. Au moment où vous lirez ce rapport, il est très probable que ces prix auront changé.

Pour l'instant, il s'agit de mouvements importants. Pas les plus importants que l’on ait connus, mais tout de même significatifs. Au lendemain de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, le prix du Brent était 112% plus élevé qu'un an plus tôt. Depuis 1974, si l’on se base sur les données mensuelles, on a pu observer 85 (18) mois au cours desquels le prix du pétrole a été supérieur de plus de 50% (100%) à celui du même mois de l'année précédente.

Dans la plupart des cas, mais pas toujours, l'inflation américaine a atteint 4% ou plus. Des mouvements identiques au niveau des prix du gaz naturel et des anticipations d'inflation en Europe devraient faire grimper les taux d'intérêt européens. Un deuxième choc inflationniste (après celui de 2021-2022) serait potentiellement très dommageable pour les marchés et le niveau de vie.

L’inflation prête à décoller

Via le canal énergétique, la hausse de l’inflation ne manquera pas de grignoter les revenus réels des consommateurs et la rentabilité des entreprises. Plus cette situation perdurera, plus les perspectives de croissance s’assombriront (baisse des dépenses d'investissement des consommateurs et des entreprises).

Après les chocs pétroliers des années 1970 et 1980, une période de récession s’était très rapidement installée. La hausse des taux d’intérêt (craintes liées à l’inflation) et l’augmentation de la volatilité des prix des actions et des spreads de crédit (craintes liées à la croissance) observées la semaine dernière pourraient annoncer un scénario similaire.

La durée du conflit et la rapidité avec laquelle les marchés de l'énergie parviendront à se rééquilibrer détermineront la mesure dans laquelle ces réactions se prolongeront et l’évolution future des rendements.

Et du côté des bonnes nouvelles?

De quoi peut-on se réjouir? Si le pétrole et ses dérivés (ainsi que le gaz et d'autres produits fabriqués et exportés depuis le Golfe) restent essentiels à l'économie mondiale, l'intensité énergétique a diminué. L'Agence internationale de l'énergie estime que l'économie mondiale produit 36% de PIB en plus par unité d'énergie par rapport à 2000*.

Les efforts déployés pour parvenir à la neutralité carbone en investissant dans des sources d'énergie non fossiles ont contribué à réduire la dépendance à l'égard des combustibles carbonés. En outre, le prix réel du pétrole a également baissé (en dollars américains, en termes ajustés des prix à la consommation de base, le prix de l’or noir est inférieur d'environ 25% en termes réels par rapport à mars 2022).

De manière générale, dans les économies développées, l'énergie représente une part plus faible du panier de prix à la consommation qu'il y a 30 ou 40 ans – aux Etats-Unis, l'énergie représentait environ 9% de l'indice des prix à la consommation il y a 40 ans, contre environ 6% aujourd'hui.

Bien sûr, c'est le choc des prix qui importe à court terme, mais il faut espérer que le type de rationnement énergétique que je me souviens avoir connu enfant dans les années 1970 pourra nous être évité.

Le pic d'inflation post-pandémie de 2021-2022 ne doit pas occulter l'amélioration générale du contexte d'inflation observée durant tout ce temps dans les économies développées.

Il y a de bonnes chances pour que le bout du tunnel ne soit plus très loin et que nous puissions à nouveau cibler un taux de 2% – certes pas cette année – mais en termes de prévisions d’inflation à long terme. Cela permettrait de contenir toute augmentation des rendements obligataires et de limiter les dommages causés aux actifs à risque.

Des niveaux d’inflation différents de ceux de 1970

Les prix des contrats à terme sur le pétrole laissent présager une fin relativement rapide du conflit. Si les pays du G7 parviennent à orchestrer la libération des réserves stratégiques de pétrole dans les jours à venir, les marchés de l'énergie pourraient s'en trouver soulagés.

Dans ce cas, l'impact sur l'inflation mondiale serait limité. Les courbes des swaps d'inflation reflètent un tel scénario (il serait plus inquiétant que le marché des swaps d'inflation intègre un niveau d'inflation durablement plus élevé, en particulier compte tenu des préoccupations sociales concernant le coût de la vie).

Pour qu’une inflation élevée persiste à la suite d'un choc pétrolier, il faut que des changements comportementaux se produisent dans l'économie – une croissance plus forte des salaires et une augmentation plus rapide des prix des biens et services de base. Ce n’est pas ce que les cours intègrent actuellement.

Pour ce qui est des obligations, tout dépend de la réaction des banques centrales. Les marchés ont essentiellement appelé à se garder de tout nouvel assouplissement. Les courbes de rendement se sont aplaties avec la hausse des taux courts. Toutefois, les niveaux de rendement sur l'ensemble des courbes se maintiennent dans des fourchettes identiques à celles de l’année passée.

Les marchés obligataires ont, de manière générale, essuyé très peu de pertes jusqu'à présent (les turbulences observées en février sur le marché des actions du secteur des logiciels ont davantage bousculé les détenteurs de ces types d’actifs). Difficile d'imaginer que les banques centrales procèdent à des hausses de taux dans ce contexte, à moins que la trajectoire d'inflation ne s'avère finalement beaucoup plus élevée que les prévisions actuelles.

Quoi qu’il en soit (et c’est important pour les actifs à risque), la volatilité des taux d’intérêt devrait à nouveau augmenter.

De la valeur sur le marché du crédit

Un apaisement rapide des tensions sur le marché devrait permettre de mettre au jour des opportunités d'investissement. Le marché du crédit s’est, dans l’ensemble, montré résilient. Les spreads se sont creusés mais, aux Etats-Unis et sur les marchés investment grade et à haut rendement en euros, ils n’ont fait que retrouver les sommets atteints au quatrième trimestre 2025 déjà.

Les rendements absolus ont renoué avec les niveaux observés au premier semestre de l'année dernière. Cette semaine a été marquée par une séance d’émissions record sur le marché américain des obligations d’entreprises, qui ont été littéralement dévorées par les investisseurs. La demande de titres investment grade de qualité ne montre aucun signe de faiblesse, malgré les nouvelles faisant état de problèmes dans le crédit privé.

Sur le marché du haut rendement, qui est plus proche de l'univers du crédit privé en termes d'effet de levier et d'exposition au marché intermédiaire, les facteurs techniques sont positifs. Les paiements de coupons aux investisseurs tendent à dépasser les nouvelles émissions, de sorte que le réinvestissement soutient le marché.

Les taux sont en train de remonter cela dit, et risquent de saper les rendements obligataires à court terme. Les actifs moins exposés à la volatilité des taux d'intérêt, affichant peut-être des spreads plus confortables – et certainement une protection contre l'inflation – peuvent constituer un certain garde-fou à court terme.

Les vannes du pétrole doivent rouvrir

Il est très hasardeux d’écrire des commentaires de marché dans des contextes comme celui que nous connaissons actuellement. Personne ne peut prédire comment la situation va évoluer dans les jours et les semaines à venir. Mais l’on peut s’essayer à en deviner l'impact.

Pour faire simple, les turbulences actuelles sont causées par un goulet d’étranglement géographiquement limité mais ô combien stratégique pour l’économie mondiale. Si un passage sûr à travers le détroit d'Ormuz peut être garanti – ce qui semble être un objectif pour l'armée américaine – les tensions sur le marché devraient s'atténuer.

Une diminution des attaques contre les terminaux portuaires, les raffineries, les installations de stockage et la production serait également salutaire.

Mais selon une vision plus globale, les investisseurs doivent se poser deux questions. Premièrement, à quoi faut-il s’attendre à court terme si le conflit se poursuit pendant plusieurs semaines et que l'offre mondiale de pétrole et de gaz naturel continue de diminuer? Quel impact sur les marchés?

Ensuite, et c’est une question plus philosophique, faut-il considérer que ce conflit est le signe d’un risque géopolitique durablement plus élevé? Un nouveau monde de concurrence pour des ressources rares, pour le contrôle des routes commerciales et des alliances, et une demande accrue d'énergie liée au développement de l'IA, entraîneront-ils une augmentation durable des primes de risque d'inflation et de la volatilité des taux d’intérêt?

Les frictions dans les relations internationales, le recours accru à l'action militaire pour atteindre des objectifs politiques, des politiques commerciales plus protectionnistes et des changements dans les flux de capitaux sont autant de facteurs susceptibles d’entraîner une hausse de l'inflation et un ralentissement de la croissance.

S’il n’est pas question d’un retour à la situation des années 1970, les investisseurs devront peut-être évaluer la manière dont les risques géopolitiques pourraient affecter l’allocation d’actifs à long terme, que ce soit en termes de classes d’actifs, de profil de liquidité et d’exposition géographique.


* Croissance économique – Analyse - AIE


Sources des données (de performance): LSEG Workspace DataStream, ICE Data Services, Bloomberg, BNP Paribas AM, au 13 mars 2026, sauf mention contraire. Les performances passées ne préjugent pas des rendements futurs.

A lire aussi...