Il est difficile d'imaginer que les responsables de la Réserve fédérale américaine procèdent à des changements majeurs dans leur politique monétaire lors de leur prochaine réunion. Les dernières données montrent que l'inflation reste élevée, mais qu'elle n'a pas été sensiblement alimentée par les droits de douane. Le discours sur le caractère «temporaire» de l'inflation devrait donc perdurer. La récente décision de la Cour suprême laisse également entrevoir une diminution de l'incertitude en matière de politique commerciale, voire une légère baisse des droits de douane moyens. Malgré la volatilité observée en début d'année, le marché du travail continue de se détendre légèrement. Avec un taux de chômage de 4,4%, il n'y a guère de pression inflationniste de ce côté-là.
Les perspectives deviennent plus complexes si l'on considère la situation géopolitique. L'escalade au Proche-Orient et la forte hausse des prix du pétrole constituent un risque supplémentaire. Les banques centrales considèrent généralement ces chocs énergétiques comme une impulsion temporaire. Historiquement, ceux-ci sont généralement de courte durée. Dans certains cas, ils ont même un effet modérateur sur les tendances inflationnistes sous-jacentes, car la hausse des coûts énergétiques réduit le pouvoir d'achat des ménages et freine la demande d'autres biens. Le problème ne se pose que lorsque les prix élevés de l'énergie persistent pendant une longue période. Dans ce cas, les ménages et les entreprises pourraient s'attendre à une hausse générale des prix. Les prix de l'énergie peuvent se répercuter sur l'inflation sous-jacente par le biais d'effets de second tour, tels que des revendications salariales à la hausse, des coûts de transport plus élevés ou une répercussion plus large des coûts. Les années 1970 et le début des années 1980 en sont un exemple historique : les chocs pétroliers répétés ont renforcé les anticipations inflationnistes et contraint la Réserve fédérale américaine, sous la direction de Paul Volcker, à un resserrement drastique de sa politique monétaire, qui a entraîné de profondes récessions.
Aujourd'hui, cependant, l'économie américaine est nettement moins dépendante du pétrole qu'à l'époque. Cela réduit la probabilité que les chocs sur les prix de l'énergie se traduisent rapidement par une inflation durablement plus élevée. Il n'est pour l'instant pas question d'effets de second tour, et une réaction monétaire ce mois-ci ne changerait de toute façon pas grand-chose à l'évolution géopolitique. Nous nous attendons donc à ce que la Réserve fédérale américaine maintienne ses taux d'intérêt inchangés. Les marchés se concentrent donc sur les prévisions actualisées en mars. Le tableau habituel devrait se confirmer: des anticipations plus élevées pour l'inflation globale, mais peu de changements pour l'inflation sous-jacente, le marché du travail et la croissance économique. Actuellement, les prévisions n'indiquent qu'une seule baisse des taux d'intérêt pour l'année en cours, et c'est précisément ce que le marché surveillera: si cette baisse des taux d'intérêt sera maintenue ou si elle sera déjà annulée par les banquiers centraux.