«Le bon marché coûte cher», dit le proverbe – et l’adage vaut aussi pour les actifs financiers. Sur les marchés, une action dont le prix a fortement reculé peut sembler plus attractive qu’un titre ayant déjà beaucoup progressé. Pourtant, acheter «bas» n’est en rien une garantie de rendements futurs élevés puisque cela révèle parfois une mauvaise qualité d’actifs ou de management. Qu’en est-il, dès lors, des actifs dits «refuges»?
Un actif refuge se distingue par la résilience de son cours lors des crises économiques, géopolitiques ou financières. Aujourd’hui, peu d’actifs répondent encore pleinement à cette définition. Lors de la crise financière de 2008, le yen et le dollar s’étaient appréciés face à la plupart des autres devises. Seize ans plus tard, le paysage est radicalement différent: la confiance dans le billet vert s’érode progressivement et le yen poursuit sa dépréciation. Aujourd’hui, l’or et le franc suisse conservent néanmoins ce statut tout en partageant cependant une autre caractéristique: ils ne sont plus bon marché. Le franc suisse se rapproche de ses plus hauts historiques face au dollar, la paire USD/CHF ayant déjà évolué autour de 0,72 en 2011 lors de la crise de la dette souveraine dans la zone euro. La trajectoire de l’or est encore plus spectaculaire: d’environ 2000 dollars l’once au début de 2024, son prix est passé à 3000 en mars 2025, puis à 4000 en août 2025, avant d’atteindre 5500 dollars le 29 janvier dernier.
Cette cherté doit-elle détourner les investisseurs du franc suisse et de l’or en 2026? Nous croyons au contraire que tous deux conservent une place légitime dans une allocation d’actifs, quelle que soit la monnaie de référence de l’investisseur, précisément parce qu’ils ont démontré leur rôle d’assurance dans un environnement où les règles économiques évoluent rapidement. L’affaiblissement du dollar face à l’or et au franc suisse s’explique par plusieurs facteurs: remise en question de l’indépendance de la Réserve fédérale, baisse des taux d’intérêt aux Etats-Unis, aggravation du déficit budgétaire et contexte diplomatique rendu plus instable par les initiatives imprévisibles de Donald Trump. Dans ce cadre, le prix de l’or comme l’appréciation du franc suisse peuvent être interprétés comme des indicateurs inversés de la confiance des investisseurs dans les politiques économiques, confirmant leur rôle de valeurs refuges.
Certes, les investisseurs s’étaient habitués ces dernières années à voir ces actifs évoluer à des niveaux plus modestes. Mais les transformations du commerce mondial et la montée des incertitudes géopolitiques ont profondément modifié l’équilibre des marchés: il n’est donc pas anormal que l’or et le franc suisse s’échangent aujourd’hui à des niveaux élevés, reflétant une perception accrue du risque global. Dans ce contexte, ces deux actifs semblent renforcer leur statut de valeurs refuges et peuvent continuer à jouer un rôle clé dans toute allocation d’actifs, du moins tant que l’environnement international restera marqué par une forte incertitude et des politiques économiques très accommodantes. Certes, la protection d’un portefeuille a un prix, mais il n’est jamais trop tard pour intégrer des valeurs refuges.