Small caps US: la renaissance des perles oubliées

Fairouz Bouhmida, Aberdeen Investments (Suisse)

3 minutes de lecture

Éclipsées par les géants technologiques, les small caps US, de la tech aux bottes de cow-boy, pourraient rebondir en 2026.

 

Ces deux dernières années, la bourse semblait presque simple: pour obtenir du rendement aux États-Unis, il suffisait de miser sur les géants de la tech. Les «Magnificent Seven» dominaient les gros titres et les indices, attirant des milliards de capitaux. Beaucoup d’investisseurs ont suivi, par conviction ou par peur de manquer le mouvement.

Le revers de cette domination des méga-capitalisations: la largeur du marché s’est réduite. L’essentiel de la performance des indices provenait de quelques poids lourds, tandis que de larges segments du marché – en particulier les small caps – restaient largement ignorés. Les capitaux affluaient là où la liquidité et le momentum étaient les plus forts.

Bottes de cow-boy et high-tech

La diversité des small caps américaines se reflète dans des entreprises situées en dehors des grands indices.

Viavi Solutions fournit des équipements de test pour les centres de données, les réseaux télécoms et la défense – un bénéficiaire discret du boom de l’intelligence artificielle, car sans infrastructure, aucun centre de données ne peut fonctionner.

Camtek, de son côté, développe des instruments de mesure destinés à la production de semi-conducteurs. Tandis que les concepteurs de puces occupent le devant de la scène, Camtek œuvre en coulisses pour garantir la fabrication précise des composants modernes.

Et puis il y a Boot Barn, un distributeur spécialisé dans les vêtements western et workwear, fortement ancré sur le marché américain. Les bottes de cow-boy ne se démodent jamais complètement aux États-Unis. Le cow-boy y est moins un métier qu’un symbole – de liberté, d’indépendance et d’une culture profondément enracinée. Pas de high-tech ici, mais une économie domestique bien réelle. Boot Barn poursuit sa croissance grâce à l’ouverture de nouveaux magasins et à une clientèle fidèle. L’entreprise illustre parfaitement ces small caps moins dépendantes des tendances mondiales que de la consommation intérieure.

C’est précisément ce mélange de fournisseurs technologiques, de spécialistes industriels et d’entreprises de consommation plus traditionnelles qui fait tout l’attrait du segment des small caps.

La hausse des opérations de fusion-acquisition dans le segment des small et mid caps suggère une réévaluation en cours.

Plus de dynamique, des valorisations plus basses

Les small caps affichent des valorisations historiquement attractives, tandis que les analystes anticipent pour 2026 une croissance des bénéfices nettement supérieure à celle des grandes capitalisations. Pour le Russell 2000, les prévisions dépassent 30%, alors que le S&P 500 devrait progresser dans une fourchette à deux chiffres plus modeste.

Les valeurs secondaires redeviennent ainsi intéressantes: des prix plus bas rencontrent une dynamique plus forte.

Mais small cap ne signifie pas automatiquement qualité. Le Russell 2000 contient de nombreuses entreprises non rentables, ce qui explique que les phases de reprise soient souvent menées d’abord par des titres spéculatifs. Ensuite, l’attention se porte généralement à nouveau sur des modèles économiques solides.

La sélection reste donc déterminante: ceux qui privilégient des entreprises rentables, dotées de bilans robustes, peuvent trouver dans l’univers des small caps une véritable substance.

Taux d’intérêt, marché domestique et agenda politique

L’économie américaine ralentit, mais continue de croître. La politique monétaire devient désormais un facteur clé: de nombreux indices pointent vers des baisses de taux dans les prochains trimestres.

Les small caps en profitent souvent particulièrement, car elles sont plus sensibles aux coûts de financement.

Par ailleurs, de nombreuses valeurs secondaires sont fortement orientées vers le marché intérieur. Une grande partie de leurs revenus est générée aux États-Unis. Dans un contexte de droits de douane, de tensions géopolitiques et de programmes d’investissement publics, cette exposition domestique peut devenir un avantage – notamment dans les projets d’infrastructure et industriels.

M&A en hausse et capitaux en réserve

La hausse des opérations de fusion-acquisition dans le segment des small et mid caps suggère une réévaluation en cours. Acheteurs stratégiques et investisseurs en private equity profitent des valorisations plus faibles pour réaliser des acquisitions ciblées – signe que de nombreuses entreprises sont jugées attractives.

Parallèlement, les fonds monétaires américains détiennent un niveau de liquidités rarement atteint. Cet argent est placé de manière défensive, mais pourrait rapidement retourner vers les actions en cas de stabilisation du contexte.

Les small caps étant actuellement sous-pondérées dans le marché global, même de modestes réallocations pourraient produire des effets significatifs.

Se limiter aux géants, c’est ignorer les futurs leaders 

Pour les investisseurs de long terme, la question n’est donc pas tant de savoir si les small caps reviendront, mais plutôt quand.

Les plus grandes entreprises mondiales étaient autrefois de petites sociétés. Miser exclusivement sur les leaders établis, c’est investir dans le passé. Miser de manière ciblée sur des small caps de qualité, c’est investir dans la prochaine génération de champions.

Cela dit, les small caps restent plus volatiles que les large caps et réagissent plus fortement aux cycles économiques et à la politique monétaire. Une récession ou un choc de taux pourrait les affecter durement, tout comme les incertitudes politiques en période électorale.

Un cycle à un tournant

L’histoire boursière montre néanmoins que les phases de faiblesse relative des valeurs secondaires marquent souvent le début de nouveaux cycles.

Aujourd’hui, les small caps sont inhabituellement peu représentées dans le marché américain, tandis que la domination de quelques grands groupes atteint des niveaux extrêmes – un déséquilibre qui tend généralement à se corriger avec le temps.

De plus, l’innovation ne naît pas uniquement chez les géants technologiques. Nombre de futurs leaders étaient autrefois de petites entreprises hors des projecteurs.

Après des années de concentration sur les méga-caps, les investisseurs devraient en 2026 porter un regard plus attentif sur la deuxième ligne.

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