Genève sera mardi au centre de la scène internationale avec deux nouvelles séries de pourparlers sur l’Ukraine et l’Iran, bloqués dans les deux cas. Après des échanges indirects avec la délégation iranienne, les Américains retrouveront Ukrainiens et Russes autour d’une table.
Samedi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a demandé à Moscou de venir à Genève pour des discussions «sérieuses, substantielles et saines pour tout le monde». Après l’amorce d’un dialogue à Abou Dhabi, la question du Donbass et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine reste la principale divergence.
La Russie, représentée à Genève par Vladimir Medinski, maintient son approche maximaliste après quatre ans de conflit. Poursuivant ses frappes sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes, elle demande de récupérer toute la région du Donbass, dans l’est du pays, y compris les territoires qu’elle n’a pas conquis.
De son côté, Kiev, emmenée par le négociateur en chef Roustem Oumerov, semble prête à considérer une zone de libre-échange dans cette partie du pays. Mais aucune solution ne pourra rogner sur l’intégrité territoriale du pays, insiste le chef de la diplomatie ukrainienne Andrïï Sybiga.
Parmi les Occidentaux, beaucoup doutent de la volonté russe de s’engager dans un vrai processus tant que la pression économique et militaire sur ce pays n’est pas suffisante. «Nous n’y sommes pas encore», affirme notamment le chancelier allemand Friedrich Merz.
Succès suisse
«Nous ne savons pas» si la Russie est sérieuse, a même admis samedi le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio, alors que son président Donald Trump met plutôt la pression sur Kiev que sur Moscou. Contrairement aux discussions avec Kiev en décembre dernier, il ne sera pas à Genève. La délégation américaine sera emmenée par le duo de Jared Kushner et Steve Witkoff.
Pour la Suisse, la rencontre de Genève constitue un succès diplomatique. Le conseiller fédéral Ignazio Cassis, qui préside l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), «ne peut s’expliquer» que la Russie vienne à Genève autrement que par sa visite récente à Moscou. Depuis le sommet du Bürgenstock (NW) en 2024, les Russes excluaient tout pourparler en Suisse.
Pour autant, l’OSCE n’est pas au premier plan des réflexions pour l’après cessez-le-feu. M. Cassis souhaite que l’organisation puisse acheminer des observateurs pour surveiller un cessez-le-feu dès que celui-ci entre en vigueur. Moscou se contente de railler l’institution, soulignant ses difficultés financières.
Ministre iranien déjà arrivé à Genève
Et les Occidentaux n’abordent eux pour le moment la question que sous l’approche des garanties de sécurité pour éviter que la Russie ne relance une offensive. La coalition des volontaires établie par les dirigeants français Emmanuel Macron et britannique Keir Starmer rassemble désormais plus de 30 pays prêts à aider.
Problème, l’Ukraine veut un filet de protection américain en plus de ces possibles militaires européens, canadiens et japonais. Et la Russie exclut toute présence militaire de membres de l’Otan sur le territoire ukrainien.
Avant les pourparlers de mardi après-midi, M. Kushner et M. Witkoff auront déjà mené dans la matinée des discussions avec les Iraniens sur le nucléaire. Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi est arrivé dès lundi, multipliant les rencontres bilatérales avant de dialogue facilité par le sultanat d’Oman.
Démantèlement exigé
Téhéran se dit prêt à un compromis sur son stock d’uranium hautement enrichi. A condition que Washington lève les sanctions contre l’économie iranienne.
Donald Trump souhaite aborder de nombreuses questions, notamment la situation politique interne de l’Iran après la récente répression qui a fait au moins des milliers de victimes. Il avait menacé la République islamique de frappes, quelques mois après celles qui avaient fragilisé le dispositif nucléaire iranien, en cas d’exécution de détenus.
Autre sujet de discorde, Washington souhaite un engagement de Téhéran sur les groupes armés qu’il soutient dans la région, notamment le Hezbollah au Liban. Et que l’Iran limite ses missiles balistiques.
Mais les Iraniens ont averti qu’ils ne discuteraient que de nucléaire à Genève. Israël exige que le stock d’uranium enrichi quitte l’Iran. Plusieurs pays, dont la Russie, ont proposé d’accueillir celui-ci. Il faut «démanteler les équipements et les infrastructures qui permettent d’enrichir l’uranium», selon le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
Avant les frappes israélo-américaines sur ses sites nucléaires en juin 2025, l’Iran enrichissait l’uranium à 60%. Bien plus que la limite autorisée par l’accord nucléaire conclu il y a une dizaine d’années avec les grandes puissances, dénoncé ensuite par Donald Trump.