Fusion de Nuveen et Schroders «pour croître et non pour économiser»

Emmanuel Garessus

3 minutes de lecture

Le mariage des deux géants de l’asset management crée un leader mondial, y compris sur les marchés privés, selon Richard Oldfield, CEO de Schroders.

Le groupe Schroders est l’objet d’une offre de rachat de la part du groupe américain Nuveen, une société de Chicago qui appartient à 100% à Teachers Insurance and Annuity Association of America (TIAA). L’offre américaine valorise le Britannique à 13,5 milliards de dollars (10,4 milliards de francs), ce qui correspond à une prime de 34% par rapport au cours de la veille. L’action Schroders a réagi en conséquence jeudi.

Le conseil d’administration des deux sociétés recommande d’approuver la transaction, selon un communiqué publié jeudi. La combinaison des deux groupes crée un géant de 2500 milliards de dollars d’actifs sous gestion.

Schroders publie également jeudi ses résultats. Il en ressort une hausse de 25% du bénéfice d’exploitation, à 757 millions de livres, et une augmentation de 6% des actifs sous gestion, à 824 milliards de livres sterling (864 milliards de francs). Richard Oldfield, CEO de Schroders, et Bill Hufmann, directeur général de Nuveen, répondent aux questions d’Allnews:

Pourquoi un groupe familial de plus de 200 ans accepte-t-il une fusion?

Richard Oldfield (RO): A côté de l’annonce de la fusion, nous publions aussi nos résultats, lesquels sont bons. Le bénéfice d’exploitation est en hausse de 25% et le bénéfice net de 29%. L’accord avec Nuveen intervient donc dans un contexte très favorable. Nous sommes très confiants sur notre stratégie et la manière dont nous gérons nos affaires.

«Nous pouvons nous attendre à maintenir nos effectifs basés à Zurich.»

La combinaison des deux sociétés crée un acteur de poids dans l’asset management et la gestion de fortune à travers une plateforme de 2500 milliards de dollars d’actifs. Il donne naissance à un géant de la finance, mais surtout l’accord souligne la complémentarité de nos activités. Le nom et les ressources de Nuveen dans ses activités, soit dans les marchés privés, les marchés obligataires et les forces de distribution aux Etats-Unis s’ajoutent à l’héritage de Schroders dans les actions, la gestion de fortune et les activités de distribution britannique, européenne et asiatique.

Nous créons une entreprise particulière. Au-delà de la logique industrielle, les cultures se marient parfaitement. Je suis très optimiste sur notre capacité à créer de la valeur à partir de cette transaction.

Enfin, dans une perspective britannique, l’engagement qui a été pris de maintenir à Londres le siège principal des activités non-américaines de la nouvelle société ainsi que ses équipes est très important. La Suisse est l'une des plus grandes entités, en termes de ressources, de Schroders.

Quelle est la motivation principale de Nuveen?

Bill Hufmann, directeur général de Nuveen.

 

Bill Hufmann (BH): Je confirme entièrement les propos de Richard. Nous sommes ravis de participer à la transformation qui nous attend au sein de deux entreprises dotées d’un long héritage, qui prospèrent sur leur marché, qui démontrent une formidable performance d’investissement et de vastes ressources.

Il s’agit de regrouper ces deux groupes dans une seule organisation globale qui sera l’une des plus grandes au monde sur les marchés privés et publics. Notre plateforme gérera plus de 400 milliards de dollars d’actifs dans les marchés privés. Cela en fera un leader global qui permettra de répondre aux besoins de nos clients dans toutes les conditions de marché en offrant une performance de premier plan. L’héritage des deux entreprises est le même. Il consiste à apporter des services de grande qualité aux clients et d’atteindre un très bon rendement.

Sur le papier, la transaction paraît excellente en raison de ces complémentarités. En pratique, la culture et l’héritage sont si forts que nous sommes convaincus de la réussite de notre transaction ces prochaines décennies.

Pourquoi maintenant? Pourquoi un groupe familial de plus de 200 ans fusionne-t-il maintenant, malgré la présentation de bons résultats au milieu de sa phase de transition?

RO: Le but est de préparer notre groupe aux 200 prochaines années. Nous devons nous assurer d’avoir les ressources correctes sur les marchés les plus prometteurs, mais d’une manière différente. Cela fait sens de nous transformer aujourd’hui, d’accélérer notre propre stratégie et de gagner une décennie.

BH: Schroders, et son CEO, sont parvenus à de brillants résultats en un minimum de temps. Nuveen a aussi réussi à fortement croître dans de nombreuses régions et à montrer de très bons résultats. A mon avis, le meilleur moment de conclure un tel accord survient lorsque les deux sociétés se portent très bien. Notre combinaison sera un signal à l’ensemble de l’industrie.

Est-ce que le message envoyé à la gestion active n’est pas négatif?

RO: Sur un marché de forte concurrence, nous créons une formidable plateforme d’investissement sur les marchés privés et publics avec un clair potentiel de croissance. Le message est donc que nous sommes sur un formidable marché sur lequel la concurrence sera féroce.

Est-ce que les activités en Suisse seront touchées?

RO: Nous avons obtenu l’engagement de Nuveen de maintenir nos ressources en gestion d’actif et de gestion de fortune. C’est important puisque cela inclut les effectifs et la recherche de talents. En Suisse, nous avons notamment accru nos ressources dans la dette privée et le private equity. La plateforme de 400 milliards sur les marchés privés que nous créons aujourd’hui avec Nuveen est unique au monde. Nous pouvons nous attendre à maintenir nos effectifs basés à Zurich.

Vous mettez en avant les marchés privés. Pourtant ces marchés ne rencontrent-ils pas de sérieuses difficultés en ce moment?

BH: Dans toutes les classes d’actifs, les marchés connaissent des hauts et des bas. Dans une organisation comme la nôtre, qui s’appuie sur des processus approfondis d’analyse bottom-up et qui a la taille nécessaire, nous sommes en capacité de réaliser les meilleures transactions et d’obtenir les meilleures performances. Nous pensons saisir une formidable opportunité pour continuer de croître.

Pourquoi les cultures de Schroders et de Nuveen se combinent-elles?

BH: Les deux entreprises existent depuis plus de 100 ans chacune. Nuveen a été créé en 1898 et Schroders en 1804. Les deux entreprises ont une approche à long terme. Elles s’engagent à ce que leurs employés répondent aux attentes de leur communauté et aux besoins des clients afin d’assurer leurs objectifs de rendement. Les deux sociétés placent l’intégrité au sommet des priorités. Richard et moi sommes convaincus que nos stratégies correspondent parfaitement.

Est-ce que la priorité de la transaction consiste à baisser les coûts et à maximiser les synergies?

RO: Non, le but est de croître et non pas de réduire les coûts. L’objectif est d’assurer notre croissance ces prochaines années et non d’économiser.

A lire aussi...