Les cours des métaux précieux se sont initialement emballés cette semaine avant de redescendre aussi sec, les investisseurs ayant engrangé des bénéfices et ayant été rassurés quant à l’indépendance de la banque centrale américaine (Fed) par le candidat que Donald Trump veut mettre à sa tête.
Dopés par les incertitudes géopolitiques, commerciales et monétaires suscitées par la présidence du républicain, l’or et l’argent ont grimpé jeudi jusqu’à des records respectifs à 5595,47 dollars et 121,6540 dollars l’once.
Les cours se sont ensuite écroulés en raison de «prises de bénéfices», «conjuguées à un rebond du dollar et à la hausse des rendements des bons du Trésor» américain -valeurs refuges concurrentes des métaux précieux-, explique à l’AFP, Ryan McIntyre, analyste chez Sprott Inc.
Ce repli s’est accentué vendredi (l’or plongeant de plus de 8%, et l’argent de plus de 17% au plus fort de leur chute) lorsque le marché a appris en avance, par voie de presse, que Donald Trump avait sélectionné Kevin Warsh, un ancien gouverneur de la Fed, pour diriger l’institution monétaire.
Ce dernier «a promis d’instaurer la transparence au sein de la banque centrale américaine» et «ne paraît pas être un homme facile à convaincre»: «le président pourrait donc ne pas obtenir toutes les baisses de taux qu’il souhaite ardemment», résume David Morrison, de TradeNation.
L’or pâtit aussi des «progrès réalisés sur le budget du gouvernement américain», éloignant le spectre d’une paralysie partielle de l’administration fédérale, ajoute l’analyste.
Vers 16H30 GMT (17H30 à Paris), l’once d’or (31,1 g) s’échangeait à Londres à 4994,61 dollars, contre 4987,49 dollars sept jours plus tôt à la clôture.
Ole Hansen, de Saxo Bank, note que l’argent, très coûteux, pourrait également pâtir d’une moindre demande industrielle, «certains utilisateurs finaux, en particulier dans le secteur solaire, se tournant de plus en plus vers des matériaux alternatifs pour préserver leurs marges».
Les prix de deux autres métaux à la fois précieux et industriels en hausse depuis des semaines, le palladium et le platine -qui a enregistré un nouveau record lundi à 2922,69 dollars l’once- ont eux aussi reflué en fin de semaine.
Le cuivre souffle le chaud et le froid
Le cours du cuivre a grimpé cette semaine jusqu’à un nouveau record jeudi, soutenu structurellement par une forte demande, avant de revenir sur une grande partie de sa hausse dans un mouvement calqué sur celui des métaux précieux.
Le prix d’une tonne de cuivre a atteint 14’527,50 dollars jeudi, une envolée difficilement prévisible il y a encore une semaine malgré une forte hausse du métal rouge depuis des mois.
Prisé pour la confection de circuits électriques, le cuivre surfe sur la transition énergétique, l’augmentation des dépenses de défense et le boom de l’intelligence artificielle.
Et selon «de plus en plus de prédictions», «le marché du cuivre pourrait connaître un déficit dès 2026 et devrait rester structurellement déficitaire pendant plusieurs années», souligne Volkmar Baur, analyste chez Commerzbank.
Néanmoins, la flambée du cours jeudi, de plus de 11% à son point le plus haut, «était probablement une exagération spéculative et a depuis été corrigée» dans le courant de la baisse des métaux précieux et du renforcement du dollar, affirme-t-il.
Vendredi, une tonne de cuivre coûtait 13’238 dollars sur le LME, contre 13’115 dollars à la clôture la semaine dernière.
L’étain a également atteint un nouveau record a 59’040 dollars la tonne avant un renversement de tendance similaire à ceux des métaux précieux.
Le cacao en pente douce
Le cours du cacao a continué d’être sous pression cette semaine, la demande ne semblant pas vouloir reprendre malgré la baisse des prix.
La tonne de cacao s’est brièvement affichée en dessous des 4000 dollars vendredi pour la première fois depuis 2023, après avoir atteint des sommets fin 2024.
Le mouvement serait lié à «l’augmentation de l’offre provenant de producteurs de second rang tels que l’Équateur et la baisse de la demande», mais surtout à une demande durablement éprouvée après les prix records, explique Carsten Fritsch, analyste chez Commerzbank.
En Côte d’Ivoire, principal exportateur de cacao au monde, «les négociants locaux ont signalé que les exportateurs refusent d’acheter les fèves au prix garanti» après une chute des prix mondiaux, souligne Mark Bowman, chez ADM Investors Services.
Résultat l’Etat ivoirien a commencé l’achat des stocks de cacao entassés dans les coopératives pour permettre aux producteurs d’être payés.
La tonne de cacao négociée à New York pour livraison en mai évoluait vendredi à 4222 dollars, contre 4260 dollars la semaine dernière à la clôture.
A Londres, la tonne de cacao pour livraison le même mois valait 2945 livres vendredi, contre 3007 livres une semaine plus tôt en fin de séance.