Le Forum économique mondial (WEF), dominé par la présence du président américain Donald Trump, s’est achevé vendredi avec le sentiment qu’un nouvel ordre mondial est à l’œuvre. Les dirigeants présents à Davos ont tenté de placer leurs pions sur ce nouvel échiquier.
Ces mots ont été répétés à plusieurs reprises cette semaine: le monde fonctionne désormais selon un nouvel ordre, et aucun retour en arrière n’est possible. Le président de la Confédération Guy Parmelin et son vice-président Ignazio Cassis sont arrivés à cette conclusion après avoir rencontré Donald Trump mercredi.
Le milliardaire, dont la venue a suscité un engouement - mais également un mouvement de protestation - exceptionnels, a dans un discours fleuve évoqué la Suisse avec peu de délicatesse. Il l’a dépeinte comme profiteuse du marché américain tout en tenant des propos dépourvus de respect sur l’ancienne présidente de la Confédération Karin Keller-Sutter. Des propos que le ministre des affaires étrangères M. Cassis a jugé «inacceptables».
M. Parmelin, qui doit faire aboutir le fragile accord sur les droits de douane visant la Suisse, est lui resté prudent. Le ministre de l’économie a annoncé des prochaines négociations à Berne, sans plus de détails, après s’être entretenu avec la délégation américaine en charge du dossier.
Le Vaudois estime que les objectifs de diversité économique pour la Suisse ont été atteints, malgré un multilatéralisme défaillant face à la montée du protectionnisme. Le ministre UDC, qui a participé à la plupart des 40 bilatérales suisses, a soigné ses relations commerciales avec les têtes d’affiche du WEF.
Pourparlers sur l’Ukraine
Donald Trump a rebattu les cartes cette semaine, repoussant l’Europe et l’Otan dans leurs retranchements en répétant son intention d’acquérir le Groenland. Le milliardaire a finalement annoncé avoir conclu à Davos un «cadre» d’accord sur le territoire autonome danois et annoncé renoncer à imposer de nouveaux droits de douane contre plusieurs pays européens.
Le président américain a aussi profité de la large tribune que lui a accordé le WEF pour concrétiser son «Conseil de paix», initialement conçu pour faire avancer son plan de paix à Gaza mais qui semble se poser en concurrent direct de l’ONU pour régler les conflits dans le monde. Une vingtaine de dirigeants de pays ont accepté de rallier cette instance placée sous sa coupe et dont la charte a été signée à Davos.
Le républicain a également rencontré son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, avant d’envoyer ses émissaires en Russie pour poursuivre les pourparlers. La paix en Ukraine a jusqu’ici été considérée comme un échec de Donald Trump, qui avait promis de mettre fin à la guerre «en 24 heures».
Le président ukrainien a ensuite annoncé une réunion trilatérale Russie, Ukraine et Etats-Unis qui devait se tenir vendredi à Abou Dhabi. Il a évoqué un «dernier kilomètre qui est toujours le plus dur» lors d’un discours fustigeant l’Europe, qu’il juge trop passive.
Différentes stratégies
Face à la démonstration de force de M. Trump, les chefs d’Etat présents dans la station grisonne ont adopté différentes stratégies. Certains se sont montrés conciliants, à l’instar du secrétaire général de l’Otan Mark Rutte, qui a loué une politique américaine poussant l’Europe à prendre les décisions nécessaires à sa défense et son économie.
La Chine, longtemps connue pour son protectionnisme, a adopté un discours prônant le multilatéralisme. Son vice-premier ministre He Lifeng a insisté sur la coopération avec les Etats-Unis, après des mois de menaces douanières américaines.
De son côté, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a adopté un ton «ferme», dessinant les contours d’une nouvelle Europe «indépendante» tout en soignant ses relations diplomatiques.
Le président français Emmanuel Macron, qui s’était vivement opposé aux menaces douanières de son homologue américain, a lui appelé à ne pas laisser la loi du plus fort régner et à faire preuve de courage face aux Etats-Unis. Des propos soutenus par le Premier ministre canadien, Mark Carney, dont le discours a suscité une vague d’intérêt.
Les postures ont été contrastées, mais le constat est unanime. Le monde a changé et il n’y a plus de retour en arrière possible.