L’industrie allemande tourmentée par les menaces répétées de Trump

AWP

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L’industrie allemande replonge dans l’incertitude à cause des nouvelles menaces douanières du président Trump, proférées pour essayer de s’arroger le Groenland.

Pensant avoir évité le pire en juillet après un accord entre l’UE et les États-Unis, l’industrie allemande replonge dans l’incertitude à cause des nouvelles menaces douanières du président Trump, proférées pour essayer de s’arroger le Groenland.

Avec l’industrie, c’est toute l’économie exportatrice allemande, la plus importante d’Europe, qui tremble, au moment où le PIB vient de péniblement relever la tête de 0,2% en 2025, après deux années de récession.

«Pour l’Allemagne, ces nouveaux droits de douane seraient un poison absolu», résume pour l’AFP Carsten Brzeski, économiste à ING, jugeant qu’ils mettaient «en danger le fragile redressement en cours».

Berlin table sur une accélération de la croissance à 1,3% cette année, aidée par des dépenses publiques massives pour les infrastructures et la défense.

C’était néanmoins avant que le président américain ne menace, pour s’emparer du Groenland, d’imposer des droits de douane supplémentaires de 10% sur les produits provenant de huit pays européens, dont l’Allemagne, à partir du 1er février et de les porter à 25 % en juin.

Signal dangereux

«Comment sommes?nous censés nous préparer à cela, avec des machines dont le délai de livraison est de six mois ?», s’est interrogé lundi le président de la fédération allemande des fabricants de machines-outils (VDW), secteur déjà handicapé par les taxes de 50% imposées par Trump sur l’acier et l’aluminium.

Cette menace envoie «un signal extrêmement dangereux», prévient la fédération des PME (DMB), représentant la colonne vertébrale de l’industrie du pays qui souffre déjà des coûts élevés de l’énergie, conséquence de l’invasion russe de l’Ukraine.

«Le Groenland porte la folie à son comble», affirme à l’AFP Thorsten Bauer, responsable des ventes de lasers industriels au sein de Xiton Photonics, une PME d’une vingtaine d’employés à Kaiserslautern (ouest).

Des droits de douane plus élevés auraient «bien sûr un effet massif sur notre activité», renchérit Brian Fürderer, fondateur et dirigeant de Microqore Medical, fabricant de matériel chirurgical installé dans le Bade-Wurtemberg (sud), qui réalisant environ la moitié de ses ventes aux États-Unis.

Trump «a besoin d’une poignée de main», mais si l’UE lui impose en rétorsion des droits de douane plus élevés, cela aurait «un impact très négatif» pour tout le Vieux Continent, craint-il.

Les entreprises ont besoin d’un cadre stable et prévisible, mais «lorsque des règles et accords peuvent être unilatéralement annulés ou simplement utilisés comme menace, les investissements deviennent pratiquement impossibles, les chaînes d’approvisionnement sont sous pression et les prix redeviennent imprévisibles», relève le DMB.

Tombé du ciel

Les entreprises exportatrices allemandes, également pénalisées par un euro fort et la concurrence chinoise, pourraient voir leurs ventes vers les États-Unis, un marché clé, de nouveau chuter en cas de hausse des droits de douane.

Ces exportations vers ce pays ont chuté de 9% sur un an entre janvier et novembre 2025, à 135 milliards d’euros, qui demeure néanmoins le premier client de l’Allemagne avec 9,4% des marchandises exportées, selon Destatis.

Le recul était encore plus marqué lors du troisième trimestre 2025 concernant l’automobile (-24,6%), la machine-outil (-12,8%) et les produits chimiques (-21,9%) «made in Germany», selon l’office.

Aussi les dernières menaces de Trump sont-elles «encore plus graves» que ses droits de douane annoncés en avril, déclare à l’AFP Pal Skirta, analyste chez Metzler.

«Cette fois, cela tombe du ciel, sans aucune logique macroéconomique», explique-t-il.

La Fédération industrielle allemande (BDI) dénonce «une escalade inappropriée et préjudiciable pour toutes les parties», qui «exerce une pression énorme sur les relations transatlantiques».

Cette situation pourrait inciter les industriels allemands à se tourner vers d’autres partenaires commerciaux que les États-Unis.

A ce titre, l’accord entre l’UE et le Mercosur, dont l’Allemagne espère tirer profit en y exportant notamment ses voitures et machines, «peut partiellement compenser l’impact des droits de douane américains», selon Lisandra Flach, de l’institut IFO, qui milite pour trouver «rapidement d’autres accords».

Quant au chancelier Friedrich Merz, il espère encore pouvoir éviter une escalade, alors que l’UE prépare sa riposte.

Il a relevé lundi que l’administration Trump avait également intérêt à éviter une guerre commerciale car ce sont les «consommateurs américains qui paieraient les droits de douane», une référence au problème de coût de la vie aux États-Unis qui nourrit le mécontentement dans le pays.

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