Le bitcoin à l’orée d’une adoption de masse

Emmanuel Garessus

3 minutes de lecture

Pour Martin Beranek, de Bitpanda, les acheteurs de bitcoins les considèrent comme un actif stratégique.

Le bitcoin s’est stabilisé après une correction qui l’a ramené de son plus haut de 124’723 dollars à la fin de l’été, à environ 93’000 dollars actuellement. Considéré comme une valeur refuge, le bitcoin a quadruplé en 4 ans. L’intérêt pour la crypto s’est logiquement accru. Bitpanda, une plateforme d’investissement basée en Autriche, en a largement profité. La société créée en 2014 par Eric Demuth, Paul Planschek et Christian Trummer, avance également ses pions sur le marché suisse. Aujourd’hui, elle déclare disposer d’effectifs de 800 personnes en Europe. Martin Beranek, responsable de Bitpanda en Suisse, répond aux questions d’Allnews sur l’évolution du marché du bitcoin:

Pouvez-vous brièvement présenter Bitpanda?

Bitpanda est une plateforme d’investissement qui, au départ, était un courtier de cryptos. Créé en Autriche en 2014, son positionnement se distingue de celui de ses investissements dans la mesure où il vise à faire prospérer l’investissement de ses clients non seulement à travers les cryptos mais également d’autres produits. Nous proposons par exemple aussi de l’or, des actions, des ETF. La crypto domine, mais nous allons accélérer notre programme de diversification globale.

Bitpanda veut être l’application idéale quand l’investisseur commence à diversifier ses investissements.

Avez-vous quelques chiffres concernant vos clients et vos ressources?

Nous avons dépassé les 7 millions de clients au plan global l’année dernière. Nous sommes présents au sein d’une dizaine de pays européens.

Nous sommes un acteur européen et fier de l’être. Du fait de notre savoir-faire et de notre expertise, nous ne voulons pas nous positionner sur le marché américain. Notre ambition consiste à être le numéro un en Europe dans l’investissement digital.

«La crypto domine, mais nous allons accélérer notre programme de diversification globale.»

En ce début d’année, la géopolitique est un facteur clé. A la suite des mesures tarifaires contre huit pays européens, dans le cadre du conflit sur le Groenland, pourquoi l’or a-t-il bondi et le bitcoin reculé?

La réaction de lundi dernier s’explique avant tout par le retour des tensions tarifaires, même si le thème d’achoppement est le Groenland.

Depuis octobre dernier, l’activité sur le bitcoin a baissé significativement. Nous pensons que si les marchés boursiers progressent, la crypto devrait remonter dans le cadre d’une diversification accrue des actifs. L’or en profite actuellement, mais le bitcoin devrait remonter sous l’impulsion des investisseurs institutionnels tels que les banques ces prochains mois.

Pourquoi?

Les banques entendent proposer des cryptos, en particulier du bitcoin, à leurs clients. La demande augmentera quand les appels d’offre se présenteront et que même les autorités gouvernementales se positionneront, y compris la Banque centrale européenne. Le cours du bitcoin devrait donc se reprendre. Pour l’instant la situation géopolitique est un frein à ce rebond.

Le bitcoin a d’abord été le concurrent des monnaies fiduciaires, puis de l’or. Aujourd’hui, l’est-il des marchés d’actions?

Il est difficile à classer. Parfois, le bitcoin est considéré comme de l’or numérique parce que son offre est rare et limitée à 21 millions d’unités. On le compare assez souvent à l’indice S&P 500 des actions américaines, qui représente le principal marché des valeurs technologiques. Le bitcoin est à l’entrée de deux mondes, celui des biens tangibles comme l’or et celui de la valeur tech.

Les acheteurs d’or et de bitcoin ne sont pas les mêmes. Qu’observez-vous à cet égard?

Nous organisons beaucoup de séminaires pour des clients potentiels. Les raisons de leur intérêt pour le bitcoin sont doubles: la peur de rater le train de la hausse et la volonté de mieux comprendre cet instrument. Nous ne soupçonnions pas vraiment l’intérêt de mieux comprendre cette technologie et ce qu’elle représente pour eux. Cela révèle une profonde transformation du marché.

Quel est le rôle du bitcoin dans un portefeuille? Est-ce un instrument tactique ou un actif stratégique?

Quand nos clients veulent s’intéresser aux cryptomonnaies, nous leur présentons trois règles d’or à respecter. La première est de se former et de mieux connaître la crypto, la deuxième de choisir un acteur régulé afin d’éviter les désagréments, et la troisième de ne pas investir plus de 5 à 10% de son capital dans la crypto.

Ensuite, les clients s’intéressent prioritairement au bitcoin parce que c’est un bien rare. Généralement , les clients considèrent le bitcoin comme un actif stratégique. Nous conseillons de procéder à des achats récurrents, par exemple chaque mois, et de s’y exposer de manière passive.

Est-ce que votre clientèle est aussi institutionnelle?

Oui, nous avons deux activités, l’une de broker pour les particuliers et celle de marque blanche proposée aux banques (Bitpanda Technology Solutions), par exemple avec Lydia en France et N26 en Allemagne. De plus en plus de banques nous consultent afin de proposer cette activité à leurs clients.

Est-ce que les caisses de pension prennent le train de la crypto?

Non, c’est trop tôt. Nous parlons plutôt à des sociétés bancaires reconnues pour développer leurs activités cryptos. La volonté de leur part de ne pas rater le train est bien réelle.

Quel est votre scénario pour 2026?

Je n’ai pas la boule de cristal. Je pense toutefois que les tensions géopolitiques vont s’apaiser et se normaliser.

Pour l’instant, énormément de banques veulent avoir cette technologie et la proposer à leur clientèle. C’est le signal d’une prochaine adoption de masse. Ce palier devrait être atteint dans le courant de l’année en Europe. Mais cela prendra 2 à 3 ans pour toucher les agences.

Et si les tensions s’abaissaient et les Etats-Unis accéléraient leur plan crypto, qui consiste à avoir une réserve constituée et à le proposer dans les fonds de pension, une hausse devrait se produire. En revanche, je ne pense pas que ce scénario puisse se concrétiser au premier trimestre 2026. Il devrait plutôt s’installer au milieu ou à la fin de l’année.

Les Etats-Unis sont en pointe. Est-ce que des initiatives européennes sont en vue?

Non. De fait, l’Europe est très dépendante des Etats-Unis. Ce sont les Américains qui font le marché. Si une décision est prise par Donald Trump ou par Coinbase, c’est le marché américain qui va concentrer le marché de la crypto. L’Europe doit réagir.

Quel est le principal marché en Europe?

L’Allemagne est le numéro un en termes de capitalisation et de clients, devant l’Autriche, notre marché de base, puis la Suisse, un très bon marché mais plus petit, puis la France, un marché en devenir.

Est-ce que l’intérêt grandit pour d’autres cryptos, comme l’Ether?

Le bitcoin attire l’essentiel de l’intérêt, y compris pour les gros clients. Lorsqu’ils sont plus formés à l’écosystème, ils s’intéressent aussi à l’Ether et à Solana parce que ce sont des écosystèmes qui permettent de créer des Wallets et d’investir dans divers projets. Une quatrième classe d’actifs se profile, celle des Stablecoins, parce qu’elles sont indexées à une monnaie fiduciaire. Ils s’y intéressent pour faire du rendement, par exemple à 7% annuel sur de l’équivalent euro. Les stablecoins évitent les questions de volatilité du bitcoin.

Quel est le comportement du marché ces derniers jours?

En ce moment, les clients investissent dans les Stablecoins pour faire du rendement garanti, plutôt que du bitcoin. Le comportement est très attentiste.

A lire aussi...