La Banque de France a relevé vendredi ses prévisions de croissance pour 2025 et 2026, notamment en raison de chocs sur l’économie française aux effets moindres qu’escompté il y a quelques mois, malgré un contexte budgétaire incertain.
L’institution monétaire prévoit une croissance du Produit intérieur brut (PIB) de 0,9% en 2025, puis de 1% en 2026, revenant ainsi à sa prévision de décembre 2024.
Elle avait révisé sa prévision de croissance à plusieurs reprises en cours d’année, et sa dernière estimation était de 0,7%. Pour 2026, la banque centrale française prévoyait jusqu’à présent une croissance de 0,9%.
Sa nouvelle prévision pour 2025 s’aligne sur celle de l’Insee, annoncée mercredi, tandis que le ministère de l’Économie attend toujours une croissance de 0,8% cette année.
L’inflation devrait s’établir à 0,9% en 2025, en net ralentissement après 2,3% en 2024, une prévision sensiblement inférieure à ses estimations d’il y a un an, et au niveau de l’inflation dans la zone euro qui s’établit à 2,1%, selon la Banque centrale européenne (BCE).
Ces données sont publiées dans un climat politique et budgétaire marqué par l’incertitude, alors qu’une réunion cruciale entre sénateurs et députés pour dégager un compromis sur le projet de budget 2026 s’est soldée par un échec vendredi.
Sébastien Lecornu va saisir le Conseil d’Etat d’un projet de loi spéciale pour pallier l’absence de budget, a indiqué son entourage. Ce texte technique permet d’assurer la continuité de l’Etat et le prélèvement des impôts, une solution temporaire avant de tenter de faire adopter un budget l’année prochaine.
Cette instabilité «nous coûte 0,2 point de croissance», soit 6 milliards d’euros, a estimé le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau, sur France Inter.
«La loi spéciale nous conduirait à un déficit nettement supérieur à ce qui est souhaitable», a-t-il poursuivi, et «au-delà de 5% de déficit, la France se mettrait en danger».
Épargne
Le léger regain d’optimisme de la Banque de France reflète «une certaine autonomisation de la vie économique par rapport à la vie politique», a analysé M. Villeroy de Galhau dans un entretien au journal le Figaro. «Ca veut dire que les chefs d’entreprises et les Français continuent de faire tourner l’économie (...) malgré l’instabilité politique», a-t-il détaillé sur France Inter.
Face à de multiples chocs d’incertitudes, et en particulier la menace des droits de douane américains, la Banque de France avait abaissé sa prévision de croissance au cours de l’année, à 0,6% au mois de juin, avant de la remonter légèrement à 0,7%.
«On revient en fin d’année aux projections d’il y a un an, un peu comme s’il n’y avait pas eu tous les chocs d’incertitude», relève l’économiste en chef de la Banque de France, Olivier Garnier, soulignant leur impact moindre qu’anticipé, mais estimant que les effets pourraient s’avérer «plus durables».
Pendant l’année, l’activité a notamment été tirée par l’aéronautique et des exportations très dynamiques au second semestre, et la demande adressée à la France a été «très sensiblement révisée à la hausse», a détaillé M. Garnier.
En 2026, la croissance devrait être soutenue par un redressement de la consommation des ménages et de l’investissement privé, estime la Banque de France, qui se garde de fournir des prévisions chiffrées sur le déficit public, compte tenu de la forte incertitude.
«En l’état actuel de la discussion», le déficit public «sera au mieux de 5% du PIB», note Olivier Garnier, une situation qui dépendra notamment de l’adoption d’un budget, de l’éventualité d’une loi spéciale, etc.
Le taux d’épargne, stable autour de 14% à 15% depuis les années 1990, est nettement supérieur à ce niveau depuis 2020.
Cette situation tend à se confirmer en 2025: le taux d’épargne devrait rester très haut, à 18,5%, en légère augmentation après 18,2% en 2024, selon les prévisions de la Banque de France.
Il y a un an, l’institution monétaire prévoyait pourtant une baisse du taux d’épargne en 2025. Selon ses nouvelles prévisions vendredi, il «commencerait à se replier en 2026, sous réserve que le climat d’incertitude politique s’améliore», demeurant toutefois supérieur à sa moyenne d’avant crise du Covid-19.