Jerome Powell le sait, l’appétit pour le risque en cette fin d’année sera largement conditionné au ton qu’il emploiera quand il prendra la parole mercredi soir à l’issue de la réunion de la Fed. Si une baisse additionnelle des taux directeurs est quasiment actée dans la mesure où elle est intégrée à 92% par les marchés financiers et qu’il est extrêmement rare pour la banque centrale américaine de prendre à revers les investisseurs, l’enjeu de la conférence de presse réside ailleurs. En effet, le risque est celui d’une «hawkish cut» qui se traduirait par un nombre important de dissidences alors que cinq membres votants ont exprimé des doutes quant à la nécessité de poursuivre l’assouplissement monétaire ces dernières semaines. Les divergences de points de vue pourraient également se refléter dans les projections des membres pour l’année prochaine et remettre ainsi en question les trois baisses de taux attendues d’ici fin 2026 par les marchés. Les dernières statistiques aux Etats-Unis continuent de démontrer la résilience de l’activité en dépit du ralentissement sur le marché du travail mais le manque de visibilité quant à l’impact du shutdown devrait toutefois inciter Jerome Powell à maintenir un discours prudent et se laisser beaucoup de flexibilité pour l’évolution future de la politique monétaire.
En attendant la Fed, une autre banque centrale a attiré toute l’attention cette semaine. Les signes que la Banque du Japon se prépare à relever son taux directeur lors de sa réunion du 19 décembre se multiplient en effet. D’une part, son gouverneur a indiqué que l’institution se tenait prête à ajuster sa politique monétaire et d’autre part des informations de presse indiquent que la première ministre, Sanae Takaichi, ne s’opposait pas à une telle décision malgré les réticences qu’elle a exprimées par le passé. Ces signaux n’ont toutefois pas suffi à inverser la tendance à l’affaiblissement du Yen, aussi bien face au dollar que face à l’euro, alors que le risque fiscal continue d’inquiéter les investisseurs. Ceci se reflète aussi dans l’envolée des taux longs japonais, la référence à 10 ans se rapprochant du seuil de 2% pour la première fois depuis 1998.
En Europe, les sujets politiques et géopolitiques continuent d’animer les débats. Si l’incertitude reste entière quant à la capacité du gouvernement Lecornu à faire voter le budget de la Sécurité Sociale prévu mardi prochain, même si la partie «recettes» de celui-ci a été adoptée, des doutes commencent aussi à émerger concernant la viabilité de la coalition allemande. Un groupe de 18 députés du parti de Friedrich Merz ont en effet refusé de voter un texte sur les retraites, menaçant ainsi la majorité gouvernementale qui ne tient qu’à 12 voix. Si ces divisions venaient à s’intensifier, elles pourraient remettre en cause le plan de relance allemand alors même que les délais pour l’implémenter sont déjà particulièrement longs, ce qui a d’ailleurs pu peser sur la performance de l’indice Mdax cette semaine. Celui-ci est légèrement en retrait par rapport au reste des indices européens qui continuent de profiter des espoirs d’accord de paix en Ukraine, bien que les négociations avec la Russie n’aient guère avancé à ce stade.
Dans ce contexte, nous conservons une approche modérément prudente vis-à-vis des marchés d’actions, en particulier américains en raison des niveaux de valorisation. Nous sommes plus positifs sur la duration, avec une préférence pour les obligations des pays émergents ainsi que les obligations d’entreprises les mieux notées.