La croissance de la zone euro peut se redresser en renforçant son marché intérieur, a déclaré vendredi la présidente de la BCE, le modèle européen exportateur étant «mis à rude épreuve» par les tensions géopolitiques et sa dépendance aux Etats-Unis et à la Chine.
La zone euro comptant vingt pays membres a «un potentiel inexploité» mais il est «resté stagnant» ces dernières années, a expliqué Christine Lagarde lors d’un congrès bancaire à Francfort.
Elle a souligné que les avancées du numérique et de l’intelligence artificielle nécessitent un financement plus solide, ce qui passe par des marchés de capitaux mieux intégrés.
La croissance de la zone euro a été longtemps basée sur les exportations, à commencer par sa première économie, l’Allemagne.
Mais «l’Europe est devenue plus vulnérable» face à des pays tiers pour «notre sécurité et l’approvisionnement en matières premières critiques», a indiqué l’ancienne directrice du FMI.
Les tensions récentes avec Pékin, qui a mis en place des contrôles à l’export de semi-conducteurs et de terres rares cruciaux pour l’industrie européenne, en sont un récent exemple.
Guerre en Ukraine, droits de douane américain, concurrence accrue de la Chine : «Les chocs mondiaux se sont intensifiés», a-t-elle ajouté, et «la croissance dans la zone euro est devenue plus inégale».
Bruxelles s’attend à ce qu’elle progresse de 1,3% cette année, puis de de 1,2% en 2026, une prévision rabotée de 0,2 point de pourcentage lundi en raison des incertitudes commerciales.
Ces dernières années, la zone euro a maintenu son excédent commercial, «augmentant notre dépendance envers d’autres pays pour générer notre richesse - en particulier les États-Unis» selon Mme Lagarde.
L’Allemagne, première économie européenne, paye particulièrement les frais de cette dépendance aux exportations vers les Etats-Unis, qui ont chuté de près de 8% depuis septembre à cause des droits de douane.
«Notre expérience cette année a montré qu’une économie domestique résiliente peut protéger l’Europe contre les turbulences mondiales», a-t-elle souligné.
Elle appelle donc à «compléter le marché unique», notamment par l’union de l’épargne et de l’investissement, afin de «renforcer la compétitivité européenne et sa capacité à «investir dans l’avenir».