La Banque centrale européenne a estimé mardi qu’affaiblir la réglementation bancaire en Europe nuirait à l’économie, s’engageant à adapter son rôle de superviseur dans un contexte de multiplication des risques.
«Les discussions sur la simplification de la réglementation et de la supervision sans affaiblir la résilience (des banques) ont pris de l’ampleur», a souligné Claudia Buch, présidente du superviseur des grandes banques de la zone euro, lors d’une conférence de presse.
Dernier exemple en date, le chancelier allemand Friedrich Merz a jugé lundi à Francfort que la régulation européenne était «trop rigoureuse», notamment par rapport aux Etats-Unis.
Mais «affaiblir la réglementation ou la supervision aurait, au contraire, des effets négatifs sur la résilience, la compétitivité des banques et leur capacité à prêter», a rétorqué Mme Buch.
Depuis 2014, la BCE supervise directement plus d’une centaine de banques européennes, un dispositif mis en place après la crise de 2008 qui avait révélé leur vulnérabilité aux chocs financiers.
Ses équipes examinent pour chaque établissement les fonds propres, la liquidité, la rentabilité, ainsi que des aspects qualitatifs comme la gouvernance et la culture du risque.
Consciente que cette supervision a généré une charge importante de reporting, la BCE va l’»adapter» tout en «restant clairement focalisée sur les risques», a ajouté Mme Buch.
Un groupe de travail va faire des propositions attendues d’ici la fin de l’année à la Commission européenne pour simplifier le cadre prudentiel des banques sans l’affaiblir.
Parmi les priorités du superviseur l’an prochain, s’assurer que les banques résistent aux «risques géopolitiques et macro-financiers», notamment l’impact encore mesuré des tarifs douaniers américains.
Sur le plan opérationnel, vérifier que les banques disposent d’outils de détection contre des pannes et autres cyberattaques. L’accent sera mis sur l’intelligence artificielle qui aide les banques dans leur métier de prêteur mais «comporte aussi des risques», a précisé Mme Buch.
Le secteur bancaire de la zone euro reste «bien capitalisé et liquide», a rappelé la responsable : les ratios de fonds propres et d’endettement dépassent en 2025 les minima exigés.
Ce constat intervient alors que la zone euro a traversé ces cinq dernières années «la pire pandémie depuis les années 1920, la guerre la plus dévastatrice depuis les années 1940», lancée par la Russie en Ukraine, «le plus grand choc énergétique et la plus forte inflation depuis les années 1970», a souligné Mme Buch.