L’or a franchi mercredi la barre inédite des 4000 dollars l’once, dans un marché hanté par les incertitudes et sur fond de paralysie budgétaire aux Etats-Unis, tandis que la devise japonaise continue son plongeon.
Sommet étincelant de l’or
L’or a dépassé mercredi pour la première fois les 4000 dollars l’once, seuil improbable il y a encore un an, propulsé par les tensions en Ukraine et au Proche-Orient et le retour de Donald Trump. Il a flambé de 50% depuis janvier.
Le métal précieux a atteint 4.037,10 dollars vers 05H35 GMT.
L’or profite à plein de son statut de valeur refuge face aux incertitudes, notent les experts de Standard Chartered.
«Sa hausse reste alimentée par les achats des investisseurs, des principales banques centrales mais aussi la demande saisonnière de l’Inde: l’absence de couvertures attractives (des risques, ndlr) dans un contexte d’incertitudes géopolitiques augmente les chances d’une poussée vers 4100 dollars», estiment-ils.
Le poids de la dette de nombreux pays reste un puissant soutien, et le blocage budgétaire («shutdown») qui paralyse l’appareil fédéral américain a fourni un catalyseur pour la récente envolée.
«Un principal moteur est sans conteste la paralysie des administrations américaines», et en raison du report de la publication d’indicateurs officiels sur le marché du travail, les investisseurs scrutent des statistiques privées montrant une contraction de l’emploi, indique Dilin Wu, du courtier Pepperstone.
«Ces signaux renforcent les anticipations de baisse des taux de la Fed (banque centrale américaine), ce qui soutient l’or», explique-t-elle.
Enfin, ajoute Mme Wu, «l’incertitude liée au +shutdown+ se combine aux inquiétudes sur l’inflation à long terme, la dépréciation de la dette due au déficit budgétaire américain élevé, aux frictions douanières... autant d’éléments mettant à mal la crédibilité du dollar» et incitant à se tourner vers les métaux précieux pour se couvrir.
«Les conséquences de la paralysie américaine pourraient commencer à affecter plus gravement l’économie à mesure que la situation s’éternise», complète Elior Manier, de MarketPulse.
Enfin, la crise politique en France exacerbait le climat d’incertitude général.
Bourse de Tokyo terne, le yen boit la tasse
A la Bourse de Tokyo, l’indice vedette Nikkei a fini en repli de 0,45% à 47’734,99 points, et l’indice élargi Topix a résisté (+0,24%) à 3235,66 points.
Les Bourses de Séoul et de Chine continentale sont restées fermées en raison de congés nationaux. Taipei a perdu 0,54%, Sydney 0,10% et l’indice hongkongais Hang Seng cédait 0,82% vers 06H30 GMT.
De son côté, la monnaie japonaise continue de s’enfoncer, suite à la désignation de la nationaliste Sanae Takaichi comme dirigeante du parti au pouvoir au Japon et probable nouvelle Première ministre.
Vers 06H30 GMT, la devise nippone perdait 0,3% à 152,39 dollars, à des niveaux plus vus depuis huit mois face au billet vert, et atteignait son plus bas historique face à l’euro, à 177,46 yens pour un euro.
Mme Takaichi défend un soutien accru à l’économie, via des rabais fiscaux et subventions: alors que le Japon fait déjà face à un endettement colossal, la perspective de dépenses publiques gonflées et d’émissions accrues de dette, de nature à renforcer l’inflation, contribuent à plomber le yen.
«Le marché cherche encore à savoir si la victoire de Sanae Takaichi marque la renaissance de l’activisme budgétaire», commente Stephen Innes, de SPI Asset Management.
«Ses premières esquisses de politique - baisses de taxes sur les carburants, soutien aux salaires des PME et crédits d’impôt remboursables - semblent prudentes, mais les investisseurs y lisent déjà entre les lignes une stratégie de relance», explique-t-il.
Puces en berne, Oracle inquiète
Les actions des semi-conducteurs ont trébuché en Asie après des informations du média spécialisé The Information, rapportées par Bloomberg et selon lesquelles le géant technologique américain Oracle allait faire état d’une marge bénéficiaire «décevante» pour le dernier trimestre, notamment concernant son activité de location de puces Nvidia.
Au Japon, Tokyo Electron a lâché 2,77% et Disco Corp 1,99%. A Hong Kong, le géant chinois des puces SMIC a fondu de 3,7% à l’ouverture avant de se ressaisir.
Pétrole ferme
Le marché pétrolier semble toujours rassuré par la modération relative de l’Opep+. Vers 06H30 GMT, le baril de WTI nord-américain prenait 1,07% à 62,39 dollars et celui de Brent de la mer du Nord 0,96% à 66,08 dollars.