Malgré l’augmentation du nombre de chômeurs en Suisse, le taux de chômage a stagné à 2,8% en septembre. Le coup de massue des droits de douane américains imposés aux produits à la croix blanche risque toutefois d’être douloureusement ressenti sur le marché du travail dans les prochains mois.
«Le taux de chômage se situe actuellement légèrement au-dessus de la moyenne du cycle conjoncturel», a souligné en téléconférence lundi Jérôme Cosandey, à la tête de la Direction du Travail au Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), précisant que le taux de chômage en septembre dépassait les 3% il y a dix ans mais ressortait sous les 2% il y a deux ans.
Le mois dernier, cet indicateur clé s’est maintenu à 2,8% en septembre, malgré une augmentation du nombre de chômeurs de 1128 personnes (+0,9% par rapport au mois précédent), pour toucher 133’233 habitants, selon les chiffres du Seco. Par rapport au même mois de 2024, le chômage a augmenté de 19’988 personnes, soit une poussée de 17,7%.
Le taux de chômage avait déjà grimpé à 2,8% en août, après 2,7% en juillet. En janvier et février, il atteignait 2,9% avant de très légèrement reculer.
La hausse du chômage est attribuée par M. Cosandey à la force du franc face à l’euro et au dollar, ainsi qu’à la faiblesse conjoncturelle en Chine et à certains secteurs économiques â la peine comme l’industrie automobile. Les droits de douane américains, qui ont sanctionné la Suisse à hauteur de 39% voire de 100% pour les produits pharmaceutiques, ont aggravé la situation.
Le Jura en plus mauvais élève
Ce contexte a pesé sur les entreprises exportatrices, qui ont eu recours au chômage partiel. En septembre, les demandes de réduction de l’horaire de travail (RHT) ont concerné 514 entreprises pour près de 11’500 salariés. Le pic de mars, avec près de 38’000 demandes, est toutefois encore loin. «Plus de 80% des demandes de chômage partiel provient toujours de l’industrie horlogère et des machines, deux secteur fortement dépendants des exportations», a ajouté M. Cosandey. Il faudra attendre les prochains mois pour savoir si les requêtes ont été approuvées.
Par canton, la plus forte hausse annuelle a été enregistrée en septembre dans le Jura (0,9 point de pourcentage). Le canton boucle le mois sur un taux de chômage de 5,0%, après 5,1% en août. Il devance les cantons de Genève (4,9%), Neuchâtel (4,6%) ainsi que de Vaud (4,5%), qui ont aussi enregistré des hausses annuelles comprises entre 0,6 et 0,7 point de pourcentage.
Fin septembre, la Banque nationale suisse (BNS) prédisait que les droits de douane punitifs des Etats-Unis à l’encontre de la Suisse, en vigueur depuis début août, allaient affecter en premier lieu l’industrie des machines et l’horlogerie, des secteurs particulièrement représentés dans le Jura et dans le canton de Neuchâtel.
Bâle-Ville, forte de son secteur de la pharma aussi soumise à des droits de douane américains, a également vu sa situation se dégrader, avec une hausse de 0,6 point de pourcentage à 4,3%. Le Valais a recensé une hausse de 0,5 pp, mais a vu son indicateur se limiter à 2,9%. Même la capitale économique Zurich a vu le chômage progresser sur un an (+0,4 pp), mais s’en sort avec un taux à 2,6%.
Dans le même temps, moins d’offres d’emploi ont été disponibles dans les Offices régionaux de placement (ORP). Ces derniers ont recensé 37’372 postes vacants, soit 493 de moins que le mois précédent (-1,3%).
Les prochains mois dépendront aussi du succès ou non de la Suisse dans ses négociations d’un accord douanier avec les Etats-Unis. L’objectif des autorités est de faire en sorte que les entreprises helvétiques ne soient pas désavantagées par rapport à leurs concurrentes de l’Union européenne ou du Japon, moins taxées par Donald Trump. En cas d’échec, «les délocalisations de production à l’étranger et un hausse du chômage en Suisse sont inévitables», a mis en garde le haut fonctionnaire.
Pour l’année en cours, le Seco a maintenu fin août ses prévisions en matière de taux de chômage, toujours attendu à 2,9%. En revanche, il l’a revu à la hausse pour 2026, à 3,3%.
De son côté, le KOF a alerté sur le ralentissement du marché du travail. La croissance de l’emploi est attendue à seulement 0,3% cette année, sa plus faible progression depuis 2020. En 2026, elle atteindrait 0,5%, un niveau toujours modeste.