Dette d’infrastructure: un ancrage stratégique dans un paysage en mutation

Orhan Sarayli, Barings

4 minutes de lecture

Le secteur de la dette d’infrastructure est encore relativement jeune, mais son évolution est génératrice d’opportunités nouvelles en matière de diversification et de croissance.

 

La dette d’infrastructure est en passe de devenir un pilier des portefeuilles institutionnels. Barings se penche sur la manière dont les tendances macroéconomiques, les changements en matière de financement et l’innovation des investisseurs remodèlent le marché et dégagent de la valeur à long terme.

Comment Barings définit-elle l’infrastructure et pourquoi une approche disciplinaire est-elle essentielle?

Le terme «infrastructure» est souvent utilisé de manière vague pour décrire un groupe diversifié de catégories d’actifs allant des centrales électriques aux centres de données. Chez Barings, nous appliquons un cadre rigoureux afin de garantir la clarté et la cohérence de notre stratégie d’investissement. Nous classons les infrastructures en six sous-secteurs:

  • Infrastructures économiques (actifs de transport, aéroports, routes à péage, ports)
  • Services traditionnels aux collectivités (électricité et distribution d’eau)
  • Production d’électricité (énergies renouvelables, centrales thermiques)
  • Pétrole, gaz, biocarburants midstream (pipelines)
  • Infrastructures sociales (partenariats entre des entités gouvernementales et des sponsors privés)
  • Infrastructure numérique (centres de données, fibre et tours)

Cette structure nous permet d’éviter de suivre les tendances et de nous concentrer sur les domaines dans lesquels nous possédons une expertise approfondie.

Quelles sont les forces macroéconomiques qui stimulent la croissance de la dette d’infrastructure?

Au cours de la dernière décennie, le marché de la dette d’infrastructure a connu une transformation spectaculaire. En 2014, le volume total du financement des infrastructures privées s’élevait à environ 340 milliards de dollars. Fin 2024, ce chiffre avait plus que doublé pour atteindre plus de 770 milliards de dollars1. Cette croissance est portée par deux forces majeures: la révolution numérique et la transition énergétique mondiale.

L’infrastructure numérique, en particulier les centres de données, devrait nécessiter jusqu’à 7'000 milliards de dollars d’investissements d’ici à 20302. Parallèlement, la transition vers des sources d’énergie durables – au détriment des centrales au charbon et en faveur des énergies renouvelables – devrait exiger 7'000 milliards de dollars supplémentaires dans le monde entier3.

Ces tendances ne font pas que remodeler la classe d’actifs; elles intègrent l’infrastructure dans le tissu de la vie quotidienne. Des panneaux solaires installés sur les toits aux réseaux de fibres optiques alimentant l’IA, l’infrastructure devient de plus en plus décentralisée et orientée vers le consommateur.

Cette évolution a créé un ensemble d’opportunités à la fois résilientes et en expansion. L’infrastructure ne se limite plus à un concept monolithique centré sur les aéroports et les centrales électriques; elle comprend désormais des actifs qui touchent à tous les aspects de la vie moderne. La croissance du secteur est soutenue par des tendances structurelles fortes, notamment la politique gouvernementale, les progrès technologiques et l’évolution du comportement des consommateurs.

Comment les infrastructures sont-elles financées aujourd’hui, et quel rôle jouent les investisseurs institutionnels?

Historiquement, les infrastructures étaient financées par les gouvernements, les services aux collectivités et les banques. Les contraintes budgétaires et l’évolution des besoins énergétiques ont toutefois créé un déficit de financement important. Les gouvernements sont confrontés à des pressions budgétaires, et les services aux collectivités sont aux prises avec la nécessité de moderniser leurs réseaux pour être en capacité de soutenir la production d’énergie décentralisée ainsi que la demande accrue de l’IA et des technologies numériques.

Les banques restent des acteurs clés du financement des infrastructures, mais elles doivent faire face à des défis de plus en plus importants en raison de l’ampleur et de la rapidité des capitaux requis. Les investisseurs institutionnels et les gestionnaires d’actifs ont ainsi pu jouer un rôle plus important. Des structures de financement innovantes apparaissent, telles que des partenariats entre les services publics et les gestionnaires institutionnels. Ces accords permettent aux services publics de se partager des actifs distincts, de conserver le contrôle opérationnel et de lever des capitaux sans faire appel aux marchés publics.

Les CLO d’infrastructure (collateralized loan obligations, obligations adossées à des prêts) constituent une autre avancée majeure. Ces instruments permettent aux investisseurs d’accéder à des tranches diversifiées, adaptées à leur profil de risque. Ils offrent un moyen évolutif et flexible de participer à la dette d’infrastructure, en répondant à des défis tels que le nombre limité d’opérations notées et le risque de concentration. L’essor de ces outils reflète une tendance plus large à démocratiser l’accès au financement des infrastructures et à élargir la base d’investisseurs.

Qui investit dans la dette d’infrastructure, et comment évolue la base d’investisseurs?

Si les compagnies d’assurance dominent depuis longtemps l’univers de la dette d’infrastructure en raison de leurs passifs à long terme et de leur traitement favorable du capital, la base d’investisseurs se diversifie rapidement. Les fonds de pension, les fonds souverains, les gestionnaires d’actifs et les particuliers fortunés investissent de plus en plus dans cette classe d’actifs.

Par exemple, les fonds de pension ciblent généralement des allocations de 2 à 5%4 aux infrastructures, mais ce chiffre est susceptible d’augmenter, étant donné l’ampleur des opportunités. Les fonds souverains et les fonds de retraite, qui investissent traditionnellement dans les actions, s’intéressent désormais à la dette. Les institutions axées sur le commerce de détail explorent également des moyens de participer, indiquant un potentiel inexploité.

Cet élargissement de la base reflète l’arrivée à maturité de la dette d’infrastructure et son attrait dans l’ensemble des mandats d’investissement. La classe d’actifs offre une combinaison convaincante de stabilité, de diversification et de rendement. Alors que de plus en plus d’investisseurs cherchent à s’exposer, Barings développe des produits sur mesure pour répondre à des besoins divers, qu’il s’agisse d’obligations, d’actifs réels ou alternatifs. L’objectif est de fournir des solutions évolutives qui s’alignent sur les cadres institutionnels et l’appétence au risque.

Quel est le profil de rendement de la dette d’infrastructure, et comment les investisseurs peuvent-ils construire une exposition diversifiée?

La dette d’infrastructure est principalement investment grade, offrant des rendements stables et un faible risque, ce qui est idéal pour ses investisseurs prudents comme les compagnies d’assurance. Barings a toutefois élargi ses capacités de sorte à inclure des stratégies non-investment grade et des CLO d’infrastructure, qui offrent un potentiel de rendement plus élevé et un accès plus large.

Comparée à la dette d’entreprise traditionnelle, la dette d’infrastructure offre souvent une prime, même au niveau investment grade. La classe d’actifs procure également diversification et résilience, en particulier sur les marchés volatils. Pour les investisseurs à la recherche de rendements plus élevés, les stratégies non-investment grade offrent des opportunités intéressantes, même si elles requièrent une gestion prudente en raison de leur nature illiquide.

Barings répond à des défis tels que le nombre limité d’opérations notées ou le risque de concentration en travaillant avec les agences de notation et en développant des produits sur mesure. Les CLO d’infrastructure, par exemple, permettent aux investisseurs de choisir des tranches correspondant à leur profil de risque, ce qui en améliore la flexibilité et la portée. Ces innovations aident les investisseurs à établir des portefeuilles évolutifs et diversifiés, qui s’alignent sur leurs cadres internes et leurs objectifs à long terme.

Le secteur de la dette d’infrastructure est encore relativement jeune, mais son évolution est génératrice d’opportunités nouvelles en matière de diversification et de croissance. À mesure que le marché gagne en maturité, nous anticipons une poursuite de l’innovation dans la conception des produits, la gestion des risques et l’engagement des investisseurs.

 

1Source: Infralogic. Dette émise dans le cadre de transactions clôturées sur le marché des infrastructures. Comprend les F&A, les refinancements et les financements de projets greenfield dans les banques, les fonds de crédit et les marchés de capitaux. Données au 31 mars 2025. Données au 9 avril 2025.
2Source: McKinsey&Co au 28 avril 2025.
3Source: BloombergNEF au 7 décembre 2022.
4Source : Barings au 22 août 2025.



 

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