La rentabilité des banques européennes au plus haut

Nicolette de Joncaire

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Portées par des taux favorables, les banques publient d’excellents résultats et voient leurs attentes relevées d’environ 3%, note David Benamou d’Axiom.

 

Le secteur bancaire européen affiche des résultats solides au terme d’un excellent premier semestre avec un résultat d’exploitation avant impôts supérieur aux attentes d’environ 3% en entrainant une révision à la hausse du consensus 2025/2026 de 2%. Certaines petites banques italiennes ou espagnoles jugées fragiles il y a encore peu se retrouvent dans le Top 5 des plus solides aujourd’hui. Quant à la fusion Monte dei Paschi avec Mediobanca, c’est peut-être le prelude à un troisième groupe bancaire géant, une volonté de Giorgia Meloni et de son gouvernement, Quelques questions à David Benamou, associé-gérant et CIO d’Axiom Alternative Investments.

Quels ont été les facteurs déterminants de la réussite des banques récemment?

Les revenus d’intérêts et de commissions sont en hausse, tandis que les coûts sont restés bien maîtrisés, avec même de bonnes surprises au deuxième trimestre. En parallèle, le coût du risque demeure très bas. Résultat: les revenus progressent et la hausse du bénéfice par action se poursuit depuis 2021. Pour le troisième trimestre, les attentes ont été relevées de +3%. De manière plus générale, le contexte macroéconomique est porteur: avec des taux accommodants autour de 2%, le crédit est stimulé, tout en restant suffisamment élevés pour permettre aux banques de dégager des marges confortables sur dépôts et crédits. Les volumes des dépôts et des prêts sont repartis à la hausse avec une hausse de l’ordre de 4-5% par an. Depuis avril, la courbe des taux s’est redressée: les taux longs montent (notamment avec les annonces de dépenses d’infrastructures du chancelier allemand), créant un environnement favorable à la transformation des maturités. Sur la partie longue de la courbe, on observera l’impact favorable de la réforme des fonds de pension néerlandais. Par ailleurs, les épisodes de volatilité ont profité aux banques d’investissement, qui ont généré de solides performances et accru leurs commissions.

Quid de la performance boursière?

Les banques affichant un faible PE, comme Commerzbank ou Société Générale, ont enregistré les plus fortes progressions, reflet d’une rotation intra-sectorielle. La tendance privilégie désormais les établissements plus diversifiés, notamment ceux disposant d’une activité de gestion de fortune. BNP Paribas, banque de qualité et largement diversifiée mais encore faiblement valorisée, pourrait profiter d’un mouvement de rattrapage. Sa capitalisation demeure toutefois moins solide que celle d’anciennes banques dites «fragiles» désormais renforcées, comme UniCredit.

Il y a encore peu, les banques du Sud étaient perçues comme vulnérables avec un risqué élevé. Qu’en est-il aujourd’hui?

Dans la zone Sud, la qualité du crédit, longtemps source d’inquiétude, s’est assainie. Les stress tests de 2025 confirment la solidité du secteur. Certains anciens établissements fragiles autrefois figurent désormais dans le Top 5, notamment des petites banques italiennes et espagnoles. La rentabilité a fortement progressé grâce à la hausse des taux, qui améliore les marges sur dépôts. Le retour sur fonds propres dépasse désormais 12% ce qui permet de mieux absorber les chocs. Les provisions cumulées sur trois ans restent suffisantes pour encaisser de fortes pertes. Les capitaux réglementaires sont désormais 2,5 fois supérieurs à ceux de 2009.

Quelles sont les perspectives pour les prochains mois?

Elles sont favorables. Les taux devraient peu évoluer, garantissant de bonnes marges d’intérêt, soutenues par une courbe de taux toujours contributive. Les banques d’investissement redémarrent au troisième trimestre, laissant entrevoir de bonnes surprises côté commissions. Reste l’enjeu des coûts, que les établissements devront continuer de maîtriser. Si le contexte macroéconomique demeure stable, aucun incident de crédit majeur n’est à prévoir.

Il semble se produire un décalage de plus en plus important entre troubles géopolitiques et sentiments des marchés. Que se passe-t-il?

Les changements politiques ont peu d’effet sur les entreprises, sauf en cas de réforme fiscale. La démission de François Bayrou n’a pas empêché les banques françaises d’afficher de bons résultats, ni inquiété le public: les dépôts continuent de croître depuis le début de l’année. Les Français semblent «vaccinés». De réelles conséquences n’apparaîtraient qu’en cas de nouvelles mesures fiscales pénalisantes, perceptibles à moyen terme. En revanche, un simple effet d’annonce sur la question fiscale pourrait peser immédiatement. Tant qu’aucun nouveau budget n’est présenté, la situation reste stable.

Quel est votre sentiment sur la reprise de Mediobanca par Monte dei Paschi?

Giorgia Meloni - et plus généralement le gouvernement italien - affiche une volonté de créer un troisième groupe bancaire national de poids, en sus d’Intesa et d’Unicredit. L’idée serait de mieux contrôler l’épargne italienne afin d’assurer le financement domestique, réduire la part étrangère de la dette publique et privée et renforcer l’autonomie financière du pays, y compris dans l’assurance. Dans ce contexte, Mediobanca pourrait porter sa participation dans Generali au-delà de 13%, voire intégrer la banque Generali à l’ensemble. Une combinaison Mediobanca/Monte dei Paschi représenterait déjà 250 milliards d’euros d’actifs. Si on y ajoutait Banca Generali, le total des actifs se monterait à près de 400 milliards. Le nouvel ensemble se rapprocherait d’Intesa (950 milliards environ) et UniCredit (850 milliards), mais il y aurait encore du chemin à faire. Un rapprochement hypothétique avec Banco BPM serait idéal, mais reste improbable car Crédit Agricole détient déjà 20% de son capital, une position dont BPM parait satisfaite.

Quels sont les autres fusions/acquisitions d’intérêt dans le secteur?

L’opération BPER/Sondrio s’est très bien déroulée et s’avère très attractive pour le groupe.  L’intégration devrait être rapide, et le groupe pourrait poursuivre la consolidation avec d’autres cibles. Banca di Asti par exemple pourrait être un prochain candidat.

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