L’inflation américaine est de plus en plus influencée par la hausse des droits de douane imposée par l’administration Trump, un sujet central pour la Réserve fédérale (Fed). Si les premiers effets commencent à se faire sentir – avec une hausse des prix des produits importés comme les vêtements, l’ameublement ou encore les biens de loisirs – ce choc tarifaire pourrait néanmoins rester temporaire et ponctuel.
L’impact des droits de douane sur les prix à la consommation est resté limité jusqu’en août. L’inflation a poursuivi sa remontée, en ligne avec les attentes (+2,9% sur un an, après 2,7% en juillet et 2,5% un an plus tôt), tandis que l’inflation sous-jacente, qui exclut l’énergie et l’alimentation, s’est stabilisée à 3,1% (contre 3,2% un an auparavant). Les prix des services hors logement ont progressé de 0,26% sur le mois, principalement en raison de la volatilité des tarifs aériens. Les prix des biens de base ont augmenté de 0,28%, un rythme inférieur aux prévisions: les prix des biens des loisirs sont demeurés stables, les prix des meubles ont légèrement progressé (+0,1%), tandis que l’habillement a augmenté de +0,5%. La seule inquiétude du rapport d’août concerne la forte hausse de l’équivalent loyer des propriétaires (OER, +0,38%), mais qui ne devrait pas marquer le début d’une nouvelle tendance, compte tenu de la baisse des loyers neufs et celle des prix de l’immobilier.
Dans le même temps, les données de l’inflation à la production (PPI) suggèrent que les pressions inflationnistes n’augmentent pas aussi vite que prévu, malgré des droits de douane au plus haut depuis les années 1930, atteignant en moyenne 17,4% (source: The Budget Lab, 4 septembre 2025). L’indice PPI a reculé de 0,1% sur le mois – première baisse en quatre mois – après un fort rebond en juillet (+0,7%). Cette évolution a rassuré les marchés, inquiets d’une flambée des coûts. Les prix des services ont diminué de 0,2% en raison d’une contraction des marges des entreprises (grossistes et détaillants), tandis que les prix des biens hors énergie et alimentation ont progressé de 0,3%.
Si l’inflation continue de s’éloigner de la cible de 2% et progresse à la fois sur les biens et les services, la Réserve fédérale ne devrait pas, pour autant, remettre en cause son cycle d’assouplissement monétaire. À l’instar des marchés financiers, la Fed – investie d’un double mandat (plein emploi et stabilité des prix) – semble aujourd’hui davantage préoccupée par l’affaiblissement du marché du travail que par les tensions inflationnistes. Lors de son discours à Jackson Hole fin août, Jerome Powell a d’ailleurs surpris en ouvrant la voie à une première baisse de taux dès septembre.
Plusieurs facteurs expliquent ce virage accommodant.
Le marché de l’emploi montre des signes de fragilité, avec un risque accru de licenciements. Les deux derniers rapports sur l’emploi font état d’un ralentissement marqué des créations de postes (29'000 emplois créés en moyenne sur les trois derniers mois), tandis que le taux de chômage est remonté à 4,3% (contre 4,0% en janvier et 4,2% un an plus tôt). Bien que ce niveau reste faible au regard des standards historiques, un tournant notable s’est produit: le nombre d’emplois vacants (7,2 millions) est désormais inférieur à celui des chômeurs (7,4 millions), une première depuis 2021. La demande et l’offre de travail ne semblent donc plus se modérer au même rythme.
Des évolutions institutionnelles viennent également renforcer cette orientation « dovish »: la démission surprise d’Adrianna Kugler en aôut, la nomination temporaire de Stephen Miran* (actuel président du Council of Economic Advisers) et la fin de mandat de Jerome Powell en tant que président du Conseil des gouverneurs de la Fed prévue en mai 2026. À cela s’ajoutent la décision de Donald Trump de mettre fin aux fonctions de Lisa Cook, gouverneure de la Fed depuis mai 2022 et accusée de fraude hypothécaire, une décision actuellement contestée en appel, ainsi que des pressions politiques croissantes pour réduire significativement les taux.
En conclusion, même si une nouvelle accélération de l’inflation est attendue dans les prochains trimestres, l’affaiblissement du marché du travail renforce l’idée – défendue depuis plusieurs mois par le gouverneur Christopher Waller – d’une poussée inflationniste transitoire. Cette analyse gagne désormais en adhésion au sein de la Fed, comme en témoigne le revirement de son président Jerome Powell. La banque centrale devrait toutefois rester prudente afin d’éviter une politique monétaire excessivement accommodante, qui risquerait de relancer durablement l’inflation et de désancrer les anticipations, un paramètre crucial dans ses décisions. Le rythme du mouvement vers un niveau neutre estimé à 3% par la Fed (dans une fourchette de 2,6% à 3,9% selon le Résumé des perspectives économiques de juin - SEP) dépendra étroitement de l’évolution conjointe des données sur l’emploi et sur l’inflation.
(*) en attente de confirmation par le Sénat.
Sources des données: Bloomberg, U.S. Bureau of Labor Statistics (BLS)